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Santé

Retour des moustiques tigre : voilà comment s'en protéger efficacement cet été

Publié le 21 juin 2019
L'été commence et parmi les dangers qui peuvent nous menacer pendant cette période estivale, le moustique tigre fait beaucoup parler de lui. Il envahit la France depuis 15 ans et les autorités sanitaires recommandent de s'en protéger spécialement.
Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier. 
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L'été commence et parmi les dangers qui peuvent nous menacer pendant cette période estivale, le moustique tigre fait beaucoup parler de lui. Il envahit la France depuis 15 ans et les autorités sanitaires recommandent de s'en protéger spécialement.

Atlantico : Quelle est donc cette menace concrètement ?

Stéphane Gayet : L'évocation du moustique tigre et des maladies qu'il peut inoculer (dengue, zika, chikungunya…) font souvent peur.

Quel est donc ce moustique tigre ?

C'est un moustique d'importation qui a commencé à envahir la France en 2004 à partir de l'Italie. Il est originaire d'Asie du Sud-Est. On considère que les deux principales voies d'importation ont été et restent le transport par bateau de pneus ainsi que celui de bambous. Les pneus reçoivent de l'eau de pluie dont ils conservent une petite quantité qui peut stagner parfois longtemps et se révèle efficace pour la reproduction et donc la multiplication des moustiques en général. Le besoin en eau du bambou est important : les bambous destinés à l'exportation sont plongés dans l'eau et voyagent eux aussi par bateau.

Or, l'eau douce stagnante est le facteur clef de la prolifération des moustiques : les très nombreux petits réservoirs d'eau à proximité des habitations permettent leur multiplication rapide ; au contraire, leur suppression systématique fait partie des principales méthodes de lutte contre ces vecteurs de maladies.

Le moustique tigre est en réalité le moustique tigré. Son nom scientifique latin est Aedes albopictus : albo signifie blanc et pictus signifie rayé. Il doit donc son nom latin au fait qu'il est noir rayé de blanc (rayures sur l'abdomen et les pattes). Il a été appelé en langue vernaculaire (français courant) moustique tigré, mais curieusement cette appellation a assez vite été transformée en moustique tigre ; ce changement a sans doute été à l'origine d'une crainte particulière. Il faut préciser que les moustiques ne sont pas spécialement hématophages (buveurs de sang), à la différence des puces, punaises de lit, taons, et des tiques qui elles ne sont pas des insectes, mais des arachnides. Chez les moustiques, seule la femelle pique, car elle a besoin de sang pour la maturation de ses œufs ; entre temps, elle varie sa nourriture comme les mâles qui ne piquent pas.

Le moustique tigré est un peu plus petit (environ 5 mm) que le moustique indigène de France. Malgré sa petite taille, si on l'observe assez attentivement, on peut le reconnaître à sa couleur noire rayée de blanc (pas de jaune). Contrairement au moustique indigène qui pique surtout au crépuscule et pendant la nuit, le moustique tigré pique souvent dans la journée. Sa piqûre est de surcroît douloureuse. Les moustiques vivent au maximum un mois ; la femelle effectue toute une série de pontes qui nécessitent de l'eau douce stagnante ; mais les œufs, spécialement ceux du moustique tigré, peuvent supporter une longue dessiccation pendant des semaines, avant d'éclore en présence d'eau ; les larves sont au contraire rapidement tuées par l'absence d'eau (c'est un bon moyen de lutte : vider les réservoirs d'eau stagnante). Le moustique vit à proximité immédiate des habitations et l'espèce tigrée (albopictus) parcourt peu de distance : c'est autour des habitations que cette espèce se reproduit et se multiplie (eau douce stagnante).

Quelle est la répartition géographique actuelle du moustique tigre ?

Le moustique tigré est un insecte nuisible officiellement reconnu comme indésirable. Il a déjà envahi plus de la moitié du territoire français hexagonal et il est l'objet d'une lutte à l'échelle nationale. Il est demandé à toute personne ayant repéré un probable moustique tigré de le signaler à l'Agence régionale de santé (ARS) de la région ou bien à l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) ; il est assez facile de l'identifier avec une loupe une fois qu'on l'a tué et son cadavre est une preuve formelle.

Pour un signalement de moustique tigré, voici un lien 

Le moustique tigré est présent dans au moins 45 départements de France hexagonale : voici sa dernière répartition établie officiellement. On remarque que sa répartition suit un gradient négatif Sud-Nord avec en plus deux régions de la partie nord : Île-de-France et une partie de la région Grand-Est (Alsace).

Quels sont les dangers constitués par la présence du moustique tigre ?

Aedes albopictus ou moustique tigré transmet – avec une efficacité qui varie selon les circonstances– plus d’une vingtaine de virus, agents pathogènes de maladies dites tropicales. Ces maladies, telles que la dengue et le chikungunya, sont ainsi apparues dans les pays tempérés comme la France et leurs virus s’y transmettent aujourd’hui. En pratique, la présence du moustique tigré dans un territoire de la France métropolitaine est synonyme de risque -très faible à faible, mais de risque tout de même- de transmission des virus de la dengue, du chikungunya et du zika.

Le chikungunya -qui signifie « dos courbé »- provoque de la fièvre et des arthralgies (douleurs articulaires) assez sévères, des douleurs musculaires (myalgies), des maux de tête (céphalées), une fatigue (asthénie) ainsi qu'une éruption cutanée (que l'on appelle en langage vernaculaire des « boutons ») ; cette maladie n'est pas mortelle, mais très invalidante.

La dengue est aussi appelée « grippe tropicale ». Dans sa forme habituelle, elle rend très malade (forte fièvre accompagnée de maux de tête, nausées, vomissements, douleurs articulaires et musculaires, ainsi qu’une éruption cutanée qui évoque celle de la rougeole), mais guérit sans séquelles. Cependant, chez certaines personnes, elle peut évoluer selon deux formes graves : la dengue hémorragique, puis la dengue avec syndrome de choc qui est mortelle.

L’infection à virus zika se manifeste par divers signes et symptômes, qui évoquent ceux de la dengue ou du chikungunya : fièvre, céphalées, éruption, asthénie, douleurs musculaires et articulaires. Elle reste le plus souvent bénigne et peut durer jusqu’à une semaine. Toutefois, chez le fœtus - transmission du virus pendant la grossesse -, le virus peut provoquer une malformation sévère, la microcéphalie, responsable d'un retard mental important et irréversible. De plus, cette infection peut aussi provoquer une paralysie ascendante progressive (membres inférieurs) et en général réversible (syndrome de Guillain et Barré), mais qui peut atteindre les muscles respiratoires et donc être à l’origine d’une asphyxie. Il faut préciser que le virus zika se transmet aussi par voie sexuelle (car il est souvent présent dans le sperme des hommes infectés, mais pouvant avoir une forme d’infection discrète et donc non reconnue comme telle).

Ces trois maladies doivent être déclarées aux autorités sanitaires (Agence régionale de santé ou ARS).

Mais attention : heureusement, être piqué par un moustique tigré ne signifie pas -et surtout en France hexagonale - être contaminé par l’un de ces trois virus. Car, à part la situation très particulière où l'on est piqué dans la zone d'un aéroport international ou d'un port international par un moustique tigré d'importation et déjà porteur de l'un de ces trois virus, il faut pour les contracter (virus) que le moustique tigré femelle qui nous a piqué ait au préalable déjà piqué une personne atteinte par l'une de ces trois maladies, qui restent peu fréquentes en France métropolitaine.

Or, ces maladies sont très peu fréquentes en France hexagonale, si l'on excepte les quelques cas importés. Voici donc les dernières données chiffrées dans le cadre de la surveillance renforcée, du 1er mai au 14 juin 2019 : 126 cas importés de dengue dont 40% avaient séjourné sur l’Ile de la Réunion ; 16 cas importés de chikungunya ; 1 cas importé de zika ; mais aucun cas autochtone pour l'ensemble de ces trois maladies.

Que faut-il faire pour se protéger du moustique tigre ?

Il n’existe à ce jour pas de vaccin contre la dengue, le chikungunya ni l’infection à virus zika.

Le moustique tigré est assez facile à identifier. Une seule piqûre peut suffire à transmettre l’une des trois maladies virales en question, mais il faut rappeler que le risque reste heureusement très faible en France hexagonale.

Tous les moustiques -dont le moustique tigré - ont besoin d’eau douce stagnante pour se reproduire. Or, ce moustique a la particularité d’avoir un petit rayon d’action : il faut lutter systématiquement contre tous les réservoirs d’eau stagnante de notre environnement immédiat, y compris les petits auxquels on ne pense pas suffisamment : soucoupes sous les pots de fleur et de plantes feuillues, réservoirs d’eau, pneus à l’extérieur (les remplir par exemple de terre, c'est efficace), bassines, arrosoirs, détritus très humides, certains déchets verts, objets encombrants en plastique ou métal… Il faut ainsi : changer l'eau des plantes et des fleurs au moins une fois par semaine ou si possible supprimer les soucoupes ; remplacer l'eau des vases par du sable humide ; vérifier le bon écoulement des eaux de pluie et eaux usées ; nettoyer les gouttières, les regards, les caniveaux et les équipements de drainage de façon régulière ; couvrir les réservoirs d’eau nécessaires avec un voile de type moustiquaire ou à défaut un simple tissu (bidons d’eau, citernes, bassins…) ; couvrir les piscines et évacuer l’eau des bâches ou traiter l’eau (eau de Javel, galets de chlore…). Cette lutte systématique et permanente contre tous les réservoirs d'eau reste le meilleur moyen de diminuer la densité de moustiques.

Il faut également, bien sûr, se protéger des piqûres de moustique, en couvrant le plus possible son corps et en utilisant des répulsifs en vente en pharmacie et pour lesquels le pharmacien est en mesure de donner de précieux conseils. L’usage des voiles de type moustiquaire permet de se protéger efficacement pendant le sommeil.

Sera-t-il possible de l'éradiquer sur le territoire français ? Comment se présente l'avenir vis-à-vis de ce nouvel envahisseur ?

Son éradication paraît impossible. Ce moustique tigré a prouvé qu'il s'adaptait facilement au climat tempéré alors qu'il est originaire d'Asie du Sud-Est. Cet envahissement du sud de l'Europe a été facilité par le réchauffement climatique.

Une lutte acharnée de grande ampleur contre ce moustique tigré serait à la fois vouée à l'échec et source de graves ennuis écologiques qui ne sont pas complètement prévisibles.

Comme le frelon asiatique et d'autres insectes, le moustique tigré s'est intégré à notre faune française et c'est ainsi. Il faut que chacun soit conscient de la nécessité de lutter contre l'eau douce stagnante et gère ainsi le risque vectoriel (moustique) au niveau de son environnement immédiat. Attention à ne pas tomber naïvement dans l'usage systématique de produits insecticides : ce serait peu efficace et toxique.

Il faut tout de même rappeler que les moustiques ont de nombreux prédateurs qui se sont raréfiés du fait de la pollution environnementale : les chauves-souris et les hirondelles, sans parler des animaux mangeurs de larves aquatiques de ces moustiques (tritons, grenouilles, vairons, ablettes, goujons, divers insectes aquatiques adultes…) : tous ces prédateurs de moustiques et de leurs larves sont aujourd'hui beaucoup moins nombreux. Nos activités et notre mode de vie occidentaux ont largement contribué au déséquilibre écologique qui a favorisé l'implantation du moustique tigré, par la raréfaction de ses prédateurs et le réchauffement climatique.

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assougoudrel
- 23/06/2019 - 10:00
Les anciens, sous les tropiques,
faisaient bien les choses, les plus élémentaires. Ils ne laissaient rien qui puisse servir des réservoir d'eau pour les moustiques. Ils coupaient une noix de coco en trois et non en deux; il laissaient un environnement propice aux araignées, les anolis et autres petits lézards. ils nettoyaient le terrain. Depuis quelques décennies, ce n'est plus le cas et les maladies sont arrivées de suite. On parle de réchauffement climatique; il ne faut pas oublier qu'un conteneur maritime fait le tour du monde en un temps record; il part rempli et revient rempli. Dedans, il y a des moustiques, des araignées et même des serpents. C'est le transport maritime et aérien la cause de tous ces nouveaux venus. Une "immigration" de masse.
Benvoyons
- 21/06/2019 - 11:22
Excellent article qui n'essaye pas de mettre une phobie
supplémentaire. En effet l'eau qui stagne même sans moustique, si des enfants y touchent puis se sucent les doigts peut provoquer des diarrhées & autres plaisirs aux enfants. Même l'eau qui stagne dans un frigidaire :)::) alors que des parents pensent que cela provient des aliments