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Trente ans après le 10 mai, pourquoi le PS a déjà perdu

Publié le 11 mai 2011
Le 10 mai 1981, François Mitterrand était élu. Pour fêter les trente ans de son accession au pouvoir, le PS a organisé un concert place de la Bastille. Chacun tente de capter sa part d'héritage, avec plus ou moins de sincérité.
Alexandre Vesperini
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 Alexandre Vesperini est conseiller de Paris, délégué auprès du maire du 6ème. 
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Le 10 mai 1981, François Mitterrand était élu. Pour fêter les trente ans de son accession au pouvoir, le PS a organisé un concert place de la Bastille. Chacun tente de capter sa part d'héritage, avec plus ou moins de sincérité.

L'anniversaire de la victoire de la gauche en 1981 donne le coup d'envoi d'une course de mitterrandôlatrie plus ou moins sincère et annoncée depuis longtemps. Dans le rôle des inamovibles gardiens du temple, Jack Lang et Michel Charasse, lequel avait condamné jadis Michel Rocard à la psychanalyse pour avoir osé remettre en cause l'honnêteté de l'ex-président socialiste; à la place des fidèles zélés, Martine Aubry, François Hollande et tous ceux qui ont commencé leur carrière politique en 1981 sans l'avoir jamais vraiment finie, pour le meilleur et pour le pire ; et enfin, en bons samaritains, Pierre Bergé, doublé du banquier Matthieu Pigasse, premier dealmaker  d'une finance pourtant décriée par le dernier projet du PS. Le mitterrandisme n'a jamais été à une contradiction près...

Point d'orgue des commémorations, la grand-messe, place de la Bastille pour un concert géant et gratuit avec les plus grands, dont Manu Chao et Jean-Louis Aubert. La rumeur avait même prédit pendant quelques semaines un passage furtif de Dominique Strauss-Kahn entre deux avions.

Mais patatras, ce qui devait être le lancement de la campagne nationale du PS a failli se transformer en malheureuse "dégonflade", pour cause de...manque d'artistes, ces derniers ayant décliné pour beaucoup d'entre eux une invitation qu'ils sont pourtant si prompts à saisir habituellement. L’évènement a même failli être annulé selon une information d'Europe 1, le 22 avril dernier.

Ce fiasco loupé de peu est de très mauvais augure pour le Parti socialiste. Dans un paysage politique où la gauche détient le monopole de la fête et des jeunes au détriment d'une droite historiquement coincée et pro-Tante Yvonne, cet évènement devait être une grande fête populaire et le symbole d'une gauche en marche, portée par l'esprit de 1981.

Des figures emblématiques disparues

Il faut se rendre à l'évidence : en trente ans, cet esprit s'est évaporé mais rien ne l'a remplacé. Daniel Balavoine et Michel Berger, deux des artistes populaires les plus engagés derrière le PS, ont disparu sans être réellement remplacés par un élan aussi fort et dans le même temps, certains vétérans comme Renaud n'hésitent plus à railler cette gauche conformiste que la victoire de Mitterrand a peu à peu embourgeoisée.

Sans exprimer de rejet à l'égard du PS, cet engouement artistique et culturel très relatif illustre finalement la véritable place de Mitterrand dans l'histoire et la léthargie qu'essayent de masquer les socialistes, à quelques mois de l'élection présidentielle.

D'une part et malgré le travail de ses thuriféraires, François Mitterrand restera un homme sans réelle conviction, si ce n'est la construction européenne, prêt comme personne à changer d'idées pour le pouvoir. Son prestige aura été durablement terni par les révélations sur son action à Vichy puis lors de la guerre d'Algérie, et les scandales politico-financiers ont jeté un discrédit durable sur une gauche qui veut si souvent incarner la vertu. Trente ans après, que peut-on donc célébrer avec enthousiasme, sinon l'exploit d'un aventurier entièrement voué à la réussite de sa personne avant celle des idées qu'on lui prête ?

D'autre part, les socialistes surjouent tellement la commémoration nostalgique et s'y enferment tant qu'ils oublient l'avenir à court terme, à commencer par l'élection présidentielle de 2012. Ils font la démonstration du manque d'innovation qui leur est reproché, au sein même de leurs rangs. Engrangeant les succès locaux mais cumulant les défaites nationales, le PS se mue en confrérie de grands élus sans réel projet pour l'avenir à l'échelle nationale, à l'instar du programme commun.

Un parti en perte de vitesse

Les socialistes semblent même être la dernière force de l'opposition dotée d'un projet de rupture avec le capitalisme tant brocardé après la crise. Les Verts et leurs alliés surfent sur la décroissance tandis que le Front de gauche devient peu à peu la véritable opposition à un système ultralibéral et oligarchique honni par une part du peuple de gauche. Privé de victoire nationale et dépourvu du projet d'avenir que ses électeurs attendent, le socialisme français en est réduit à courir après une époque aussi glorieuse que révolue et donne l'impression de fuir le vrai danger qui le guette : le syndrome du 21 avril.

Ne prétendant plus « changer la vie » comme en 1981 et n'osant pas de réelle transformation sociale et culturelle, le PS finit par imiter le roi de France Jean II le Bon, acteur malheureux de la guerre de Cent ans qui, lors de la bataille de Poitiers se garda à droite autant qu'à gauche et resta finalement immobile. On connaît la suite : la défaite fut complète et le roi mourut en captivité. L'histoire se répéterait-elle en frappant cette fois-ci le trop statique et frileux PS français? Rien n'est plus sûr. 

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