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"L’enthousiasme inattendu suscité par le boson a bien des choses à apprendre aux partisans de l’intégration européenne."
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Les particules communautaires : ce Boson de Higgs sur lequel devrait se construire une Union européenne de la science

Publié le 26 juillet 2012
S'il a beaucoup fait parler de lui, le Boson de Higgs est surtout un succès d'image pour la recherche européenne. Sur le Vieux continent, la physique a su imposer un "rêve européen" capable d'attirer les plus grands chercheurs américains. Un exemple dont les autres secteurs de la recherche pourraient s'inspirer.
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S'il a beaucoup fait parler de lui, le Boson de Higgs est surtout un succès d'image pour la recherche européenne. Sur le Vieux continent, la physique a su imposer un "rêve européen" capable d'attirer les plus grands chercheurs américains. Un exemple dont les autres secteurs de la recherche pourraient s'inspirer.

Mercredi 4 juillet, à dix heures du matin, le directeur général du CERN, l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire, annonçait la découverte d’une nouvelle particule élémentaire : le boson de Higgs. Tout portait à croire que la nouvelle de l’observation “de la particule à l’origine du mécanisme de brisure de la symétrie électrofaible“ (sic) resterait cantonnée aux pages Science des grands quotidiens, pourtant l’écho en fut tout autre. À la Une de la plupart des médias européens, les articles annonçant la fin d’une recherche qui avait durée quarante ans occupaient les premières places du palmarès des nouvelles les plus lues, les plus commentées et les plus partagées.

Quoique approximatif par moments, le débat en ligne qui accompagnait l'annonce était passionné, curieux et bien plus abondant que ne le présageait un sujet aussi pointu.L’enthousiasme inattendu suscité par le boson a bien des choses à apprendre aux partisans de l’intégration européenne dont la cause, malheureusement, ne rencontre pas toujours un accueil aussi chaleureux.

Tout d’abord, la découverte du boson de Higgs, considéré comme la clef de voute du Modèle Standard de la physique des particules est – il faudrait bien plus le souligner – le fruit d'une politique européenne. Le CERN, fondé en 1954 par douze pays européens dans une Europe scientifique en ruines, est à la recherche ce que la Communauté européenne du charbon et de l’acier est à l’économie, un projet ambitieux et fédérateur. Son succès n’est plus à démontrer. En effet, six prix Nobel ont récompensé des scientifiques travaillant directement pour le CERN et il y a fort à parier qu’un septième vienne compléter prochainement la série. Dans le monde très compétitif de la recherche fondamentale, largement dominé par les laboratoires américains, la physique des particules fait figure d’exception : c’est l’un des seuls domaines dans lequel le brain drain s’inverse, conduisant les chercheurs américains à traverser l’Atlantique. Ce qu’aucun État européen n’aurait pu faire seul, une organisation européenne y parvient : faire du vieux continent le centre d’excellence mondial des études de l’infiniment petit.

L’épisode de mercredi dernier ne marque pas seulement l’aboutissement d’une politique européenne, il constitue également une leçon magistrale en communication. Prise entre l’image de vieux savants excentriques et quelques souvenirs scolaires bien souvent douloureux, la physique ne fait pas rêver grand monde. Quant à la physique des particules, ses enseignements sont hautement complexes, ses sujets sont abstraits, ses applications sont incertaines. Pourtant, en rappelant l’importance de l’événement et la difficulté de l’exploit, en vantant les mérites de la collaboration internationale, rayonnant d’enthousiasme, le directeur général du CERN a conquis les écrans. Son intervention s’inscrit dans une tradition de présence médiatique et d’adroite vulgarisation, visant à convaincre les opinions publiques européennes du bon emploi des budgets importants que les États membres mettent à disposition du CERN chaque année. Prédisant l’apocalypse déclenchée par des trous noirs, ironisant sur la panne succédant au démarrage en 2008, ce ne sont pas les détracteurs qui ont manqué. Pourtant, lorsqu’en 2009 le ministre autrichien de la recherche suggère une sortie de son pays de l’organisme européen, il doit aussitôt retirer sa proposition sous la pression de l’opinion publique. Celle que l’on appelle la “particule de Dieu“ malgré son caractère des plus physiques profite d’une excellente image de marque.

La découverte du boson de Higgs marque un tournant dans notre compréhension des éléments constitutifs de l’univers. Elle représente en cela une avancée majeure pour toute l’humanité. Cette avancée l’Europe en est à l’origine, elle se doit de la célébrer, car la construction d’une identité européenne passe aussi par la fierté qu’inspirent de grandes conquêtes scientifiques. Ainsi l’ESA, la plus discrète Agence spatiale européenne, pourtant leader mondial des mises-en-orbites commerciales, pourrait, en intensifiant son programme de vols habités, devenir un puissant vecteur d’identité, comme la NASA l’a été pour les États-Unis. L’observation d’une petite particule démontre, pour ceux qui en doutaient encore, qu’une mise en commun de moyens au niveau européen peut être à la fois efficace et populaire. On a souvent reproché à l’Union Européenne de porter des sujets difficiles, techniques ou ennuyeux. Mais si le CERN peut provoquer l’enthousiasme, l’Union aussi le peut.

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TitiNono
- 26/07/2012 - 15:45
Cooppération chercheurs
Le chercheurs collaborent oui, en ce sens qu'il travaillent à un même projet, mais entre eux la concurrence est rude et ce n'est pas beau à voir parfois non plus... comme ailleurs les jeux d'intrigues et les coups bas existent (peut-être un peu moins ?), comme ailleurs la course bat son plein. Cela n'empêche pas la communauté de faire des découvertes...
LeditGaga
- 26/07/2012 - 13:03
Johnny !
On a fait moins d'histoires quand on a retrouvé le boson de Johnny qu'il avait oublié dans les vestiaires de la MJC de Nanterre !
Charles25
- 26/07/2012 - 11:46
Le boson de Higgs a été
Le boson de Higgs a été découvert par la coopération de nombreux chercheurs. Le dogme en vigueur à l'heure actuelle, c'est la concurrence libre et non faussée. Pas vraiment compatible...