En direct
Best of
Best of du 16 au 23 mars 2019
En direct
© Reuters
La Poste impose des conditions de travail de plus en plus insupportables à ses salariés.
On a tous à y gagner (ou pas)
La Poste : championne des CDD abusifs
Publié le 17 février 2013
Contrats précaires à répétition, dépassements des horaires de travail non-rémunérés, chantage à la retraite anticipée... Thomas Barba explique comment La Poste impose des conditions de travail de plus en plus insupportables à ses salariés. Extrait de "Le livre noir de la Poste" (1/2).
Thomas Barba est né en 1953 à Camas, en Espagne. Arrivé à l'âge de dix ans en France, il a été tour à tour magasinier, réceptionniste dans un hôtel et métallo avant de devenir poster, en 1983. Délégué syndical CGT puis Sud-PTT, il s'est formé...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Thomas Barba
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Thomas Barba est né en 1953 à Camas, en Espagne. Arrivé à l'âge de dix ans en France, il a été tour à tour magasinier, réceptionniste dans un hôtel et métallo avant de devenir poster, en 1983. Délégué syndical CGT puis Sud-PTT, il s'est formé...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Contrats précaires à répétition, dépassements des horaires de travail non-rémunérés, chantage à la retraite anticipée... Thomas Barba explique comment La Poste impose des conditions de travail de plus en plus insupportables à ses salariés. Extrait de "Le livre noir de la Poste" (1/2).

Il se prénommait Didier, il était cadre supérieur à la Poste. Nous nous fréquentions depuis des années. Au début des années 2000, soumis à une pression professionnelle devenue sans limites, il s’est englouti dans son travail au point de ne plus connaître de répit. Soirées, week-ends, les exigences de l’entreprise se sont insinuées dans chaque millimètre de sa vie personnelle. Un temps, Didier a tenu. Puis il a craqué. En 2005, il s’est donné la mort, laissant une lettre d’adieu déchirante. "Mon activité professionnelle est la première cause : elle m’a broyé…" Saisi par sa famille, le procureur rendra un non-lieu en faveur de la Poste. Révoltée, l’une des filles de Didier ne le supportera pas. À son tour, elle mettra fin à ses jours.

Jean-Claude était facteur. À 45 ans, il souffrait d’un cancer à un stade avancé. Exploité depuis des années par la Poste, accumulant les contrats précaires, il s’est un jour résolu à saisir les prud’hommes. Il a obtenu gain de cause mais dans le même temps, la Poste l’a licencié pour inaptitude physique. Au terme de la procédure, la justice a accordé à sa famille des dommages et intérêts supérieurs à tout ce que j’ai pu voir devant les prud’hommes, pour un montant total de 91 000 euros. Jean-Claude, lui, a été emporté par la maladie avant de voir reconnue pleinement la justesse de sa cause.

C’est à eux, à leurs familles, et à toutes les femmes (car ce sont elles qui ont été les plus exposées) que j’ai défendus en tant que permanent syndical mais aussi à celles que personne n’a secourues, que je pense au moment d’entamer ce récit. Mais je pense aussi aux millions d’usagers de la Poste qui ignorent ce que vit réellement le facteur qu’ils croisent quotidiennement ou la guichetière qui les reçoit derrière l’hygiaphone de son bureau de poste. Puissent-ils prendre la mesure des pratiques managériales indignes autant qu’occultes que ce service public essentiel a fait subir à ses salariés depuis plus de deux décennies. Car la Poste impose des conditions de travail de plus en plus insupportables à ses salariés.

Cette dégradation de la vie au travail a atteint un niveau tel que les médecins de la prévention de la Poste ont jugé utile, en 2010, d’adresser une note particulièrement alarmiste à Jean-Paul Bailly, président du Groupe La Poste, au ministre du Travail de l’époque, Éric Woerth, à sa collègue de la Santé, Roselyne Bachelot, à celle de l’Économie, Christine Lagarde mais aussi au président du Conseil national de l’ordre des médecins et aux services de l’inspection du travail. Dans ce courrier édifiant, les médecins soulignent notamment que :

Des suicides ou des tentatives de suicide, dont on peut penser qu’ils sont exclusivement liés à des situations de vie professionnelle, surviennent dans toutes les régions, dans tous les métiers et aux différents niveaux de l’entreprise.

• Le taux d’absentéisme pour maladie atteint des seuils sans précédent.
• Les accidents de travail et les maladies professionnelles sont en très forte augmentation.
• Le mal être au travail touche tous les niveaux opérationnels de l’entreprise.
• Les agents de distribution sont confrontés à des situations d’épuisement physique et psychique liées aux nouvelles organisations du travail.

Regrettant au passage les pressions subies par eux-mêmes de la part de la direction, leur manque de moyens face à une situation d’urgence et un certain mépris pour leur travail, les médecins dénoncent plus précisément la quasi impossibilité des reclassements professionnels, la très forte pression commerciale individuelle et quotidienne exercée sur les guichetiers, une organisation du travail virtuelle en décalage avec la réalité sur le terrain, les dépassements des horaires de travail non-rémunérés, le chantage à la retraite anticipée, etc. Ainsi, pour le syndicat professionnel des médecins de prévention, derrière le soit disant "modèle social" vanté par la direction, "la Poste crée des inaptes physiques et psychologiques" ! Cette dernière phrase, terrifiante, démontre à elle seule combien la vénérable institution, glorifiée à travers ses publicités ("La Poste on a tous à y gagner !") et même certains films à succès (Bienvenue chez les Cht’is, notamment), est devenue une véritable "machine à broyer".

______________________________________________________

Extrait de Le livre noir de la Poste (éditions Jaen-Claude Gawséwitch), 24 janvier 2013

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Soirée arrosée en boîte : Christophe Castaner filmé en train d'embrasser une inconnue
02.
Jean Arcelin : “Une large majorité des 700 000 personnes en Ehpad mangera, pour le reste de sa vie, des repas à 1€”
03.
Profondément convaincus ou en réaction épidermique à Emmanuel Macron ? L’enquête exclusive qui révèle que les Français se disent nettement plus nationalistes et favorables au protectionnisme que les autres Européens ?
04.
A l’insu de son plein gré : le « nouveau monde » finira-t-il par faire basculer la France dans une nouvelle culture démocratique « grâce » à ses vieux travers ?
05.
Mont Everest : la fonte des glaces fait apparaître de nombreux corps d'alpinistes
06.
Fumer du cannabis à forte concentration de THC augmenterait les risques de développer une grave maladie mentale
07.
Vous ne croyez pas au choc des civilisations ? Intéressez vous alors au sort de l'iranienne Nasrin Sotoudeh!
01.
Jean Arcelin : “Une large majorité des 700 000 personnes en Ehpad mangera, pour le reste de sa vie, des repas à 1€”
02.
Dégoût, colère, envie de révolution… : l’étude exclusive qui révèle la très sombre humeur des Français relativement aux autres Européens
03.
Philippe de Villiers : « Mon livre n’est pas complotiste, c’est la construction européenne qui est ontologiquement conspirationniste »
04.
Et Marine Le Pen éclata de rire…
05.
Grand Débat, la suite : petite géographie des intellectuels français que reçoit Emmanuel Macron ce lundi (ainsi que de ceux qu’il ne reçoit pas)
06.
Révolution silencieuse ? Un groupe de physiciens armés d’ordinateurs quantiques a réussi (en quelque sorte) à remonter dans le temps
01.
Philippe de Villiers : « Mon livre n’est pas complotiste, c’est la construction européenne qui est ontologiquement conspirationniste »
02.
Révolution, le retour : le scénario d’un vrai dérapage insurrectionnel est-il en train de devenir possible en France ?
03.
Grand Débat, la suite : petite géographie des intellectuels français que reçoit Emmanuel Macron ce lundi (ainsi que de ceux qu’il ne reçoit pas)
04.
Recours à l’armée face aux Gilets jaunes : la dangereuse fuite en avant du gouvernement
05.
Christchurch : de la théorie du Grand Remplacement à ses travaux pratiques
06.
Rokhaya Diallo va (peut-être) nous quitter pour les Etats-Unis
Commentaires (7)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
Decebal
- 18/02/2013 - 01:18
Manque pas d'air
Ce que l'on voit en allant la poste, quand vraiement vous y êtes obliges, c'est le nombre d'employés inutiles, ceux qui au lieu de s'occuper du client pâlottent, la légèreté des réponses suite a des problèmes. Le j'm'en foutisme, la bêtise des chefs de tout poil.
Le nombres" d'histoires " sur la perte de colis.
Il y a quand même des employés qui bossent et font de leur mieux, mais ils sont rares. Mais Quand le sommet ne donne pas l'exemple.
jlbaty
- 17/02/2013 - 20:45
la flexibilité existe depuus perpète '' l' intérim "
Ils sont c.. L' industrie fonctionne uniquement avec les boites d'intérim.
antiflambyste18
- 17/02/2013 - 20:04
Faux
Pour l'abus de CDD, c'est l'Etat le champion! et qui impose aux entreprises de ne pas le faire.