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Gaspard Proust et Louise Bourgoin dans le film "L'Amour dure trois ans".
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Désolé... l'amour ne dure pas toujours (c'est en tout cas ce que dit la science)
Publié le 05 février 2013
L'amour a-t-il véritablement une date de péremption ? De nombreuses études scientifiques montrent que tomber amoureux serait uniquement biologique... et donc fatalement temporaire.
Rédaction Atlantico
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L'amour a-t-il véritablement une date de péremption ? De nombreuses études scientifiques montrent que tomber amoureux serait uniquement biologique... et donc fatalement temporaire.

L'amour ne dure-t-il que trois ans, comme le prétend Frédéric Beigbeder ? Au cinéma comme dans la vie, les histoires d'amour finissent souvent mal, et assez tôt. Mais l'amour a-t-il véritablement une date de péremption ? Amoureux transis, passez votre chemin, car ça se pourrait bien... C'est en tout cas ce qu'affirme la psychologue Barbara Fredrickson dans son dernier livre "Love 2.0 : How Our Supreme Emotion Affects Everything We Feel, Think, Do, and Become" ("L'amour 2.0 : comment notre émotion suprême influe sur tout ce que nous ressentons, pensons, faisons et devenons").

Barbara Fredrickson avance même des preuves scientifiques pour soutenir sa théorie. Selon elle, ce n'est pas un sentiment durable et perpétuel qui permet à un couple de rester soudé pendant 30, 40, voire 50 ans. Ce n'est pas non plus le désir ou la passion, qui caractérisent souvent un amour naissant. Bien au contraire. Ce qui fait tenir un couple, c'est ce qu'elle nomme un "micro-instant de résonance positive". Ce terme un peu barbare signifie tout simplement que l'amour est une sorte de connexion qui se caractérise par un flot d'émotions positives que nous partageons avec une autre personne. Ces "micro-instants" peuvent être partagés avec votre compagnon ou votre compagne, vos enfants, vos amis etc. Résultat : il est possible que vous tombiez très brièvement amoureux dans la journée d'un de vos collègues ou de l'épicier du coin.

Une théorie peu conventionnelle mais qui pourrait se révéler moins farfelue qu'elle n'y paraît. Surtout si l'on prend en compte certaines réalités sociales. Aux Etats-Unis, selon un sondage du General Social Survey, une personne avait en moyenne trois confidents en 1985. En 2004, la plupart des personnes interrogées ont affirmé qu'elles n'avaient aucun confident. Selon une étude  John Cacioppo, un spécialiste de la solitude qui travaille à l'université de Chicago, 20% des Américains se sentent seuls et isolés. Un autre sondage du Centers for Disease Control affirme que 10% des Américains sont déprimés. Et selon une étude relayée par Reuters, la plupart des gens affirment que leur partenaire est leur plus grande source de bonheur. Raison pour laquelle environ la moitié des personnes interrogées qui sont célibataires cherchent un compagnon ou une compagne. 

Pour Barbara Fredrickson ces chiffres sont très importants. Ils révèlent un "effondrement mondial de l'imagination" comme elle l'écrit dans son livre. "Concevoir l'amour uniquement comme une belle romance ou un engagement envers une personne spéciale (...) limite le bonheur que vous pouvez tirer" d'une relation amoureuse. 

Pour vivre ces fameux "micro-instants de résonance positive", vous devez être physiquement avec la personne. Se souvenir d'une "private joke" en envoyant un SMS à votre tendre moitié ne compte pas. Vous vous sentirez sans doute connecté avec cette personne, mais votre corps ne sera absolument pas "amoureux" à cet instant. 

Pourquoi ? Tout simplement parce que l'amour fonctionne biologiquement. Mais contrairement à d'autres émotions positives, comme la joie ou le bonheur, l'amour a besoin d'interaction pour exister : il naît d'une relation entre deux personnes. Notre "système biologique amoureux" fonctionne grâce à trois éléments : les neurones miroirs, l'ocytocine et le nerf vague.

Découverts en 1994 par l'Italien Giacomo Rizzolatti, les neurones miroirs seraient à la base de nos capacités d'imitation, de certains types d'apprentissages et - ce qui nous intéresse ici - de l'empathie. Si, comme le pensent certains linguistes, la communication humaine a commencé par une gestuelle faciale et manuelle, alors les neurones miroirs auraient pu jouer un rôle important dans l’évolution du langage. Le mécanisme des neurones miroirs résout deux problèmes fondamentaux de communication : la parité et la compréhension directe. La parité suppose que le sens du message soit le même pour l’expéditeur et pour le destinataire. La compréhension directe signifie qu’un accord préalable entre les individus n’est pas nécessaire pour qu’ils se comprennent. L’accord est inhérent à l’organisation neuronale de deux personnes. Les miroirs internes seraient donc ce qui permet à Paul et à Claire de se parler sans mots, rien qu'avec les yeux...

L'ocytocine, parfois appelée "l'hormone de l'amour", facilite les "micro-instants de résonance positive". Plusieurs études ont montré une forte augmentation du taux d'ocytocine pendant les rapports sexuels. Après l'amour, la plupart de gens se sentent calmes et détendus. C'est cette hormone qui explique en grande partie ces moments câlins de tendresse et d'apaisement. L'ocytocine ne serait ni plus ni moins qu'un filtre d'amour à durée déterminée. Larry J. Young, neurobiologiste et professeur de psychiatrie à l'université Emory estime que les chercheurs pourraient ainsi créer des substances qui augmenteraient ou diminueraient l'amour pour quelqu'un

Le nerf vague est le dernier élément qui joue un rôle dans cette biologie amoureuse. Comme l'explique Barbara Fredrickson dans son livre, "le nerf vague stimule de petits muscles du visage qui vous permettent de mieux établir un contact visuel et de synchroniser nos expressions faciales avec celles d'une autre personne". Le lien entre le nerf vague et l'amour que nous éprouvons pour quelqu'un peut se mesurer en examinant la fréquence cardiaque d'une personne et sa respiration. C'est ce qu'on appelle le "tonus vagal". Des études ont montré que les personnes ayant un tonus vagal élevé parvenaient mieux à contrôler leurs émotions, étaient plus attentives aux autres, et surtout, étaient plus affectueuses. Des chercheurs ont par ailleurs prouvé que les personnes avec un "tonus vagal" élevé avaient plus d'expériences amoureuses que les autres !

Tomber amoureux serait donc uniquement biologique... et fatalement temporaire. 

Marie Slavicek


Atlantico a interrogé Pascal de Sutter, psychologue-sexologue et professeur à l'université de Louvain-La-Neuve en Wallonie dont le site Internet apprend aux hommes et femmes à prolonger leur amour.

Atlantico : Barbara Fredrickson affirme que l'amour n'est pas un sentiment permanent et fonctionne biologiquement, notamment grâce aux neurones miroirs, à l'ocytocine et au nerf vague. Qu'en pensez-vous ? Peut-on expliquer un sentiment aussi complexe que l'amour uniquement par la biologie ?

Pascal de Sutter : C'est un peu réducteur. La biologie explique une part du sentiment amoureux, un peu comme dans les comportements. Une partie des comportements est expliquée par la génétique, mais l'inné n'explique pas tout, il y a évidemment toutes les expériences de vie. Et je pense que l'amour est aussi une expérience à caractère philosophique, spirituel qui ne se limite pas à une question de neurones. Si on parle de "l'amour passion", cet attachement intense à une personne, où l'on a besoin d'être continuellement rassuré, de séduire et d'être séduit, il y a en effet plusieurs éléments et pas seulement des études neurochimiques mais aussi des études comportementales qui montrent que ce type de sentiment ne dure pas longtemps.   

Mais il y a plusieurs formes d'amour. Un "amour attachement", défini par un attachement profond et non pas intense à une personne, sera en effet beaucoup plus durable et peut même se renforcer au cours des années. C'est notamment l'amour qu'on retrouve dans l'amour filial ou à notre famille. Cet amour durera beaucoup plus longtemps car il n'a pas les mêmes facteurs ni la même intensité. Cela ne veut pas dire pour autant qu'il n'est pas aussi profond que l'amour passion.

Estimez-vous donc qu'il y une notion de libre arbitre dans l'amour ?

C'est un petit peu plus complexe que cela. Ce n'est en effet pas seulement une question de choix et de libre arbitre car on ressent ou pas les sentiments, les émotions. On ne peut pas décider d'aimer telle ou telle personne. Ce sont des émotions qui nous affectent indépendamment de notre volonté. On peut toutefois avoir un certain contrôle sur ses émotions. C'est un peu comme la joie, la colère : on peut les gérer par nos comportements. On peut donc soit susciter un plus grand amour, le "renforcer", soit l'apaiser.

Pour une autre forme d'amour, "l'amour désir", qui se définit par le désir sexuel pour une personne, peut également fluctuer dans le temps, être plus intense, moins intense dans les périodes, mais peut heureusement se maintenir au-delà de quelques années.

Si l'amour s'explique par la biologie comme l'affirme Barbara Fredrickson, peut-on envisager que des chercheurs arrivent un jour à créer des substances qui augmenteraient ou diminueraient l'amour pour quelqu'un ?

Il n'y aura à mon avis jamais de substances qui pourront augmenter ou diminuer l'amour pour quelqu'un. Il s'agit un peu du mythe du filtre d'amour : ce vieux rêve des hommes qui souhaiteraient pouvoir faire boire à une personne une boisson qui la rendrait accro.

On va certainement pouvoir développer des substances qui favorisent le désir sexuel, l'orgasme, des sensations à caractère physique et/ou amoureux. Les progrès de la neurochimie permettront de développer ces substances mais elles ne seront jamais pour une personne en particulier. C'est un peu comme l'alcool. Si vous en consommez avec quelqu'un qui vous plaît, l'alcool va faciliter la rencontre, la sexualité, mais cela fonctionne avec tout le monde ou avec personne. L'attachement que l'on éprouve pour une personne dépend en effet d'autres facteurs, notamment de facteurs de reconnaissance. Quand on est attiré par une personne, on reconnaît certains critères physiques, ou des critères d'odorat, la tonalité de la voix, des éléments qui font que telle personne nous ramène à des émotions du passé, à d'autres personnes rencontrées qui nous ont marqué notre vie… Voilà ce qui explique aussi l'attirance pour une personne. Il y a des fonctionnements cognitifs et comportementaux qui ne peuvent être induits par des substances chimiques.

L'amour s'explique par l'interaction de la biologie et de la psychologie. Une émotion n'est pas quelque chose d'abstrait, elle est ancrée dans la neurochimie. Par exemple quand on est en colère, on sécrète certaines substances neurochimiques. On peut donc vous injecter des substances neurochimiques qui vont provoquer l'émotion de la colère. Mais les émotions peuvent aussi être provoquées à l'interne par des pensées. Si quelqu'un vous a fait du mal, ou qui vous a humilié, vous pouvez éprouver de la colère.

On peut induire des émotions par des substances neurochimiques, y compris des émotions de désir intense, d'orgasmes, mais on ne pourra jamais faire en sorte que ces émotions soient dirigées vers une personne en particulier.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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Fort_Niagara
- 02/02/2013 - 01:12
Liberté qui nous reste
Le jour où l'amour sera totalement expliqué, il ne sera plus un espace de liberté. Quant aux gens qui essaient de le faire, je préfère ne pas les qualifier.
vangog
- 01/02/2013 - 19:41
Encore mieux, celui de Roméo et Juliette qui débuta
le temps d'un regard (le fameux micro-instant de résonance positive, mais en plus poétique chez Shakespeare ...) et dura le temps d'une rotation solaire pour le lecteur sidéré...
AgentDevlin
- 01/02/2013 - 12:06
Oui, l'amour dure, quand on sait ce que c'est.
Encore une théorie farfelue qui peine à définir correctement l'amour.
Oui, il y a un aspect biologique à l'amour mais ce qui le différencie du désir, c'est son aspect spirituel!!!
L'amour dure bien après que le désir s'est étiolé car c'est une connexion d'esprit à esprit, autant que de corps à corps.
L'amour, c'est de l'admiration et de la compassion mutuelles entre deux êtres (ce qui n'est pas antinomique).
L'amour, c'est vouloir le bien de l'être aimé, pas de vouloir le posséder.
L'amour, c'est dépasser à deux la nécessité et le besoin pour s'élever au niveau d'une confiance mutuelle.
C'est donc la vraie passion. Celle qui est durable.