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Coût des médicaments, couverture sanitaire et lutte contre les pandémies, le vaste programme du sommet de l'OMS

Publié le 22 mai 2019
La soixante-douzième Assemblée mondiale de la santé se tient du 20 au 28 mai 2019 à Genève. Retour sur les enjeux de ce sommet annuel.
Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier. 
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Stéphane Gayet
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La soixante-douzième Assemblée mondiale de la santé se tient du 20 au 28 mai 2019 à Genève. Retour sur les enjeux de ce sommet annuel.

Atlantico : Quelle est l'importance de cette réunion annuelle et quels sont les principaux thèmes qui y sont abordés ?

Stéphane Gayet : Il est éclairant de revenir brièvement sur la genèse de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

La genèse de l’OMS

Les diplomates réunis pour créer l’Organisation des nations unies (ONU) en 1945 ont notamment abordé la création d’une organisation mondiale de la santé.

L’OMS a fait ses premiers pas avec l'entrée en vigueur de sa Constitution le 7 avril 1948 – date qui est célébrée maintenant chaque année en tant que Journée mondiale de la santé. Cette Constitution de l’OMS avait été adoptée par la Conférence internationale de la santé, tenue à New York du 19 juin au 22 juillet 1946, et signée par les représentants de 61 États le 22 juillet 1946. Des amendements ultérieurs ont été incorporés au texte fondateur.

Les principes de l’OMS

L’OMS demeure fermement attachée aux principes énoncés dans le préambule de sa Constitution. Ces principes sont les suivants :

La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social ; elle ne se limite pas à une simple absence de maladie ou d’infirmité. La possession du meilleur état de santé qu’il est capable d’atteindre constitue l’un des droits fondamentaux de tout être humain, quelles que soient sa race, sa religion, ses opinions politiques, sa condition économique ou sociale.

La santé de tous les peuples est une condition fondamentale de la paix et de la sécurité dans le monde ; elle dépend de la coopération des individus et des États. Les résultats atteints par chaque État dans l’amélioration et la protection de sa santé sont précieux pour tous. L’inégalité des divers pays concernant l’amélioration de la santé et la lutte contre les maladies, en particulier les maladies transmissibles, est un péril pour tous.

Le développement sain de l’enfant est d’une importance fondamentale ; l’aptitude à vivre en harmonie avec un milieu en pleine transformation est essentielle à ce développement.

L’accession de tous les peuples aux applications des connaissances acquises par les sciences médicales, psychologiques et apparentées est essentielle pour atteindre le plus haut degré de santé. Une opinion publique éclairée et une coopération active du public sont d’une importance capitale pour l’amélioration de la santé des populations.

Les gouvernements ont la responsabilité de la santé de leurs peuples ; ils ne peuvent y faire face qu’en prenant les mesures sanitaires et sociales appropriées.

Les dimensions et le financement de l’OMS

Plus de 7000 personnes travaillent dans 150 bureaux de pays, dans six bureaux régionaux et à au Siège à Genève.

Tous les pays membres de l’Organisation des nations unies (ONU) peuvent devenir membres de l'OMS, en acceptant sa Constitution. Les autres pays peuvent être admis lorsque leur demande a été approuvée par vote de l'Assemblée mondiale de la santé à la majorité simple. Quant aux territoires qui n’ont pas la responsabilité de leurs relations internationales, ils peuvent néanmoins être admis, mais comme membres associés et sur demande effectuée en leur nom par le membre ou l'autorité chargée de la conduite de leurs relations internationales. Les membres de l'OMS sont regroupés en fonction de leur répartition géographique. On compte actuellement 194 États membres.

L’OMS est financée par ses États membres et divers contributeurs non étatiques. Les 15 premiers financeurs sont par ordre décroissant de leur contribution : les États-Unis d'Amérique, la Fondation Bill & Melinda Gates, le Royaume-Uni, l'Alliance Gavi, le Japon, l'Allemagne, la Banque mondiale, la Commission européenne, le Rotary club international, le Trust national philanthropique (National philantropic trust), le Canada, l'Australie, la Norvège, la Chine et la France (15e place). On peut être surpris de voir que la Norvège avec un peu plus de 5 millions d’habitants finance plus l’OMS que la Chine et la France.

Le total des recettes de l’OMS est de l’ordre de cinq milliards de dollars américains par an.

Les actions de l’OMS

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) joue le rôle d’un organisme de santé publique à l’échelle mondiale. Elle travaille à la nomenclature des maladies, collecte des données épidémiologiques, élabore et publie de très nombreux documents qui sont pour les uns destinés aux professionnels de santé, pour les autres au grand public : des rapports, synthèses, guides et recommandations habituellement de bonne facture et fort utiles. Elle effectue également de nombreuses campagnes de santé publique.

Aujourd'hui, l'OMS est devenue un acteur majeur de santé publique à l'échelle mondiale. Elle participe à la grande majorité des projets de santé publique mondiaux, du moins surtout dans les pays en développement, mais pas uniquement. Sur le plan scientifique, elle a su acquérir du crédit et se faire une place ; en réalité, elle fait régulièrement appel à des médecins et des scientifiques extérieurs à elle qu'elle missionne pour des projets ; ils sont sélectionnés en fonction de leurs titres et de leur expertise reconnue. Mais c'est sur le plan organisationnel que l'OMS s'illustre le plus : les nombreux réseaux avec lesquelles elle travaille lui permettent de trouver un financement en partenariat pour tous les projets de niveau mondial.

Les domaines d'activités de l'OMS

Si l'OMS a vocation à s'impliquer dans tous les problèmes de santé à l'échelle mondiale, elle a des domaines privilégiés.

- Les systèmes de santé des pays membres : la priorité de l'OMS dans le domaine des systèmes de santé s’oriente vers une couverture santé universelle. Elle travaille en lien avec les décideurs politiques, les partenaires mondiaux de la santé, la société civile, le monde universitaire et le secteur privé pour aider les pays à développer et mettre en œuvre des plans de santé nationaux solides. De plus, elle aide les pays à offrir des services de santé équitables et intégrés, qui soient à la fois centrés sur les personnes et à un prix abordable ; elle les aide aussi à faciliter l'accès à des technologies de santé sûres et efficaces, ainsi qu'à renforcer leurs systèmes d'information de santé et leurs politiques de santé fondées sur les preuves.

- Les maladies infectieuses ("transmissibles") : l’OMS collabore avec les pays membres pour élargir et maintenir l’accès à la prévention, au traitement et aux soins relatifs à l'infection par le virus VIH (sida), à la tuberculose, au paludisme et aux maladies tropicales dites négligées (lèpre…), et réduire les maladies évitables par la vaccination. Des progrès remarquables dont déjà pu être obtenus, mais il reste beaucoup à faire.

- Les maladies non transmissibles : ces maladies, dont les maladies cardiovasculaires, les accidents vasculaires cérébraux (AVC), les cancers, le diabète, les maladies respiratoires chroniques et les troubles mentaux – ainsi que les violences et les traumatismes – sont collectivement responsables de plus de 70 % de l’ensemble des décès du monde entier. Ces maladies ont des conséquences qui dépassent largement le strict secteur de la santé.

- La surveillance épidémiologique de la santé et la riposte face à des problèmes sanitaires : dans les situations d’urgence, le rôle opérationnel de l’OMS consiste notamment à diriger et à coordonner la réponse sanitaire à l’appui des pays concernés, procéder à l’évaluation des risques, identifier les priorités et instaurer des stratégies qui en découlent, fournir des conseils techniques essentiels, des fournitures et des ressources financières et également suivre la situation sanitaire. L’OMS aide également les pays à renforcer leurs capacités nationales en matière de gestion des risques, pour prévenir les situations d’urgence découlant des dangers, s’y préparer, y faire face et se redresser ensuite.

- La promotion de la santé à tous les âges : la promotion de la santé tout au long de la vie est au cœur de toutes les activités de l’OMS et tient compte de la nécessité d'analyser les risques environnementaux et les déterminants sociaux de la santé. Elle œuvre à la réduction des différences sanitaires qui existent entre les pays et au sein de ceux-ci.

Le poids logistique de l'OMS

Les services logistiques institutionnels de l'OMS offrent les services, outils et ressources indispensables à la réalisation de tous les travaux. Par exemple, les services institutionnels comprennent les organes directeurs qui convoquent les États membres chargés de l’élaboration des politiques, l'équipe juridique qui fournit des conseils au cours de l’élaboration de traités internationaux, le personnel de communication qui contribue à diffuser l’information sanitaire, les services des ressources humaines qui recrutent des experts de santé publique parmi les meilleurs au monde ou encore les services des bâtiments qui fournissent les espaces et instruments voulus à environ 7000 personnes qui travaillent dans l’une des plus de 150 structures de l’OMS.

La soixante-douzième Assemblée mondiale de la santé du 20 au 28 mai 2019

L'Assemblée mondiale de la santé est l'organe décisionnel suprême de l'OMS. Elle se réunit en principe en Suisse, à Genève, chaque année au mois de mai et des délégations de ses États membres y participent. Elle se tient au Palais des nations.

Sa principale fonction consiste à arrêter la politique de l'organisation. Elle nomme aussi le directeur général, contrôle la politique financière de l'organisation et examine et approuve le projet de budget programme.

Le nom officiel des États membres et leur ordre alphabétique sont établis d’après les informations communiquées par les États membres eux-mêmes et par l’Organisation des nations unies (ONU). Les États membres de l'OMS sont regroupés en fonction de leur répartition géographique (194 États membres actuellement).

Cette réunion annuelle ne procède pas du formalisme, c'est une instance décisionnelle vraiment importante.

Les principaux thèmes abordés lors de la 72e Assemblée mondiale de la santé

Cette 72e Assemblée mondiale de la santé comporte 20 thèmes sanitaires (19 plus un thème supplémentaire suggéré).

1. Projet de budget programme 2020-2021.

2. Urgences de santé publique : préparation et action (situations d'urgence sanitaire) ; règlement sanitaire international.

3. Poliomyélite antérieure aiguë : éradication.

4. Mise en œuvre du programme de développement durable à l’horizon 2030.

5. Couverture sanitaire universelle : soins de santé primaires, agents de santé communautaires impliqués ; préparation de la réunion de haut niveau de l'Assemblée générale des Nations unies sur la couverture sanitaire universelle.

6. Santé, environnement et changements climatiques.

7. Accès aux médicaments et aux vaccins.

8. Suivi des réunions de haut niveau de l’Assemblée générale des Nations unies sur certaines questions : la résistance aux antimicrobiens ; la prévention et la maîtrise des maladies non transmissibles ; l'éradication de la tuberculose.

9. Préparation en cas de grippe pandémique pour l’échange des virus grippaux et l’accès aux vaccins et autres produits.

10. Dispositif des États membres concernant les produits médicaux de qualité inférieure et falsifiés.

11. Ressources humaines pour la santé.

12. Promotion de la santé des réfugiés et des migrants.

13. Sécurité des patients : action mondiale pour y contribuer ; eau, assainissement et hygiène en établissement de santé.

14. Éradication de la variole : destruction des stocks de virus variolique.

15. Onzième révision de la Classification internationale des maladies.

16. Stratégie mondiale pour la santé de la femme, de l’enfant et de l’adolescent (2016-2030).

17. Soins d’urgence et de traumatologie.

18. Incidence sur la santé publique de la mise en œuvre du Protocole de Nagoya.

19. Situation sanitaire dans le territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, et dans le Golan syrien occupé.

20. Inviter Taiwan à participer à l’Assemblée mondiale de la santé en tant qu’observateur (point supplémentaire suggéré).

 

Parmi les sujets abordés lors de ce sommet, l'une des priorités sera de réduire le coût élevé des médicaments d'ordonnance. Est-ce un enjeu important ?

On a souvent du mal en France à percevoir l'acuité de ce problème. Notre pays figure parmi ceux dans lesquels le prix des médicaments est le plus faible. L'abaissement régulier de leur prix est le fruit des pressions exercées par les autorités de la santé sur les laboratoires pharmaceutiques. En revanche, et les deux sont certainement liés, notre pays fait partie des pays qui consomment le plus de médicaments ; cette constatation est déjà manifeste au sein de l'Union européenne et elle est vraiment éloquente entre la France et l'Allemagne.

Réduire dans le Monde le coût élevé des médicaments prescrits médicalement est en effet un objectif essentiel. Il faut dire que dans de nombreux pays à niveau de vie nettement inférieur au nôtre, il est fréquent d'arrêter un médicament en cours de traitement ou d'en diminuer de soi-même la dose, surtout pour une raison de coût financier. C'est plus particulièrement préoccupant en cas de traitement antibiotique, mais c'est délétère (néfaste) et parfois vraiment dangereux dans bien des cas. Il faut bien sûr parler aussi de l'abstention médicamenteuse complète pour la même raison financière.

Évidemment, l'avènement et la généralisation des médicaments génériques ont bien contribué à la baisse du coût de très nombreux médicaments, mais cela a entraîné des défauts de qualité de fabrication, ce qui est un autre problème sérieux. De plus, le coût élevé de médicaments prescrits médicalement est une incitation à la fabrication de produits falsifiés, ce qui est un autre grave problème (point n°10 du programme ci-dessus).

 

L'OMS est-elle une institution critiquée ? Si oui, l'est-ce à juste titre ? Atteint-elle globalement les objectifs fixés par ses missions ?

L'OMS est beaucoup moins critiquée que l'Organisation des nations unies (ONU) dont elle provient. Dans l'ensemble, les professionnels de santé publique des différents États membres ne critiquent pas tellement l'OMS, car la qualité et l'intérêt de ses productions documentaires sont indéniables et ses actions internationales sont souvent saluées. En revanche, cette organisation est volontiers critiquée par les autres organisations non gouvernementales (ONG) qui opèrent sur les mêmes théâtres que l'OMS. C'est quelque chose que l'on entend et lit souvent lors de problèmes aigus de santé publique.

Car elle est bien davantage un organisme de coordination internationale de projets de grande envergure et de production documentaire et scientifique, qu'un organisme d'actions de terrain pour lesquelles d'autres ONG sont très performantes.

Si l'on prend du recul sur les activités de l'OMS prévues par son budget projet, on peut dire qu'elle n'atteint en général pas les objectifs de ses missions de façon complète – sauf exception où elle les dépasse, cela arrive -, mais qu'elle tout de même de bons résultats dans la plupart des domaines où elle travaille. L'actif de l'OMS est indéniable, même si elle si on peut lui faire des reproches dans tel ou tel domaine. Cette organisation accomplit un travail particulièrement utile.

 

 

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Luca8369
- 23/05/2019 - 15:24
sommet OMS 2019/ Israel
J'ai du mal a concevoir l'intérêt du point 19 ( sur 20 points) qui raisonne comme un acte d'accusation contre Israel, seul pays visé pour une situation sanitaire dans tous les points à traiter.
Aucun autre pays dans le Monde ne souffre de situation sanitaire alarmante? Vénézuela, Bengladesh, Inde, Pakistan, Afghanistan, Soudan, Somalie, la liste ( que l'on peut trouver sur le site OMS) est pourtant longue...
Cela semble plus relever de la politique que de la Gestion Mondiale de la Santé.