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Du Big Oil au Big Data

Révolution silencieuse : et le plus grand bouleversement économique des années 2010 a été…

Publié le 28 décembre 2019
Selon Dave Beer, professeur de sociologie à l’Université britannique de York, toutes les plus grandes entreprises seraient aujourd’hui soutenues par la valeur de leurs données. Quel a été l'impact de ce bouleversement colossal lors de ces dix dernières années ? Comment le capitalisme pourrait progresser dans les années à venir ?
Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.
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Selon Dave Beer, professeur de sociologie à l’Université britannique de York, toutes les plus grandes entreprises seraient aujourd’hui soutenues par la valeur de leurs données. Quel a été l'impact de ce bouleversement colossal lors de ces dix dernières années ? Comment le capitalisme pourrait progresser dans les années à venir ?

Atlantico.fr : D’après Dave Beer, professeur de sociologie à l’Université britannique de York interviewé par la BBC, toutes les plus grandes entreprises seraient aujourd’hui soutenues par la valeur de leurs données. En quoi ceci est un bouleversement colossal de ces dix dernières années ?

Michel Ruimy : Comme la terre était la matière première de l’âge agraire, le fer celle de l’âge industriel, la donnée (data en anglais) nourrit l’âge de l’information qui est le nôtre : 90% des données numériques mondiales actuelles ont été produites au cours de ces deux dernières années ! Comme l’a bien compris le secteur industriel, les consommateurs que nous sommes aspirent à se sentir uniques. Fini le temps de la consommation de masse, reléguée aux « Trente Glorieuses ». Le XXIème siècle est celui de l’individualisation de la demande, et donc de l’offre. Plus que jamais, les entreprises peuvent compter sur le « big data » et l’information qu’elle véhicule pour connaître les attentes de leurs clients et même les anticiper. 

Ce changement de paradigme de la demande s’accompagne d’une mutation. L’organisation de l’entreprise est en mode « data-driven » c’est-à-dire savoir récolter, analyser et exploiter la donnée pour optimiser les décisions et les opérations. De plus, les mutations rapides des technologies, le besoin constant d’innover et de suivre les usages impactent les modes de travail. Désormais, l’entreprise doit être « agile ». Nombreuses sont celles qui, déjà, adoptent des nouveaux modes d’organisation dits en « projet » où une ressource n’est plus affectée à un service mais à une mission. La digitalisation rebat ainsi les cartes de l’organisation verticale et hiérarchique du monde professionnel. Toute une catégorie de nouveaux métiers fait aussi progressivement leur apparition : Chief Data Officer, Data scientist, ingénieur Big Data, Data protection officer, data miner… Les postes existants sont impactés. Auparavant, le Directeur marketing pensait qu’il était le « maître » des données clients. Ce n’est plus le cas aujourd’hui : il faut créer des environnements où les « données terrain » et les « données numériques » se rencontrent. C’est là, le vrai challenge actuel des entreprises : marier les différentes équipes. 

Par ailleurs, outre un besoin de formation continue - la durée de vie moyenne d’une compétence est passée de 30 ans dans les années 1980 à moins de 5 ans aujourd’hui -, la désintermédiation que permet la digitalisation ouvre la porte à une diversité des statuts au sein de l’entreprise : salariés, intérimaires, autoentrepreneurs, services externalisés… Certains spécialistes considèrent que, dans un futur proche, de plus en plus de sociétés américaines feront appel à des personnes extérieures et que la majorité des travailleurs y œuvreront en tant que « freelance », donnant naissance à l’« entreprise-réseau ». La « création collective » et transversale sera centrale. 

De plus, dans l’entreprise de demain, la révolution technologique accompagnera la responsabilité sociale et la quête de sens d’une nouvelle génération de travailleurs. La place grandissante des technologies pourra également servir à recentrer le management sur l’humain en automatisant les tâches à faible valeur humaine ajoutée.

On voit donc, qu’à la différence du passé, la firme du futur promet de tirer parti des meilleures technologies pour construire le monde de demain. En matière d’innovation, ceux qui maîtrisent la data créeront les industries du futur. Déjà, de plus en plus de « start-ups » se spécialisent dans l’exploitation des données ou dans le stockage et la distribution intelligente de données dédiées à l’usage de l’Intelligence artificielle au service des entreprises.

Toujours d’après l’article de la BBC, avant les années 2010, les entreprises étaient soutenues par le gaz, le pétrole ou les produits chimiques. En quoi ceci marque-t-il l’évolution du capitalisme ?

Il est évident que la future organisation du travail ne ressemblera en rien à ce que nous connaissons aujourd’hui. Une nouvelle division des tâches entre humains, machines et algorithmes est en train de se construire, au gré des avancées technologiques. L’entreprise du futur sera la symbiose entre la composante humaine et l’intelligence artificielle - de la reconnaissance vocale en passant par les agents conversationnels, … À titre d’exemple, les « legal tech » sont en train de bousculer l’ensemble des métiers du Droit. 

L’industrie est un secteur dans lequel l’IA est accueillie à bras ouverts. Un nouveau capitalisme pourrait surgir. Le concept d’industrie 4.0 a vu le jour en 2011, à la foire d’Hanovre. Il désigne l’usine du futur dans laquelle toutes les machines et tous les produits communiquent numériquement entre eux grâce à l’Internet des objets ! L’Intelligence artificielle (IA) est ainsi la promesse d’améliorer la compétitivité de l’entreprise en optimisant les moyens techniques et humains. 

Les entreprises doivent, de ce fait, engager une réflexion au risque de rester sur le bas-côté de la route. Attention, malgré tout. Après la mécanisation, l’industrialisation et l’automatisation, cette quatrième révolution industrielle ne se résume pas à la transformation digitale de l’outil industriel. Elles doivent fournir des biens personnalisés avec de faibles coûts de production pour répondre aux nouvelles attentes des consommateurs.
Selon une étude du World Economic Forum, en 2022, les nouvelles technologies vont entraîner la création de 133 millions d’emplois et en détruire 75 millions. Ces chiffres battent en brèche l’idée reçue selon laquelle les robots vont remplacer les humains et mettre, au chômage forcé, un grand nombre d’individus. 

Comment le capitalisme pourrait-il progresser dans les dix prochaines années ?

Avec le retrait des Etats, les quatre dernières décennies ont été marquées notamment par une conception (anglo-saxonne) de l’entreprise selon laquelle l’objectif principal est de maximiser, à court terme, la valeur pour les actionnaires - l’une des raisons de la crise financière de 2008 réside dans le court-termisme qui a caractérisé le fonctionnement d’une partie du système économique et financier -, sans vraiment prendre en compte l’impact de l’activité sur les ressources naturelles, qui sont limitées. 

Si cette vision a rempli les besoins basiques d’une grande part de l’humanité en la sortant d’un état d’extrême pauvreté, elle a aussi généré des inégalités sociales qui n’ont pas été corrigées par des politiques redistributives. C’est pourquoi, aujourd’hui, elle est devenue obsolète. Nous ne pouvons plus parler seulement de résultat net et de rentabilité. 

Pour autant, le capitalisme n’est pas à rejeter. Il a toujours eu besoin de règles. La régulation est, par nature, consubstantielle du capitalisme. Et ce, d’autant qu’aujourd’hui, nous entrons dans un monde où apparaissent de nouvelles exigences, liées à l’émergence de nouvelles technologies ou de préoccupations sur le climat, ce qui alimente craintes et espoirs. Les entreprises, qui sont des êtres politiques, doivent donc se comporter comme responsables des effets externes de leurs actions et penser à leurs conséquences. La prise en compte de l’impact social et environnemental devient clairement une responsabilité de l’entreprise. Remettre des visions de long terme dans les stratégies est une nécessité pour répondre aux enjeux environnementaux et sociaux. Cette approche n’est cependant pas en contradiction avec la performance financière, elle la renforce.

Le capitalisme a besoin de se rééquilibrer. C’est pourquoi, il est nécessaire de le réinitialiser en l’obligeant à prendre en compte les préoccupations des salariés, de la cité et celles de la planète. Dans cette perspective, les entreprises doivent montrer qu’elles sont performantes au plan financier et exemplaires au plan sociétal.

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clo-ette
- 29/12/2019 - 14:15
Dans tous les domaines
Il faut partir du principe que ce qui peut ou pourra se faire se fait ou se fera. Ce n'est pas forcément réjouissant, et ne va pas dans le sens d'une plus grande répartition des richesses, d'une plus grande égalité, etc..... Comme jadis, le "moteur" est le profit lié au capitalisme, on est toujours dans l'ancien monde et pas près d'en sortir .Quant à l'écologie, la prise en compte de l'environnement , ce sont de nouveaux marchés .
ajm
- 29/12/2019 - 00:31
Confusion.
Quelle bouillie pour chats ! Big Data, algorithme, court-termisme, besoins de la planète...Si on essayait de raisonner calmement en reliant logiquement les données d'un exposé !
Ganesha
- 28/12/2019 - 17:04
Avenir radieux !
Pour mr. Husson, une évidence absolue : la totalité des biens matériels continuerons d'être produits en Chine !
Des navires porte-conteneurs avec des matelots philippins...
Nos géniaux ''data officers'' réguleront le déchargement automatisé au Havre ainsi que la confection des colis chez Amazon.
Il ne restera plus qu'à recruter des chauffeurs routiers routiers roumains et un grand nombre de jeunes de nos banlieues pour la livraison à domicile !