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© PHILIPPE LOPEZ / AFP
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Blocages à Bruxelles : ce que la grande panne de l’Europe révèle de la nature de l’Union

Publié le 02 juillet 2019
En dépit des négociations et des sommets qui ont eu lieu à Bruxelles depuis le 20 juin jusqu'à dimanche soir, les vingt-huit dirigeants européens ne sont pas encore parvenus à désigner les prochains dirigeants des institutions de l'UE.
Christophe de Voogd est normalien et docteur en histoire, spécialiste des idées et de la rhétorique politiques qu’il enseigne à Sciences Po et à Bruxelles. Dernier ouvrage paru : « Réformer : quel discours pour convaincre ? » (Fondapol, 2017)...
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Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université...
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Christophe de Voogd est normalien et docteur en histoire, spécialiste des idées et de la rhétorique politiques qu’il enseigne à Sciences Po et à Bruxelles. Dernier ouvrage paru : « Réformer : quel discours pour convaincre ? » (Fondapol, 2017)...
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En dépit des négociations et des sommets qui ont eu lieu à Bruxelles depuis le 20 juin jusqu'à dimanche soir, les vingt-huit dirigeants européens ne sont pas encore parvenus à désigner les prochains dirigeants des institutions de l'UE.

Atlantico :  En quoi l'échec répété des négociations entre les présidents européens à propos des têtes de liste montre-il que l'Europe ne cessera jamais d'être qu'une alliance de nations aux intérêts divergents ?

Christophe de Voogd : Les intérêts nationaux pèsent évidemment beaucoup mais je crois que cette grille d’analyse a en partie vécu : la preuve en est qu’Emmanuel Macron a plaidé pour la nomination d’un Néerlandais, Frans Timmermans, pour la présidence de la Commission. La politisation de l’objet européen est en fait ce qui se déroule sous nos yeux : une alliance socialo-libérale menée par Macron (et habilement nouée avec les Pays-Bas, la Belgique et l’Espagne) contre les conservateurs allemands et d’Europe centrale. Signe d’une nouvelle étape de la construction européenne, bien analysée par Luuk van Middelaar dans son dernier ouvrage (« Quand l’Europe improvise », Gallimard). Nous assistons en fait à la création d’un espace politique européen dominé par le Conseil, décideur en dernière instance, où les vrais clivages sont d’ordre plus idéologiques que nationaux. Ou, plus exactement, les intérêts nationaux passent désormais par des clivages idéologiques : on le voit très bien dans l’opposition croissante entre plusieurs Europe : celle de Macron, de Salvini ou de Merkel entre autres.

Edouard Husson : Je pense qu’il faut partir du constat qu’il n’existe pas de souveraineté européenne ni de peuple européen. On n’a donc pas créé des institutions qui soient des institutions politiques fédérales. Le Parlement européen n’est pas un parlement complet parce qu’il ne dispose pas d’une légitimité politique. On y parle de nombreuses langues, on y joue à être un parlement devant lequel la Commission serait responsable, équivalent d’un gouvernement européen. Mais le Conseil européen n’entend pas se dessaisir de ses prérogatives: il veut être l’instance de décision de l’UE. Il rassemble les chefs d’Etat et de gouvernement. Ce qui se passe en ce moment, c’est qu’Emmanuel Macron refuse le début même d’un « peuple européen »: le fait de respecter l’idée selon laquelle le futur président de la Commission Européenne serait pris dans le groupe le plus nombreux du Parlement européen serait déjà un début d’attention à la population de l’UE considérée comme un ensemble. On dira que c’est une idée allemande: le chancelier de la République Fédérale est le chef du parti arrivé en tête, à condition, bien entendu, d’être capable de rassembler une majorité sur son nom, son parti ayant rarement à lui seul la majorité absolue. On n’était pas obligé d’accepter la règle du « candidat arrivé en tête »; Angela Merkel avait été sceptique, il y a quelques années, sur la transférabilité de ce principe de la politique allemande au niveau européen. Mais il faut bien comprendre que la force de ce principe, en Allemagne, c’est le fait que le Chancelier reste toujours profondément enraciné dans son parlement - comme un Premier ministre français doit l’être dans l’esprit de la Vè République telle que de Gaulle l’a imaginée. 

 

En s'opposant au principe du Spitzenkandidat, Emmanuel Macron réussit un coup politique au niveau européen et rend difficile toute réelle politique démocratique européenne. À quelles contradictions les pro-européens (Emmanuel Macron le premier) sont-ils confrontés ?

Christophe de Voogd : Le système des Spitzenkandidaten représente la logique des démocraties parlementaires : le leader du parti qui a gagné les élections législatives devient le chef de l’exécutif. Emmanuel Macron, dans la logique présidentielle de la Vème République, ne peut s’y résoudre et dénonce une « contrainte ». Interprétations différentes de la démocratie, où pèsent en effet les cultures politiques nationales.  Mais en dernière instance, les chefs d’Etat et de gouvernement, partageant une responsabilité commune, sont obligés de conclure un compromis « autour de la Table » du Conseil (expression employée à plusieurs reprises par Emmanuel Macron et image centrale du livre de Van Middelaar).

Edouard Husson : On verra bien ce qui se passe dans les prochains jours. Pour ma part je pense qu’Emmanuel Macron a raté son coup. S’il voulait mettre en cause le principe du « candidat arrivé en tête », il fallait qu’il le fasse en arrivant à l’Elysée. Ce devait être un sujet majeur, à poser d’emblée, en même temps que son plan européen de la Sorbonne, par exemple. Il n’y a rien de pire, lorsqu’on négocie avec les Allemands, que de remettre en cause ce sur quoi on s’est entendu - jamais Emmanuel Macron n’a fait savoir haut et fort qu’il ne voulait en aucun cas du Spitzenkandidat. Il ne me semble pas que l’on puisse dire que ce soit l’ensemble des européistes qui soient confrontés à leurs contradiction. Personne, à part Macron, n’a remis en cause fondamentalement le principe du candidat arrivé en tête. Emmanuel Macron est confronté à ses propres contradictions: il veut plus d’intégration européenne, mais il ne la veut pas bottom up, démocratique; il la veut top down, technocratique. Il faut d’ailleurs insister sur le fait qu’Emmanuel Macron ne joue pas le jeu, non plus, d’une centralité du Conseil européen, qui redeviendrait l’instance décisionnaire principale de l’UE. Le président français a largement fait cavalier seul lors du débat sur le Brexit, entre la fin mars et la fin avril de cette année. 

Au-delà de la désignation des présidents de la Commission, du Conseil et du Parlement, mise à mal par les divergences entre les présidents, c'est l'avenir de l'Europe qui est en jeu. Vers quelles difficultés se dirige l'Europe ? À quoi ressemblera-t-elle demain, dans l'état actuel des choses ?

Christophe de Voogd : L’impression est évidemment très mauvaise pour l’Europe et Emmanuel Macron, qui la déplore à juste titre, en est aussi en partie responsable, notamment par son exigence de parité. Celle-ci n’a guère de sens pour quatre postes et n’est pas respectée en France même (3 hommes sur les 4 principaux ministres et deux hommes à la tête de l’Exécutif). Je m’étonne que personne ne relève cette contradiction. Mais cette exigence est peut-être une posture de négociation pour obtenir autre chose…. Encore une fois, et Macron en est très conscient au-delà de son vif désir de leadership européen, il faudra bien arriver à un compromis. Et celui-ci passe par l’Allemagne que l’on « enterre » un peu vite. Malgré les difficultés personnelles et politiques d’Angela Merkel, le PPE reste le premier parti européen et ne cèdera pas sur l’essentiel. Il obtiendra un poste décisif. De plus, Allemagne, Europe orientale et Italie peuvent former une coalition de circonstance qui peut tout bloquer et Emmanuel Macron ne doit pas surévaluer sa main. Et il faudra passer ensuite très vite à des politiques communes énergiques et efficaces, que réclament les Européens, notamment en matière de climat et d’immigration. C’est le message clair des dernières élections qui s’impose à tous. Car c’est l’ultime chance de la construction européenne, telle qu’elle a été conçue depuis l’origine.

Edouard Husson : Effectivement, le comportement d’Emmanuel Macron va laisser des traces profondes. Et d’emblée avec les Allemands: ce n’est pas comme cela que l’on négocie avec eux. Si bras de fer il devait y avoir, il fallait qu’il se déroulât à huis clos. Et, surtout, que le président français ait trouvé une solution de compromis avec la Chancelière avant que commence la négociation avec l’ensemble des partenaires. Comme l’Allemagne ne jauge plus ses intérêts européens au seul étiage franco-allemand, cela voulait dire que le président français aurait dû être en mesure de montrer à la Chancelière allemande, lors de leurs négociations en tête-à-tête, qu’il disposait d’un large soutien au Conseil - exactement comme fait l’Allemagne. Peut-être vous dirai-je dans les prochains jours que je me suis complètement trompé: Michel Barnier deviendra président de la Commission et l’on pourra donc dire qu’Emmanuel Macron a gagné une partie de son pari. Il me semble plutôt que le Président va ressortir isolé, un peu plus, en Europe. Non seulement les Allemands lui en voudront, mais aussi les libéraux, puisqu’il aura fait passer non pas un membre de son alliance politique mais un travailliste néerlandais. En fait, la capacité d’Emmanuel Macron à troubler le jeu politique français ne marche pas pour l’ensemble de l’UE. C’est dans la mesure où la France est le pays-clé pour que l’Union Européenne fonctionne - elle est le meilleur appui de l’Allemagne et un pays pivot entre le Nord et le Sud de l’UE - que l’on peut entrevoir des difficultés. Mais je ne serai pas si étonné de voir progressivement l’Italie, les pays du groupe de Visegrad, l’Allemagne et l’Europe du Nord se mettre d’accord sur un point: barrer toutes les initiatives françaises tant qu’elles émaneront d’Emmanuel  Macron. On ne doit pas exclure un scénario dans lequel Emmanuel Macron ramènerait la concorde en Europe, à ses dépens. 

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Liberte5
- 02/07/2019 - 22:15
Macron a les dents longues....et le montre.
Les autres dirigeants agissent prudemment et l’Allemagne a de solides appuis pour faire valoir son point de vue. E. Macron ne peut s'appuyer que sur l'Espagne, les Pays bas , le Portugal et la Belgique. Les nominations viennent d'être connues, Les choses sérieuses vont commencer.
lasenorita
- 02/07/2019 - 16:15
''Des politiques communes en matière de climat et d'immigration'
Les résultats du scrutin du 26 mai dernier ont fait sortir 2 familles: Les Verts et les libéraux de Renew..Après 11 jours de marchandages les dirigeants des 28 pays n'ont pu se mettre d'accord….L'U.E. doit, maintenant, tenir compte des avis des ''nationalistes''...tant critiqués par Macron qui est, toujours, ''à côté de la plaque'' et ne veut RIEN entendre ni voir!...Macron ferait bien de se faire tout petit et de se taire...son exigence de la parité montre bien son esprit borné et obtus!...
Benvoyons
- 02/07/2019 - 12:06
J'accuse - 02/07/2019 - 11:00 C'est toujours comme ça avec
des élections à la proportionnelle :)::) Cela n'est pas l'élection qui fait le programme politique, mais les négociations qui ont lieu après les élections & sans la participation des votants. :)::) Car pour gouverner il faut toujours une majorité :)::) Le RN ex FN veut la proportionnelle intégrale & donc tu voteras pour un programme (sur 34 à la dernière Européenne ) puis après les élections les politiciens s'entendent pour former une majorité à laquelle tu n'as pas voté:)::))
Je préfère les 2 tours car je participe dans le sens ou j'ai lu des programmes pour faire un choix au premier tour, puis je lis les 2 restants (il est peut être pour celui pour lequel j'ai voté ou un autre mais que je choisi car j'en élimine forcément un sur les 2 & je suis donc d'accord pour le programme pour lequel je vote.