En direct
Best of
Best of du 12 au 18 janvier
En direct
© DR
Dix groupes possèdent la plupart des produits de consommation courante.
Coca vs Cola ?
L'illusion de la concurrence ? Dix groupes contrôlent l'essentiel de ce que vous achetez
Publié le 26 mai 2012
Kraft, Nestlé, Pepsico, Kellogg's, Mars, Coca-Cola, Procter & Gamble, Unilever, Johnson & Johnson, General Mills : ces dix groupes possèdent la plupart des produits de consommation courante. Les autorités de régulation sont-elles encore capables de faire respecter la concurrence ?
Patrick Hubert est avocat spécialisé dans le droit à la concurrence.Il travaille pour le cabinet d'avocats Clifford Chance à Paris.
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Patrick Hubert
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Patrick Hubert est avocat spécialisé dans le droit à la concurrence.Il travaille pour le cabinet d'avocats Clifford Chance à Paris.
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Kraft, Nestlé, Pepsico, Kellogg's, Mars, Coca-Cola, Procter & Gamble, Unilever, Johnson & Johnson, General Mills : ces dix groupes possèdent la plupart des produits de consommation courante. Les autorités de régulation sont-elles encore capables de faire respecter la concurrence ?

"L'illusion du  choix", "ces dix compagnies contrôlent tout ce que vous achetez" : le schéma publié par Business Insider fait réfléchir. La concurrence ne serait qu'apparence : sous la multiplicité des marques, on retrouve toujours les dix mêmes compagnies. Or la concurrence donne sa légitimité à l'économie de marché : sans elle, la seule limite à la recherche de profits, c'est l'épuisement du budget des consommateurs.

(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)


Si c'est vrai, il s'agit, de nouveau serait-on tenté de dire après tant de doutes sur la régulation financière, d'un échec grave de la régulation des marchés. On le sait, la concurrence n'y règne pas de façon naturelle, c'est en tout cas l'idée aujourd'hui dominante ; des autorités (au premier chef, en Europe, la Commission européenne) sont donc chargées de la protéger, en contrôlant les concentrations. Alors, ces régulateurs-là auraient-ils aussi échoué ?

Avant d'aller plus loin, il faut distinguer, dans le schéma, ce qui est vrai de ce qui est une simple construction.

Les grands fabricants de produits de consommation contrôlent de nombreuses marques, c'est vrai ; des produits apparemment concurrents entre eux peuvent être fabriqués par un même groupe, c'est encore vrai ; et il n'est pas faux (mais c'est une idée différente) que ces géants contrôlent des marques qui relèvent de lignes de produits diverses.

Mais, de ces constatations, l'on ne peut tirer de conclusions sans se poser d'autres questions. Par exemple, pour un type de produit donné, existe-t-il un ou plusieurs fabricants ? Et s'il y en a plusieurs, s'agit-il d'un petit nombre ou d'un nombre significatif ? En présentant les produits compagnie par compagnie, et pas ligne de produit par ligne de produit, le schéma ne met pas en évidence la concurrence entre les lignes d'Unilever et celles de Procter & Gamble, par exemple, ou entre Coca Cola et Pepsi Cola. Quant aux "10 compagnies qui contrôlent tout", le schéma se limite artificiellement à ce nombre. Or, pour chaque ligne de produit de ces "10", il serait facile de trouver des sociétés très importantes qui n'ont pas été citées : Danone, Sara Lee, Henkel, Reckitt Benckiser, Suntory et bien d'autres, sans parler des PME. Par ailleurs, la grande distribution organise sa politique d'achats de façon à maximiser la concurrence ; elle va même jusqu'à la susciter en mettant sur le marché des "marques de distributeur".

Tout va-t-il donc pour le mieux dans un univers parfaitement régulé ? En réalité, ce que le schéma ne dit pas, mais qu'il révèle indirectement, c'est que la régulation de la concurrence est de plus en plus technique, et donc de plus en plus coûteuse et incertaine.  

La multiplicité des marques et des produits, la présence enchevêtrée des fabricants sur ces différentes lignes demandent un travail acharné chaque fois qu'une fusion est soumise au contrôle des autorités, afin de savoir lesquels, parmi les produits des deux entreprises, sont vraiment concurrents les uns des autres (ce qui peut obliger l'acquéreur à revendre des marques à un tiers) et lesquels le sont marginalement ou pas du tout. Par exemple, lors d'une opération récente, la Commission européenne a mené des études techniques multiples et approfondies pour savoir si les consommateurs étaient prêts à remplacer des déodorants pour homme par des déodorants "autres que pour homme", des déodorants à bille par des sticks ou des sprays, des déodorants à propriétés dermatologiques par d'autres qui n'en ont pas, tout en croisant ces différentes catégories.

Autre problème : un groupe qui contrôle plusieurs marques non directement concurrentes entre elles peut poser des problèmes tenant à sa capacité à s'appuyer sur une marque pour en promouvoir une autre. Les lecteurs les plus âgés se souviendront que l'achat d'Orangina par Coca Cola avait été bloqué parce que les autorités craignaient qu'en France, Coca Cola soit la seule société à pouvoir proposer aux distributeurs un assortiment complet de soft drinks : c'est la peur de ce que l'on appelle l'effet de portefeuille. Il faut alors se demander si les différentes marques possédées, éventuellement disparates, ont des liens qui peuvent produire un tel effet, ce qui n'est pas simple.

Cette complexité de la régulation a un coût : fonctionnaires des autorités, études de plus en plus lourdes avant et pendant les opérations de fusion, discussions sans fin avec les autorités dans la mesure où la sophistication des analyses multiplie les occasions de désaccords. La complexité présente aussi un risque : les régulateurs peuvent commettre des erreurs, dans les deux sens (interdire ce qui est sain et autoriser ce qui est dangereux).

Mais a-t-on le choix ? L'alternative à la sophistication, c'est l'élaboration de règles simples. Un exemple de règle simple est souvent discuté en matière de régulation bancaire : la séparation des activités risquées et moins risquées. Peut-on trouver des règles de même nature ailleurs ? Interdire au fabricant d'une boisson au citron de vendre aussi une boisson à l'orange ? Au lecteur (à l'électeur ?) de décider si la concurrence est à ce point malade qu'il faille aller jusque là et en accepter la conséquence : déléguer à des fonctionnaires le soin de fixer des règles, chacune très simple, certes, mais qui par leur prolifération pourraient tourner au cauchemar (poulets + canards, oui ; poulets + dindes, non ?).  

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Le sujet vous intéresse ?
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Et maintenant voici le PQ blasphématoire…
02.
Connaissez vous Marie Kondo (la Japonaise qui a déclenché une folie du rangement dans le monde qui ne devrait pas tarder à atteindre la France) ?
03.
L'étonnante proposition de Brigitte Macron à Valérie Trierweiler et Carla Bruni-Sarkozy
04.
Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial
05.
La déconsommation affecte tous les secteurs, sauf l’alimentaire et le made in France. Mais les Gilets jaunes n‘y sont pour rien
06.
Plus court mais mieux indemnisé : cette réforme de l’assurance chômage qui pourrait offrir une solution aux demandeurs d’emplois
07.
Macronracourcix : la France prise au piège de son syndrome Astérix ?
01.
Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial
02.
Plus court mais mieux indemnisé : cette réforme de l’assurance chômage qui pourrait offrir une solution aux demandeurs d’emplois
03.
Comment le Canard Enchaîné a envoyé François Fillon, Jacques Chaban-Delmas et Valéry Giscard d'Estaing au cimetière des éléphants de la politique
04.
Jacques Chirac, ce soudard amateur de bières et de belles femmes qui s'est avéré être un excellent chef des armées
05.
Connaissez vous Marie Kondo (la Japonaise qui a déclenché une folie du rangement dans le monde qui ne devrait pas tarder à atteindre la France) ?
06.
La tombe de Marc Antoine et Cléopâtre serait sur le point d'être découverte
07.
Traité d’Aix-la-Chapelle : la France ne vend pas l’Alsace à l’Allemagne mais les deux pays scellent la coupure entre les dirigeants et leurs peuples
01.
Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial
02.
Les patrons américains préfèrent la France de Macron à l’Amérique de Donald Trump et l’idée du « grand débat » leur plait
03.
Traité d’Aix-la-Chapelle : la France ne vend pas l’Alsace à l’Allemagne mais les deux pays scellent la coupure entre les dirigeants et leurs peuples
04.
La tombe de Marc Antoine et Cléopâtre serait sur le point d'être découverte
05.
Aix-la-Chapelle ou la dernière illustration en date de l’intimidation morale qui asphyxie la démocratie française
06.
Traité d’Aix-la-Chapelle : la France est-elle en train de renouveler avec l’Allemagne l’erreur de François Mitterrand au moment de la réunification ?
01.
Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial
02.
Gilets jaunes : l’inexplicable (et énorme) échec des Républicains
03.
Aix-la-Chapelle ou la dernière illustration en date de l’intimidation morale qui asphyxie la démocratie française
04.
Radioscopie des dépenses de la France : ces nouvelles inégalités qui se cachent derrière la puissance apparente de l'État-providence
05.
Traité d’Aix-la-Chapelle : la France est-elle en train de renouveler avec l’Allemagne l’erreur de François Mitterrand au moment de la réunification ?
06.
Changement climatique : Alexandria Ocasio-Cortez déclare que "le monde touchera à sa fin dans 12 ans"
Commentaires (12)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
Tuffgong
- 28/05/2012 - 14:08
VIVE LE LIBÉRALISME ...
VIVE LE LIBÉRALISME ...
Gilles
- 27/05/2012 - 12:34
En politique aussi
Il est intéressant de constater que les produits "Nos régions ont du talent " (Leclerc) et "Reflets de France" (Carrefour) sont fabriqués au même endroit. Seul l'intitulé de l'étiquette change car la couleur est la même (jaune pâle). C'est comme politique : UMPS... Tous les ténors proviennent de la même fabrique : ENA ou fonction publique.
ricouti
- 27/05/2012 - 12:24
@robnoi : vous devriez
@robnoi : vous devriez retourner à l'école et apprendre à lire. Mon post ne fait que deux lignes et demi et apparemment vous peinez à l'assimiler.