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Baisse des prix

Le Covid-19 est déflationniste

Publié le 10 août 2020
Dans le monde, l’inflation est partout très faible, sinon négative. Le Covid-19 est partout désinflationniste, sinon déflationniste.
Jean-Paul Betbeze
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Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ;...
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Dans le monde, l’inflation est partout très faible, sinon négative. Le Covid-19 est partout désinflationniste, sinon déflationniste.

-0,1% : c’est le chiffre de l’inflation de l’Allemagne en juillet, un chiffre évidemment très bas, plus bas que celui qu’on attendait (0,1) et bien plus bas que toute la série précédente (entre 0,5 et 1,5%). Les prix baissent donc ce mois-ci en Allemagne, toujours grâce à la baisse des prix industriels, à celle des prix du pétrole et à la décélération des prix alimentaires. Cette évolution est en net contraste avec la principale source inflationniste antérieure, les produits alimentaires, notamment frais, conséquence de la période de confinement. -0,3%, c’est l’inflation en Italie, pays en récession grave et -0,6%, c’est le cas espagnol. On pourrait alors dire qu’à 0,8 %, les États-Unis résistent au virus déflationniste. Mais c’est à cause de la hausse des médicaments et des services de soins. On pourrait dire que la France, avec 0,8%, fait bande à part, elle qui avait entre 0 ,1 et 0,2% d’inflation, mais cette anomalie est due au fait que les soldes n’ont pas (encore) eu lieu… Au total, dans le monde, l’inflation est partout très faible, sinon négative. Le COVID-19 est partout désinflationniste, sinon déflationniste.

Ceci peut paraître une anomalie, sinon une surprise, compte tenu des liquidités qui sont partout déversées par les Banques centrales pour éviter le pire, avec l’idée toujours répandue que les crédits feront « un jour » augmenter les prix. C’est vrai, « un jour ». Mais en attendant le COVID-19 inquiète de plus en plus et fait épargner. Il a atteint plus de 19 millions de personnes dans le monde et tué plus de 700 000. Il est à l’origine d’une récession mondiale sans exemple, fait partout monter le chômage et, pire encore, disparaître des emplois. Il n’est donc pas surprenant, en dépit des chiffres que l’on a sur la montée des crédits et des dettes, que l’inflation ne monte pas, au contraire. C’est la peur qui monte, pas les prix ! Les entreprises qui le peuvent s’endettent, à des conditions très favorables, en se disant qu’elles pourront acheter des concurrents en grave difficulté et, en tout état de cause, auront ainsi les moyens de résister en cas d’une résurgence de la pandémie. Ces mêmes idées : permanence de la pandémie, crise de l’emploi, plus l’idée que la reprise sera lente, alimentent aussi l’épargne des ménages. L’argent prêté par les Banques centrales et les banques finit donc là : dans les comptes bancaires et d’épargne, dans l’achat de bons du trésor pour boucher les trous des finances publiques, pas dans l’investissement, dans l’emploi, la demande, donc pas dans l’inflation.

Ce processus déflationniste explique la montée de l’or, puisqu’il ne coûte rien à emprunter et qu’il monte avec les inquiétudes qui se répandent !

Ceci explique aussi la montée du Nasdaq, autrement dit des entreprises qui aident à digitaliser la production et la demande, donc à ne pas faire monter les prix (au moins). Elles permettront de mieux savoir ce que veulent les acheteurs (entreprises ou ménages) et d’optimiser les chaînes de production, maintenant que tout le monde est conscient qu’elles sont trop longues, venant de Chine, et souvent trop compliquées et fragiles.

L’idée que le rapatriement d’activités faites en Chine ou dans les pays à très bas coût de salaire ferait augmenter les prix ici ne se vérifie pas et ne se vérifiera pas. Les entreprises vont faire des efforts de productivité, de simplifications de leurs chaînes de production et de commandement. Elles vont raccourcir les chaînes de production et aplatir celles de commande. Ainsi, avec la digitalisation, avec les lieux de production plus proche des grands marchés (nearshoring au Maroc ou en Europe de l’Est), les restructurations de production seront peu inflationnistes et la concurrence farouche, face à une demande inquiète.

Ceci explique que les taux d’intérêt ne montent pas, même si les déficits budgétaires explosent. L’emprunt à 10 ans américain est à 0,56% (pour 0,6% d’inflation), un peu parce que l’emploi monte peu, un peu du fait de la Chine et de Donald Trump, en pleine résurgence des cas de Covid-19. Ce processus se retrouve aussi en Italie, avec des taux d’intérêt à 10 ans qui sont actuellement à 1%, ce qui n’est pas entièrement normal pour un pays surendetté et en récession. Comme les prix baissent de 0,3% en Italie, dans ce marasme, les taux intérêt réels sont de 1,3%, ce qui est évidemment trop pour le pays, mais n’est possible que grâce à l’intervention de la Banque Centrale Européenne et à la bonne nouvelle venue de l’accord obtenu fin juillet, entre les différents chefs d’État et de gouvernement de l’Union Européenne.

Au total, le Covid-19 avance. Le problème majeur reste les États-Unis, sans doute en liaison avec le mode de gestion, présidentiel, du virus. Une résurgence apparaît. Elle apparaît aussi en Espagne, avec le tourisme et en France, avec les mesures de distanciation qui sont suivies de manière distante… La première vague mondiale du Covid-19 est plus violente en Amérique latine, en particulier au Brésil et au Mexique. On le voit au Pakistan et en Inde, où les risques en termes de nombre de cas sont évidemment dramatiques. Enfin l’Afrique du Sud inquiète dans sa capacité à faire appliquer les règles et dans les signes de corruption que l’on voit naître pour utiliser les ressources liées au traitement de la maladie !

Et ce qui se passe aux États-Unis fait monter l’euro, parce que ceci fait baisser le dollar. Et la Chine fait très attention à maintenir son taux de change avec le dollar, comme par hasard !

Les marchés financiers commencent à comprendre qu’il faudra des mois pour que l’activité économique reprenne, des années pour qu’elle retrouve son rythme antérieur. Dans ce contexte, le soutien budgétaire des grands pays va continuer, mais cette monnaie continuera d’acheter des bons du Trésor d’un côté et alimenter les dépôts de l’autre, l’inflation est remise à une date ultérieure. Et dans les pays émergents, ce sera plus vrai encore, face à l’explosion du chômage. Le COVID-19 secoue les entreprises pour qu’elles deviennent plus sûres et réactives, l’emploi paiera, pas l’inflation.

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