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Idiocracy ?

L’humanité a-t-elle atteint son pic d’intelligence ?

Publié le 15 juillet 2019
Si depuis l'apparition des premiers tests de QI il y a de cela plus de cents ans, les scores obtenus n'ont cessé d'augmenter de manière constante, aujourd'hui l'effet semble s'être inversé.
André Nieoullon est Professeur de Neurosciences à l'Université d'Aix-Marseille, membre de la Society for Neurosciences US et membre de la Société française des Neurosciences dont il a été le Président. 
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Si depuis l'apparition des premiers tests de QI il y a de cela plus de cents ans, les scores obtenus n'ont cessé d'augmenter de manière constante, aujourd'hui l'effet semble s'être inversé.

Atlantico : Doit-on déduire de ces résultats que quelque part l'humanité a atteint son pic d'intelligence ?  

André Nieoullon: Je vous laisse bien volontiers la responsabilité de cette conclusion mais, en ce qui me concerne, je ne vous suivrai pas. A mon sens, en dépit de ces éléments rapportant une tendance à la réduction du score de QI au cours des dernières décennies après une augmentation constante au cours du XXième siècle, il est extrêmement abusif de déduire qu’après une « augmentation de l’intelligence au cours du siècle dernier » (sic !) nous nous trouvons maintenant dans une phase de récession ! En effet, les données auxquelles vous faites référence portent sur la seule mesure du QI, alors que tous les spécialistes s’accordent depuis de nombreuses années à dénoncer le caractère profondément réducteur de cette façon de prétendre mesurer l’intelligence humaine. A ce titre, Davis Robson, journaliste de la BBC et auteur d’un ouvrage de référence sur ce thème, rejoint cette interrogation et met parfaitement en garde contre ce type de conclusion. Il est donc nécessaire de relativiser les résultats de ces données sur la mesure du QI, et ce n’est certainement pas en faisant référence à celles sur l’évolution du cerveau et les potentialités corrélatives d’Homo sapiens depuis l’Australopithèque en passant par Homo heidelbergen, que se trouve la réponse ! Qui plus est, chacun sait aujourd’hui que c’est le développement du lobe frontal plus que celui de l’encéphale dans son ensemble qui est à l’origine de l’accroissement des capacités cognitives des individus chez les primates, ce qui peut plus exactement être mis en relation avec l’augmentation de certaines formes d’intelligence.

Car là est bien la question : qu’est-ce que l’intelligence humaine et que mesure réellement le QI ? Cette question est, bien entendu, centrale, et la plus grande difficulté est de définir ce que l’on entend par « intelligence ». Il faut le dire clairement, il n’existe pas de définition consensuelle de ce qu’est -ou n’est pas- l’intelligence. En première intention, le sens commun définit l’intelligence comme la capacité à résoudre des problèmes théoriques plus ou moins complexes, à gérer des questions abstraites, et à trouver des solutions pour s’adapter aux fluctuations rapides de l’environnement dans les meilleures conditions d’efficacité et de rapidité, en faisant le moins d’erreurs possible. Anticipation sur l’action et de ses conséquences, et utilisation de règles résultant de connaissances acquises (par exemple le théorème de Pythagore pour calculer la longueur de l’hypoténuse d’un triangle rectangle) sont des exemples assez classiques de ce qui peut être considéré par un observateur comme les capacités d’un individu « intelligent ». Mais ce type de raisonnement fait abstraction d’autres dimensions essentielles du cerveau humain et notamment de sa composante émotionnelle. Ainsi, si le QI est à même de mesurer une intelligence plutôt « globale » en mettant en exergue les capacités de communiquer et à utiliser ses connaissances, il évalue mal les stratégies et les processus logiques reflétant les opérations mentales : raisonnement logique, utilisation d’analogies, expérience acquise, raisonnement intuitif et raisonnement inductif, tout au moins.

Les psychologues, à la suite des travaux déjà anciens d’Howard Gardner, vont jusqu’à proposer près d’une dizaine de formes d’intelligence, en considérant qu’elles dépendent bien de capacités de notre cerveau (si elles sont affectées par les lésions cérébrales), qu’elles sont susceptibles d’améliorations avec l’âge au cours du développement ou par apprentissage, ou encore qu’elles sont de fait liées à l’évolution de l’espèce humaine. Ainsi distingue-t-on par exemple « l’intelligence verbale », en rapport avec la maîtrise du langage et la communication, permettant en priorité de comprendre les informations, qui est complétée classiquement par la dimension logique de l’intelligence auquel il est fait référence ci-dessus, permettant de traiter et d’utiliser ces informations. Ces formes d’intelligence, à n’en pas douter, sont bien celles qui sont majeures dans le cadre de l’éducation scolaire et, de fait, bien corrélées aux scores du QI. Mais l’intelligence humaine est beaucoup plus que cela et met en œuvre une dimension émotionnelle que l’on retrouve dans les formes d’expressions artistiques et humanistes, notamment, impliquant des processus intrapersonnels et interpersonnels, ou encore dans les formes d’interrogation de l’individu sur le sens de sa vie, par exemple ; autant de formes d’intelligence que la mesure mécanique du QI n’interroge certainement pas !

 

En 2017, plusieurs études relevaient que les Français avaient perdu 3,8 points du QI en dix ans. A quoi peut être dû l'inversion de ce que l'on appelle l'effet Flynn, c'est-à-dire l'augmentation jusqu'alors constante du QI au sein d'une population donnée et, ce, sur plusieurs générations ? Les changements en matière d'éducation scolaire permettent-ils, notamment, de l'expliquer ? 

L’effet Flynn est bien connu des psychologues et atteste d’un accroissement constant de la valeur du QI au cours du XXième siècle. Mais qui osera dire que les dernières générations de ce siècle étaient « plus intelligentes » que celles du début des années 1900, au moment où le test a été proposé ? Incontestablement, comme vous l’avez souligné, l’accès large à l’éducation est assurément l’un des facteurs explicatifs. Comme je l’ai mentionné, l’intelligence est aussi basée sur la capacité à utiliser les connaissances et, dans un contexte où l’école a d’abord été rendue obligatoire, pour n’évoquer que l’Europe de l’Ouest, et donc en rapport avec un niveau d’éducation des populations progressivement de plus en plus important, alors il n’est pas étonnant que les scores, évalués au niveau de populations d’individus, se soient continuellement améliorés, notamment depuis la fin de la seconde guerre mondiale et le développement économique et technologique concomitant. Maintenant, il n’est peut-être pas inexact de dire, comme le mentionne Robson (mais cela sera à vérifier dans le futur), que le changement de méthodes d’apprentissages, notamment de traitement des données à l’échelon d’un individu, utilisant des opérations de calcul par les calculettes ou encore les correcteurs automatiques d’orthographe à titre d’illustration et toutes sortes de routines automatiques liées à l’utilisation intensive des écrans, puisse impacter ses propres capacités à développer des performances en matière de logique ou d’expression verbale…

 

Quelles pourraient être les conséquences d'un déclin de notre QI pour l'avenir ? Comment faire en sorte de prévenir un déclin plus important dans les années à venir ? 

A mon sens il est possible de considérer les évolutions de performances de QI d’une population comme un indicateur attestant que le système éducatif n’est peut-être plus adapté à une formation optimisée aux évolutions technologiques auxquelles nous sommes confrontés. Les politiques publiques peuvent dès lors être interrogées pour savoir si elles sont en adéquation avec ces évolutions.  A n’en pas douter, les changements annoncés de la formation dans le système éducatif dans notre pays, et questionnés -sinon contestés- à la fois par les parents et la plupart des éducateurs, pourraient être à même de répondre aux interrogations posées par les changements de performance au test de QI. A moins que ce ne soit l’inverse… L’avenir nous le dira !

 

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jurgio
- 17/07/2019 - 14:52
Je suis bien d'accord
On a privilégié une forme d'intelligence et à force nous en sommes devenus idiots.
Adrien Dufourquet
- 17/07/2019 - 08:12
plus de cents ans!
et si on essayait " plus de sans zan";
Vive la réforme de l'orthographe brevetée Atlantico.
Fazende
- 17/07/2019 - 04:01
Pleine lune : insomnie !
Il est à remarquer qu'au petit matin, nos intelligences sont très vives et créatrices !
PERSONNE, ici, ne parle de l'Intelligence du COEUR, pure Beauté existentielle ! Elle vous met, elle, à dure épreuve ! Elle invite, "la garce", à des victoires sur la raison et n'a rien à voir avec "la composante émotionnelle" dont parle A. Nieoullon