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L’instrumentalisation du "sentiment anti-français" est récurrente dans la vie publique tunisienne.
Francophobie ?
Que révèle la montée du sentiment anti-français en Tunisie ?
Publié le 19 février 2013
"France dégage !". Ce slogan est désormais répété en boucle dans les rues de Tunis. Loin d'être l'aveu d'une radicalisation, ce phénomène s'avère être le révélateur de la position de plus en plus délicate d'Ennahda, le parti actuellement au pouvoir.
Vincent Geissert est un sociologue et politologue français. Il occupe le poste de chercheur au CNRS, pour l’Institut du français du Proche-Orient de Damas.Il a longtemps vécu en Tunisie, où il travaillait à l'Institut de recherche sur le Maghreb...
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Vincent Geisser
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Vincent Geissert est un sociologue et politologue français. Il occupe le poste de chercheur au CNRS, pour l’Institut du français du Proche-Orient de Damas.Il a longtemps vécu en Tunisie, où il travaillait à l'Institut de recherche sur le Maghreb...
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"France dégage !". Ce slogan est désormais répété en boucle dans les rues de Tunis. Loin d'être l'aveu d'une radicalisation, ce phénomène s'avère être le révélateur de la position de plus en plus délicate d'Ennahda, le parti actuellement au pouvoir.

Atlantico : De nombreux drapeaux et slogans anti-français ont été observés dans les manifestations pro-islamistes de ce week-end. Peut-on parler d'un épiphénomène ou bien d'une tendance émergente ? 

Vincent Geisser : L’instrumentalisation du "sentiment anti-français" est récurrente dans la vie publique tunisienne. A chaque moment de crispation et de tension avec l’ancienne puissance coloniale, les acteurs politiques et intellectuels tunisiens ont tendance à ressortir le thème du "Hezb el França" (parti de la France) afin de stigmatiser leurs opposants et leurs adversaires, accusés d’être la cinquième colonne au service de l’ancien État colonial.

Le premier président de la Tunisie, Habib Bourguiba, pourtant francophile et francophone (il fut même marié à une Française) a recouru plusieurs fois au sentiment anti-français, notamment au moment de la crise de Bizerte (1961) afin de créer un réflexe d’unité nationale. Le président Ben Ali lui-même, alors considéré comme l’allié n°1 de la France au Maghreb, a tenté à plusieurs reprise d’agiter les passions anti-françaises. En 2000, par exemple, en pleine "affaire Ben Brick" (journaliste opposant à la dictature), il a demandé aux municipalités tunisiennes de prendre une circulaire pour faire interdire les pancartes et les écriteaux en français (la langue du colonisateur) et contraindre les commerces à n’utiliser que l’arabe. Il entendait ainsi se venger des "campagnes anti-tunisiennes" (sic) conduites par la presse française.

Ben Ali a récidivé en 2005 et en 2009 selon le même scénario : brandir l’argument anti-français pour faire taire les critiques sur la dérive autoritaire de son régime. Le président actuel, Moncef Marzouki, parfait francophone (il excelle dans la langue de Molière) et père de deux filles de nationalité française, sans verser dans la francophobie, a eu aussi recours à l’argument nationaliste de la langue arabe face au français présenté comme un héritage colonial.

Qu'en est-il de l'opposition ? Ce sentiment transcende t-il les clivages politiques ?

Force est de constater qu’en Tunisie, le rapport à l’ancienne puissance coloniale relève moins du choc frontal que de l’ambivalence permanente. Le "francophile" d’un jour peut très bien se transformer en "francophobe" un autre jour. La critique anti-française constitue un registre de mobilisation que l’on retrouve dans tous les courants politiques, intellectuels et philosophiques de la société tunisienne, de l’extrême gauche aux anciens nostalgiques de la dictature, en passant par les islamistes et les nationalistes arabes. C’est moins une question de tendance profonde que de contexte et de rapport de force. La dénonciation de l’ingérence française fait partie du lexique et de l’imaginaire politiques tunisien depuis le XIXe siècle et se perpétue aujourd’hui. C’est une ressource parmi d’autres pour exister politiquement.

Ne s'agit-il pas d'une instrumentalisation du pouvoir en place pour mieux fédérer l'opinion en cette période de crise politique ?

Si bien sûr, "l’anti-France" agit comme un vecteur d’unité nationale qui relève d’une stratégie identitaire et populiste. Mais c’est une xénophobie un peu particulière, dans la mesure où elle est supposée frapper un acteur dominant (l’ancienne puissance coloniale) et non un acteur dominé (une minorité opprimée). C’est d’ailleurs pour cela que le registre anti-français est largement légitimé par de nombreux Tunisiens islamistes ou non. Dénoncer la France, c’est faire coup double : critiquer l’héritage colonial et mettre en garde contre l’ingérence de l’Occident dont la France est supposée être l’un des représentants.

 

Cette "francophobie" témoigne- t-elle par ailleurs d'une méfiance croissante à l'égard des pays occidentaux en général ? 

Les effets suscités, entre autres, par la déclaration de Manuel Valls sont très intéressants à étudier car ils sont symptomatiques de ce rapport ambivalent à la France. On aurait pu penser que les adversaires tunisiens des islamistes s’en saisiraient pour discréditer le gouvernement actuel (à majorité islamiste). Or, ce n’est pas vraiment ce qui s’est passé. Y compris chez certains anti-islamistes, la déclaration du ministre français de l’Intérieur a été vécue comme une forme d’ingérence dans la vie politique tunisienne. Si la critique des islamistes est perçue comme légitime par les opposants laïques, elle est parfois traitée avec suspicion lorsqu’elle est produite par un acteur étranger, notamment occidental. En ce sens, les Tunisiens ont souvent tendance à ressortir cet argument : "laissez nous régler nos affaires nous-mêmes !".

Propos recueillis par Théophile Sourdille

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Mariepopin's
- 20/02/2013 - 08:14
Ils ont bien changé nos "amis" Tunisiens
Nous y allions en vacances depuis 3 ans au mois de mars. La 1er année nous avions été bien reçu "nos amis" comme ils disent. La 2ème année mars 2011, 1 mois après la printemps arabe, nous n'étions pas beaucoup de français a passer nos vacances la-bas... "Merci nos amis, vive Sarkozy" !!! Et l'année dernière on c'est fait craché dessus (ce n'est pas une métaphore mais bien vécu), on c'est fait traité de sale français, on c'est fait coursée par des barbus devant une une mosquée (bien que nous les femmes étions couvertes de la tête aux pieds et un bus de l'hôtel c'est fait caillasser... Quoi dire de plus... Et bien cette année on part pour le Maroc.... Visiblement les Tunisiens n'ont pas compris... Effectivement on a pas besoin d'eux... Dommage
Apéro 64
- 19/02/2013 - 19:56
Et le sentiment
Et la montee dubsentiment anti-tunisien en France qu en pensez vous? Franchement on a assez eu droit aux repentance de Chirac, et de groslhande maintenant pour arrêter de se soucier de ces gens la. Pour moi c est aux arabes de s entraider entre eux et non aux européens mais en sont ils capables et finalement s entendent ils entre eux?
Tous ces pays, ils vous demandent de l aide et ensuite ils crient au colonialisme ou ils vous tuent vos ambassadeurs. Stop. Que ce soit dans nos frontières ou à l étranger les musulmans occupent 70 pourcent de m actualité, ça suffit!!!!!!
jlbaty
- 19/02/2013 - 18:37
On n' a rien à perdre , pour eux c 'est moins sure
On n' a pas besoin des tunisiens pour vivre , utiliser la France pour passer des idées pourries, on a les mêmes en France ( fn ), sauf que sans tourisme certains vont crever