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Culte du corps, bikini, bronzage : la plage vous impose ses codes qui forcent à rentrer dans un moule prédéfin
© REUTERS/Daniel Munoz
Culte du corps, bikini, bronzage : la plage vous impose ses codes qui forcent à rentrer dans un moule prédéfin
Évolution

Miroir, mon beau miroir : ce que la métamorphose des corps à la plage depuis 25 ans révèle de la société française

Publié le 21 juillet 2013
Culte du corps, bikini, bronzage : la plage vous impose ses codes qui forcent à rentrer dans un moule prédéfini. La place du corps dans notre société a évolué, aujourd'hui on existe à travers le regard des autres. Retour sur cette évolution de la perception du corps humain depuis 25 ans.
Michel Maffesoli
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Michel Maffesoli est Membre de l’Institut universitaire de France, Professeur Émérite à la Sorbonne. Ces derniers livres publiés sont "Écosophie" (ed du Cerf, 2017), "Êtres postmoderne" ( Ed du Cerf 2018), "La nostalgie du sacré" ( Ed du Cerf, 2020). ...
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Culte du corps, bikini, bronzage : la plage vous impose ses codes qui forcent à rentrer dans un moule prédéfini. La place du corps dans notre société a évolué, aujourd'hui on existe à travers le regard des autres. Retour sur cette évolution de la perception du corps humain depuis 25 ans.

Atlantico : La destination favorite de l'été reste le bord de mer et la plage évidemment. Maillot une pièce, bikini, seins nus, trikini, chapeau accessoire, etc. Toute une gamme de produits de plage permettant de se mettre en valeur s'est développée ces dernières années. La plage est-elle un lieu de paraître et d'exhibition comme les autres ? Pourquoi ? 

Michel Maffesoli : Actuellement nous vivons un vrai changement civilisationnel, ce ne sont plus les grandes valeurs modernes (le travail, la raison) qui prédominent mais l’hédonisme et le culte des images.

Le corps qui était jusque-là un outil de production se valorise par lui-même. Pendant l'été on peut résumer les phénomènes par cette phrase : la valeur des grandes vacances, c’est la vacance des grandes valeurs. Ce qui fait l’intérêt de ces congés d’été c’est en autres que les grandes valeurs de travail laissent la place à autre chose. On voit apparaître sur les plages une cosmétisation des corps, une valorisation de ces derniers. La cosmétisation est une mise en relation avec le cosmos, la nature. Ce corps valorisé s’exhibe, c’est un nouveau rapport à la nature, non pas que je dois dominer mais qui d’une manière me domine.

La plage est un lieu où le jeu des apparences est prédominant, car le corps n’est plus caché, il est mis à nu. Donc il y a des exigences : la minceur par exemple. Les parties qui sont cachées le reste du temps, les fesses, les seins, reprennent une valeur à la plage parce qu’elles sont à moitié découvertes.

Pourquoi les corps sur les plages ne sont-ils plus les mêmes qu'il y a 25 ans ? 

La mode à un côté autoritaire : il faut s'y plier. Après cela ne signifie pas que si vous ne rentrez pas dans les cases vous n'allez pas à la plage. Depuis deux ou trois décennies, on est dans un processus d’accélération de l'hédonisme. Le plaisir du corps pour lui-même non pas en fonction de quelque chose d’autre. Nous sommes pour ainsi dire à la fin d'un cycle, mais ce n’est pas la première fois dans l’histoire humaine qu’il y a cette valorisation du corps.

Dans la décadence romaine, les thermes romains avaient cette même fonction d’exhiber. Il y a des grands moments où le corps se valorise, c’est le retour de Dionysos : dieu du plaisir et de l’apparence. Aujourd’hui on est dans cette grande tendance mythique d'un retour par compensation de ce qu’on avait négligé. Ce phénomène se retrouve sur la plage car c’est le lieu de spectacle par excellence.

Sommes de plus en plus conscient de l'image de nous renvoyons ? 

C’est tout le rôle de l’image. Ce qui était la grande marque moderne c’est que j’existais par moi-même, c’est la grande idée cartésienne d'être enfermé dans la forteresse de mon esprit. Aujourd’hui je n’existe que par et sous le regard de l’autre. C’est parce que l’autre me voit que je suis, donc il faut que je dégage une bonne image. Je ne suis pas auto-suffisant je suis dépendant du regard des autres. La mode c’est ça, c’est un processus qui fait que si je ne suis pas vêtu d’une telle manière, je n’existe pas. On voit donc le retour du corps omniprésent.

Développe-t-on davantage de complexes par rapport à notre corps qu'auparavant ? Comment l'expliquer ? 

Il existe en effet un sentiment de culpabilité, on le voit par la multiplication des régimes alimentaires. Deux, trois mois avant les vacances on commence à se préparer pour la plage. Pour l’injonction sociale aux corps beaux, je dois ajuster mon corps. A l’encontre de ce qui est une idée convenu et entendue régulièrement qui considère que l’individualisme prévôt, je pense que c'est  l’autre qui me crée qui prévôt, soit le tribalisme. La société, la tribu fait que je ne suis pas libre de moi-même, je dois me plier aux injonctions.

Notre rapport au corps est-il sexualisé à outrance ? 

Oui, ce qui était derrière le mur de la vie privée, le sexe, s’exhibe désormais. On met sur le devant de la scène ce qui est caché, c’est-à-dire une sexualité. Cette sexualité n'est plus simplement génitale, c’est-à-dire pour faire des enfants. Elle contamine l’ensemble du corps social. On le voit partout, par exemple dans le dernier parfum de Jean-Paul Gauthier, où un corps d’homme est mis en spectacle. Aujourd’hui ce n’est plus seulement le corps de la femme qui est scénarisé, cette sexualisation va toucher ce qui était sérieux dans l’idéologie moderne c’est à dire l’homme ; il se met aussi en spectacle avec le corps nu. Il y a une sexualisation dans le corps en spectacle et hommes et femmes en prennent part.

Chez les hommes, le rapport au corps est-il le même que pour les femmes ? Quelles sont les différences ?

La cosmétisation était réservée aux femmes jusqu’à ces deux dernières décennies. Les produits de beauté masculine deviennent de plus en plus important ce qui traduit une globalisation de la valorisation et de la sexualisation du corps. Ce n’est plus une honte de se cosmétiser pour un homme et d’aller dans les salons de beauté.

Il reste des différences dans leur rapport, mais elles s’amenuisent. Mais il y a encore 30 ou 40 ans un homme qui mettait du parfum ou des crèmes était féminisé, aujourd’hui c’est devenu presque une évidence : la déitétique, le soin du corps…

Les rapports sociaux sur les plages sont-ils modifiés du fait de notre semi-nudité ? 

Ce qui est intéressant sur les plages, c’est que suivant notre corps je vais me coller à telle ou telle tribu. On va être attribué à une catégorie de personnes grâce à son look. Un chercheur brésilien a fait une étude sur les plages de Rio, et il montre que là où se trouve les grands points de rendez-vous – des blocks – nous allons retrouver certaines catégories de personnes. Ce modèle s’applique aisément aux plages françaises. Le look rend visible une force invisible : cela créer certains types de tribus.

Propos recueillis par Manon Hombourger

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Commentaires (16)
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Soleil
- 22/07/2013 - 14:51
Ete
EN maillot nous somme sans artifice et l'on nous voit tel que nous sommes.
Bragance
- 22/07/2013 - 11:11
Etonnant, non ?
Mais quelles sont les plages fréquentées par ce monsieur ? Je l'invite à se rendre sur "la mienne" dans l'Hérault, plage populaire où les beaux garçons se comptent sur les doigts d'une main un jour ordinaire de juillet, quant aux filles je n'en parle même pas. Sur le sable, royaume de la cellulite, les mêmes dondons qu'il y a 25 ans, et dont je fais hélas partie maintenant. Les même seins nus - pas les miens - qu'on ne montrerait jamais à son facteur où à l'employé du gaz. Mes des gens heureux d''être au soleil, au bord de l'eau et qui se fichent bien de ce qu'on pense d'eux. J'en fais partie aussi.
gegemalaga
- 22/07/2013 - 10:24
"noeud papillon " à la plage
eh , les vacances de Mr Hulot , c'etait debut années 50 ...;

l'auteur devrait y aller de temps en temps , à la plage !
et pas à deauville ( ou La Baule );

comme GlopGlop , j'habite devant la plage : cet article est une vrai connerie .