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La factrice sonne toujours deux fois

L’arme à 3 coups qui pourrait porter Ségolène Royal vers 2022

Publié le 19 janvier 2020
L’ancienne candidate à la présidentielle de 2007 semble prête à se relancer pour 2022. Critique du libéralisme, environnement, autorité et fermeté de l’Etat, l’offre à trois pointes qu’elle entend incarner a le potentiel de ressusciter la gauche.
Chloé Morin est ex-conseillère Opinion du Premier ministre de 2012 à 2017, et Experte-associée à la Fondation Jean Jaurès.
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Chloé Morin est ex-conseillère Opinion du Premier ministre de 2012 à 2017, et Experte-associée à la Fondation Jean Jaurès.
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L’ancienne candidate à la présidentielle de 2007 semble prête à se relancer pour 2022. Critique du libéralisme, environnement, autorité et fermeté de l’Etat, l’offre à trois pointes qu’elle entend incarner a le potentiel de ressusciter la gauche.

Atlantico : Alors que l'ex candidate à la présidentielle de 2007 n'est plus l'obligée du gouvernement, elle lance son mouvement "Désirs de France, avenir de la planète", sur le modèle de Désirs d'avenir en 2006.  Sur quel terrain politique Ségolène Royal pourra-t-elle s'exprimer ?

Chloé Morin : Pour moi, il faut d’abord constater une nouvelle fois la volonté de se placer sur un terrain « neutre » de la production des idées - stratégie politique qui caractérise largement la démarche de Ségolène Royal depuis l’élection de 2007.  Elle cherche à sortir des cadres traditionnels français pour se redonner la liberté de fonder une pensée qui se rattache à la gauche mais respecte ses propres fondamentaux qui sont entre autres « l’ordre juste » et l’environnement. Ce sont les enjeux véritables de notre époque - on le voit bien encore ces derniers jours avec la difficulté du pouvoir à maîtriser les débordements violents tout en faisant droit, dans un même temps, aux colères et revendications sociales - et reconnaissons lui au moins le primat dans cette démarche. 

Maintenant, comment faire ?

 A cet égard, il semblerait que Ségolène Royale cherche à sortir des schémas anciens, qui confiaient la production des idées aux partis politiques et aux « clubs ». Ici, la comparaison avec ce qui se fait Outre Atlantique est intéressante. Aux Etats Unis, il y a un véritable professionnalisme intellectuel politique. On parle même d’industrie des idées... Il y a environ 400 Think Tanks à Washington, avec des moyens qui, pour beaucoup d’entre eux, sont sans commune mesure avec les Think Tank et fondations politiques françaises. La plupart sont financés par le privé - entreprises, philanthropes et entrepreneurs -, avec un objectif clair : influencer le débat public. Le President de l’American Enterprise Institute, plus ancien think tank conservateur, soulignait il y a quelques temps que 75% de son temps est consacré à la levée de fonds, et que pour ce faire, il donnait plus de 150 discours par an. La Brookings Institution détient plus de 524 Millions d’actifs en 2017, et ses plus gros financeurs sont la Fondation Gates, la Fondation Hewlett, Hutchins, JPMorgan Chase… 

Par comparaison, la structure et le financement du système de production et de diffusion des idées politiques en France sont extrêmement différents. Nous avons l’habitude de voir des politiques créer leurs clubs, qui sont en fait des mini partis politiques qui permettent de récolter des fonds - dans les limites étroites de ce que permet la loi française. Ils ne produisent pas réellement d’idées. Ségolène Royal semble vouloir, cette fois, aller bien plus loin. Mais à ce jour, lorsque nous parlons d’un Think Tank ou d’une Fondation politique attachées à une femme ou un homme politique Français, il y a fort à parier que pour des raisons culturelles mais aussi économiques et fiscales, elle ne s’approche jamais des plus de 230 Millions de dollars levés en 2017 par la fondation Obama à son lancement… 

Pour autant, manifestement, cette plateforme permettra à minima à Ségolène Royal de cultiver sa différence, de tenter d’irriguer le débat public, d’exister dans une actualité tourbillonnante où la maitrise de l’agenda politique et médiatique est une clef de la bataille politique, et surtout - même si cela paraît anecdotique - de lui donner les moyens matériels de s’exprimer lorsqu’elle le jugera bon et de rassembler des soutiens autour d’elle. Reste à savoir qui elle va pouvoir recruter pour féconder un corpus d’idées. Parce que c’est quand même cela qui est primordial : il faut des équipes de réflexion, des porteurs d’idées. Un homme politique n’existe pas seul, même si l’IA et les réseaux sociaux ont démultipliés ses capacités de communication. Il doit agréger autour de lui.    

Y-a-il de la place pour une candidate "écologiste, sociale et féministe" ? 

A ce jour, si l’on observe les baromètres de popularité, l’on peut être saisi d’un certain vertige en constatant que les meilleures places sont occupées par des « icônes  de l’ancien monde »: Martine Aubry, le tout nouveau retraité Hulot, Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy… occupent les meilleures places! C’est révélateur à la fois d’un échec, celui de LREM, à renverser durablement la table en renouvelant le champ de l’offre politique; mais aussi d’un vide, d’une difficulté des générations politiques nouvelles à se faire connaitre et à s’imposer, mais aussi sans doute d’une certaine nostalgie de la « France d’avant »… Les sciences cognitives démontrent que nous avons tous tendance à réécrire l’histoire, car notre mémoire ne conserve que certains éléments saillants et à contenu émotionnel fort. De la même manière que Chirac est devenu, après le terme de sa carrière, unanimement populaire, les personnages politiques qui ont marqué les années 90 et 2000 semblent désormais parés de toutes les qualités que l’on ne leur reconnaissait pas forcément spontanément au moment où ils exerçaient le pouvoir…

Ségolène Royal part donc avec un premier avantage : sa notoriété dans un champ politique qui reste assez largement dévasté. Par ailleurs, nous avons vu aux européennes que l’écologie avait le vent en poupe, même si comme une étude de la Fondation Jean Jaurès - réalisée avec Daniel Perron - vient de le montrer, la prise de conscience écologique reste largement théorique et peine à se traduire en actes. 

En outre, nous voyons bien depuis le début du quinquennat qu’il y a une demande de protection sociale qui s’exprime dans le pays, mais que ni Mélenchon, ni le PC ou le PS, ni Marine Le Pen - qui tous parlent de différentes manières de protection sociale et économique - ne parviennent à fédérer. 

Quant à la cause féministe, chacun sait qu’elle s’est imposée dans la société depuis #Metoo, mais qu’il reste beaucoup à faire pour parvenir à l’égalité réelle, notamment vis à vis des violences faites aux femmes et de l’égalité dans le monde du travail. Cela reste donc un champ politique intéressant à investir pour une candidate qui a toujours assumé son féminisme sans en faire pour autant un étendard ou se poser en victime d’un monde politique excessivement masculin, aux codes datés. 

Sur l'aspect écologique, son bilan est perçu comme mauvais, cela va-t-il la déstabiliser ?

Je ne suis pas sûre. D’abord, qui a un bon bilan écologique ? La France ne respecte pas les objectifs de l’Accord de Paris de 2015. Ségolène Royal n’en est pas responsable aujourd’hui. Nicolas Hulot, icône écolo s’il en est, a jeté l’éponge, estimant que l’on ne lui donnait pas les moyens de faire ce qui serait nécessaire. 

En réalité, ce n’est pas l’échec de ministres qu’il faut pointer mais l’incapacité de l’Etat à penser systématiquement la révolution écologique qu’il faut opérer. De ce point de vue, l’étude de la fondation Jean Jaurès que je citais plus haut montre le chemin qu’il reste à parcourir. En fait, rien ne semble avoir changé dans la machinerie étatique depuis que Corinne Lepage a été ministre, il y a 25 ans. On se souvient qu’elle a décrit l’impuissance à laquelle elle a été réduite, montrant au fond que son activité d’avocate est plus efficace… Ce simple fait devrait nous interroger! 

Dans le cadre aujourd’hui très contraint dans lequel s’opère la prise de décision publique et l’action de l’Etat, il faut donc éviter de viser les ministres intuitu personnae pour se focaliser sur une volonté. Et là, Ségolène Royal peut se prévaloir à la fois d’un discours constant et, tout de même, d’une loi sur la biodiversité très importante. Surtout, elle a toujours  eu conscience - c’est le sens du mot « écologie punitive » - de la nécessité d’articuler justice sociale et écologie. (Ici ajouter son attitude sur les portiques éco taxe sous Hollande???)

Elle semble également incarner une certaine autorité, cela peut-il jouer en sa faveur ?

Evidemment. J’ai parlé « d’ordre juste » tout à l’heure. Il faut de l’autorité pour le défendre et l’imposer. C’est ce que réclament par exemple les gilets jaunes : le lien social et écologie. Toutes les enquêtes d’opinion révèlent la demande d’une certaine forme d’autorité - qui ne doit jamais se confondre avec l’autoritarisme. L’autorité ne doit en effet pas être verticale ou incarner une forme de mépris, de coupure, au moment où tant de gens ont le sentiment de ne plus avoir la place et la reconnaissance qu’ils méritent dans la société. L’autorité, ce n’est pas l’autoritarisme, ce n’est pas non plus la solitude du pouvoir. C’est un chemin de crête très difficile à tenir - Hollande, Sarkozy, Macron le démontrent tous à leur manière...

Avec sa doctrine de démocratie participative, Ségolène Royal a ici aussi une antériorité sur ce sujet. Mais sa personnalité clive. Elle est aussi parfois fustigée comme erratique. Et cela peut faire mauvais ménage avec l’autorité...

Elle a dit qu’elle serait prête si la situation autorisait une candidature. Il ne faut jamais paraitre trop pressé, sauf à se voir reprocher une forme de carriérisme et d’ambition personnelle que les Français reprochent à l’ensemble de la classe politique. En bonne héritière revendiquée de Mitterrand, Ségolène Royal « laisse du temps au temps »...

Est-elle encore crédible avec son passé socialiste sur le thème anti-libéral ?  

Elle a un passé socialiste. Elle n’est pas la seule. Les anciens politiques qui aujourd’hui continuent d’avoir du poids se situent soit dans la gauche qui a tout de même largement adhéré à l’idéologie libérale à la fin du XXe siècle, soit à droite… La question est de savoir si individuellement ils ont été moteur de cela ou ont subi un mouvement dans une famille politique très éclatée. 

Ce qui apparaît aujourd’hui lorsque l’on regarde le paysage politique, c’est que la division droite gauche réapparaît, à la faveur de débats comme celui des retraites ou dans le cadre d’élections comme les Municipales - regardez Marseille... on retrouve une tri-polarisation entre RN/Droite et une gauche cette éclatée mais à 30%. LREM pèse moins de 10%... 

C’est l’avenir du « ni droite ni gauche », en tant qu’ideologie et principe de gouvernement, qui semble se jouer dans la période actuelle. Le macronisme, à l’épreuve de crises sociales et écologiques conséquentes, affirmera sa pertinence, ou sera balayé comme une simple parenthèse politique. In fine, la reconduction du paysage politique antérieur n’est pas une hypothèse à exclure...

Emmanuel Macron a bouleversé l’offre politique dans les urnes. La difficulté est qu’il s’agirait maintenant, pour amplifier et solidifier ce champ nouveau, de l’ancrer à la fois dans les urnes sur le plan local, mais aussi dans une réalité idéologique. Or, c’est précisément la thématique de l’environnement qui serait susceptible d’offrir cette opportunité. Elle constitue véritablement un nouveau paradigme, qui impose de tout repenser fondamentalement et non pas seulement à la marge. C’est un Etat reconfiguré qu’il faut construire. 

C’est en raison de ce contexte que l’équation personnelle de Ségolène Royal peut jouer. Si la transition écologique doit être conciliée avec les principes démocratiques, et non pas relever de décisions autoritaires comme certaines le souhaitent ici et la, alors cela signifie qu’il va falloir emporter l’opinion. Certes, l’inexpérience politique peut être un atout majeur en période de « dégagisme » mais il ne faut pas enterrer l’expérience, la connaissance du terrain, qui sont des atouts considérables lorsqu’il s’agit de créer de l’empathie et d’entraîner. 

Pour Ségolène Royal, comme pour la gauche d’ailleurs en général, le vrai sujet n’est pas d’où elle vient mais où elle va et avec qui. En clair, si les égos ne se taisent pas, alors l’échec est certain. C’est donc aux politiques de gauche de faire le choix : les idées ou les ambitions personnelles. Ils y sont presque parvenus aux municipales à Marseille..  Peut-être n’est ce pas si impossible qu’on veut le croire.

 

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pierre de robion
- 19/01/2020 - 22:49
L'arnaqueuse est connue
Vu le pédigrée de la dame, on ne peut qu'être convaincu de son impartialité dans le jugement, et de son sentiment sur l'avenir de la reine du chabichou , de surcroît grandre salvatrice de la voiture électrique poitevine "Mia" qui a coûté des millions à la région et dont la faillite a été à la hauteur de l'entêtement imbécile de la présidente de région!
Atlntico a encore mis à côté de laa plaque!
Liberte5
- 19/01/2020 - 22:18
Le triomphe de l'incompétence...
pour un combat entre nuls qui conduisent la France depuis 40 ans pour en faire un pays du tiers monde.
clo-ette
- 19/01/2020 - 19:53
rectification
"conseillé"