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Non, les hommes ne sont pas voués à être plus infidèles que les femmes (c'est la science qui le dit !)

Publié le 03 juillet 2012
C'est la grande découverte d'une étude sur la vie sexuelle des mouches : les femmes aussi sont programmées pour multiplier les partenaires sexuels.
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C'est la grande découverte d'une étude sur la vie sexuelle des mouches : les femmes aussi sont programmées pour multiplier les partenaires sexuels.

"Les hommes sont tous infidèles, c’est génétique". Depuis 1948, les théories de la sélection sexuelle répètent à l’envie que la gent masculine est programmée pour chercher à multiplier les partenaires. Au contraire, les femmes seraient adaptées à la fidélité et la monogamie.

Mais une nouvelle recherche menée à UCLA vient d’ébranler les fondations de cette théorie...

Tout a commencé avec une étude sur les mouches, menée par le généticien Angus John Bateman en 1948 et parue dans Nature. Le scientifique a longuement observé le comportement des mouches lors de la reproduction.

Il est parti d'une hypothèse de départ, selon laquelle le succès reproductif des males s'accroit en fonction du nombre de partenaires sexuels, tandis que le succès reproductif des femelles ne dépend pas de la "quantité" (le succès reproductif correspondant à la capacité de transmettre ses gènes à sa descendance).

Selon lui, cette hypothèse pouvait être confirmée en observant les différences males-femelles en nombre de partenaire, et en comparant ce nombre au succès reproductif. L'expérience s'est basée sur des marqueurs génétiques permettant d'attribuer la descendance à chaque parent.

La méthode était simple : isoler des drosophiles - trois de chaque sexe - dans un bocal, et examiner les résultats de leur procréation, en se posant la question suivante : quels sont les parents de la progéniture créée ? En d'autres termes : quelles mouches ont gagné le match de la reproduction, réussissant à se reproduire davantage que les autres ?

A l'issue de ses observations, le généticien a constaté une différence entre mâles et femelles. Il semblait favorables pour les males de multiplier les partenaires, car les mâles produisaient plus de progéniture lorsqu'ils diversifiaient les partenaires sexuels femelles. Au contraire, les femelles semblaient produire la même quantité de progéniture, quelle que soit leur nombre de partenaires différents. Ces observations ont ensuite été extrapolées aux mâles en général, censés être câblés génétiquement pour l'infidélité, et aux femelles en général, censées être prédisposées à la fidélité. Et ces conclusions ont modelé notre vision des rapports homme-femme.

Pour justifier ses observations, Bateman s'est risqué à une interprétation : les hommes seraient volages et pourraient se le permettre car le sperme est abondant et donc "bon marché". Au contraire, dans la plupart des espèces, les gamètes femelles sont rares et donc précieuses, poussant ces dernières à l'économie.

Selon le "principe de Bateman", les femelles investissent donc davantage d'énergie dans leur progéniture que ne le font les hommes. En conséquence, les femelles constituent une ressource limitée pour laquelle les mâles entrent en compétition. Cette interprétation est ancrée dans l'idée darwinienne selon laquelle les femelles tendent à être passives dans la cadre de la parade reproductive. Les robes colorées ne sont-elles pas réservées aux mâles paons afin de séduire les femelles bien plus ternes, comme chez les canards ?

Seul hic : une erreur fatale se serait glissée dans l'étude de Bateman, qui n’aurait jamais du être publiée, selon les dernières recherches.

Sous la houlette du professeur Adair Gowaty, professeur de biologie évolutionniste, une équipe de UCLA a reproduit l'expérience historique, mais avec les outils d'analyse ADN modernes, bien plus précis. Leurs resultants ont été publiés dans les Proceedings of the National Academy of Sciences. Conclusion : les femmes pourraient bien être aussi frivoles que les hommes ! Cette habitude pourrait même être la clef permettant de survivre à la maladie...

Mais comment une erreur aussi grossière a-t-elle pu subsister aussi longtemps sans remise en question ?

Dr Gowaty explique cela par nos clichés tenaces sur les hommes et les femmes : "Nos visions du monde contraignent nos imaginations. Pour certaines personnes, le résultat de Bateman était si réconfortant qu'il ne méritait pas d'être remis en question. Je pense que les gens l'ont juste accepté."

L'analyse ADN n'existait pas à l'époque de Bateman, et le généticien a donc du se baser sur les mutations génétiques sévères, comme autant d'indices pour mettre en évidence les parentés. Le site E! Science News explique : "imaginez un enfant avec une mère aux ailes tordues et un père borgne. L'enfant à des chances égales d'avoir soit les deux mutations, soit seulement celle du père, seulement celle de la père, ou encore aucune mutation. Afin de savoir exactement qui s'est accouplé avec qui, Bateman a sélectionné seulement les enfants avec deux mutations, parce qu'ils étaient les seuls chez lesquels il pouvait identifier précisément le père et la mère."

Or, cette méthode comportait un énorme biais : elle s'est concentrée uniquement sur  les "enfants drosophiles" possédant deux mutations génétiques afin de pouvoir déterminer avec certitude quels étaient leurs parents. Cette population est très particulière et non représentative, explique Gowaty. Car les individus possédant de telles mutations ont tendance à ne pas survivre jusqu'à l'âge adulte. Beaucoup sont donc mortes avant même d'avoir pu être comptées par Bateman ! Ce biais biaise tous les résultats, puisque l'expérience n'a pas pu analyser la progéniture dans son ensemble.

L'expérience originale de Bateman est devenue extrêmement populaire dans les années 1970 et a été citée près de 2000 fois par d'autres scientifiques. Étonnement, l'expérience princeps n'avait jamais été reproduite, ce qui est pourtant une pratique courante dans le monde scientifique pour s'assurer de la viabilité des résultats.

L'étude de Gowaty explique cette négligence par l'attrait psychologique des résultats de Bateman, qui correspondent à une vision stéréotypée des rapports entre hommes et femmes :

"On reste songeur face aux fait que les précédents lecteurs n'ont pas su remarquer les problèmes inférentiels dans l'expérience originale de Bateman. La conclusion principale de la présente étude a déjà été émise par de précédents critiques : le pouvoir paradigmatique du stéréotype capturé par les conclusions de Bateman et l'expression "Principe de Bateman" peut éblouir les lecteurs, obscurcissant la vue et cachant les faiblesses méthodologiques et les hypothèses alternatives raisonnables…"



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Commentaires (2)
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De France et de plus loin
- 03/07/2012 - 13:25
Tant mieux, je culpabilise
Tant mieux, je culpabilise moins désormais. Merci les mouches :)
Le gorille
- 03/07/2012 - 11:14
Nous ne sommes pas des mouches
Curieuse cette idée d'étudier un comportement moral humain à partir de celui, naturel, biologique, d'un animal, un insecte, qui plus est. Il faudrait plutôt dire farfelue ou totalement en dehors du domaine d'étude ! A moins que le très savant sieur, pilote de la recherche, ne veuille absoudre certaines incartades, par solidarité masculine dirons-nous !