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Plus on en sait et moins on en sait : le grand paradoxe de la science du XXIème siècle

Publié le 19 mai 2019
Notre époque se caractérise par une accélération des découvertes scientifiques... et des questions qu'elles soulèvent. Scientifiquement, il est donc plus difficile de s'accrocher à des dogmes. C'est pourtant de plus en plus souvent le cas.
Chirurgien de formation, également diplômé de Science Po, d'Hec et de l'Ena, Laurent Alexandre a fondé dans les années 1990 le site d’information Doctissimo. Il le revend en 2008 et développe DNA Vision, entreprise spécialisée dans le séquençage...
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Philippe Huneman est directeur de recherches à l'Institut d'histoire et de philosophie des sciences et des techniques, CNRS / Université Paris I Sorbonne.
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Chirurgien de formation, également diplômé de Science Po, d'Hec et de l'Ena, Laurent Alexandre a fondé dans les années 1990 le site d’information Doctissimo. Il le revend en 2008 et développe DNA Vision, entreprise spécialisée dans le séquençage...
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Notre époque se caractérise par une accélération des découvertes scientifiques... et des questions qu'elles soulèvent. Scientifiquement, il est donc plus difficile de s'accrocher à des dogmes. C'est pourtant de plus en plus souvent le cas.

Atlantico : Aujourd'hui, période où les avancées technologiques et scientifiques sont nombreuses, la science parait encore plus évolutive. Plus les découvertes sont importantes en sciences quantiques par exemple ou encore en neurologique, plus les questions restantes paraissent nombreuses. Dans quels domaines scientifiques les questions et les doutes se multiplient-ils au fur et à mesure des découvertes ? Est-ce ce constat qui pousse certains individus à se raccrocher à des dogmes parfois erronés ou des idées scientifiques extrêmes ?

Philippe Huneman : J’ignore où la nouveauté est la plus intense, et d’ailleurs on peut difficilement évaluer objectivement le fourmillement de la nouveauté dans les diverses disciplines, d’autant que cette nouveauté peut être empirique, théorique, etc.

Mais bien sûr toute nouvelle découverte pose des questions et complexifie le paysage. Jusqu’il y a peu on pensait que toute transmission génétique est verticale; on a appris que les bactéries échangent des gènes entre elles (« transfert latéral de gènes »). Cela implique que les espèces ne sont pas sur un « arbre » de la vie, car certaines peuvent être proches (soit, avoir beaucoup de gènes en commun) sans descendre d’un même ancêtre proche. Pléthore de nouvelles questions émergent, sur les causes de ces transferts latéraux, leur fréquence dans l’évolution, leurs conséquences sur la classification des vivants, etc.

Cela illustre bien la dynamique de la science. Elle peut générer un sentiment d’insatisfaction dans le public - alors même que les chercheurs apprécient souvent une théorie ou découverte neuve à l’aune des questions nouvelles qu’elle pose plutôt que des réponses qu’elle amène. Certains peuvent alors se tourner vers des idées ou thèses plus rassurantes parce que closes sur elles-mêmes, ayant réponse à tout - l’astrologie, l’intelligent design ou le créationnisme - mais fausses ou non-scientifiques. Des idées scientifiques « extrêmes » semblent soit n’être plus du tout scientifiques, soit relever du débat interne à la science (dans mon exemple, est « extrême » l’idée qu’il n’y a pas du tout un arbre de la vie): les raisons d’y adhérer sont alors plutôt scientifiques. Dans le premier cas, elles peuvent renvoyer à une grande variété de pathologies de la raison, mais on touche alors à la psychologie ou la sociologie et non plus à la philosophie des sciences.

Alors que le progrès scientifique n'a jamais été aussi avancé, la science est de plus en plus érigée comme vérité absolue par certains voulant l'utiliser de manière dogmatique. En parallèle les scientifiques sont conscients de l'évolution perpétuelle de certains principes. Que ne comprennent pas ceux qui se basent sur les connaissances scientifiques à un instant T sans accepter l'évolution de cette base scientifique ?

Laurent Alexandre : L'évolution de la science est un problème éternel. Contrairement à la foi, la science est en constante évolution. La science se trompe, la science avance par essais et par erreurs. On a cru en des choses fausses pendant des décennies, il y a un progrès dans la science. C'est-à-dire que l'on converge lentement vers des vérités de moins en moins fragiles.

Les gens qui ont une pensée de type religieuse ne comprennent pas que la science avance lentement, qu'elle bégaie, qu'elle zozote. En outre, ils sont habitués à une pensée de vérité révélée et absolue. Il ne faut donc pas s'étonner que la science trouble les croyants car elle fonctionne de façon totalement différente de la foi. La science, et c'est sa grandeur, accepte de se tromper et accepte parfois de mettre très longtemps avant de converger vers une vérité stable.

Philippe Huneman : La science est notre accès le plus fiable à la réalité. Issue d’un processus social robuste de production constamment contrôlé par des pairs, et qui fait émerger des connaissances à partir d’une dialectique d’hypothèses, de critiques et de tests empiriques, la science nous donne sur le monde la perspective qui est très probablement la plus proche de la vérité. Même si « vérité absolue » ne veut rien dire, il est donc toujours rationnel de s’appuyer sur la science pour décider et agir, en particulier en matière d’action publique. Pour lancer une fusée sur la lune, on se fondera sur la physique et l’astronomie, pas sur la divination, la poésie ou la mystique souabe, même si dans le futur il se peut que certains pans de la physique soient révisés. Les ponts et les cathédrales construits sur la base d’une science largement dépassée tiennent encore debout, et malgré la physique quantique qui ébranla le déterminisme de Newton et Laplace, ou la théorie einsteinienne de la relativité qui en rendit caduques les concepts d’espace et de temps, les bicyclettes, les machines à vapeur et les appareils photos argentiques fonctionnent encore.

On doit donc poser un principe de dissymétrie: il est irrationnel de fonder une action sur autre chose que la science, sa probabilité d’être vraie étant par principe supérieure au reste (sauf à avoir établi des biais idéologiques ou financiers manifestes.) Ni l’expérience subjective, ni la religion ou la tradition ne sont des bons guides lorsqu’une science est disponible.

Certes la science évolue et la nature de cette évolution (continue, discontinue, accélérée, monotone, homogène, etc.) est un problème ouvert de philosophie des sciences. Mais elle n’évolue pas n’importe comment. Il existe toujours un noyau de connaissances robustes, éventuellement affinables, et une large ceinture d’éléments très discutés, qui sont le quotidien du chercheur. Sur ce noyau, on ne reviendra pas en arrière. Le géocentrisme, le créationnisme sont définitivement faux. Certes, la théorie de la relativité corrige la physique de Newton, mais celle-ci reste une bonne approximation de tout ce qui se passe aux échelles de vitesse familières à nous. La biologie a remis en cause un grand nombre des thèses de Darwin en 1859, mais il est acquis que les espèces évoluent, et que la sélection naturelle est en grande partie responsable de leur évolution et de la diversité des vivants - même si sa conception a bien changé, puisqu’elle implique la génétique que Darwin ne connaissait pas.

L’erreur des créationnistes, ici, est de croire que la critique des thèses de Darwin - sur la puissance de la sélection naturelle, le rôle du hasard dans l’évolution, la nature des mutations génétiques - invaliderait la théorie de l’évolution elle-même, alors que ce sont des critiques internes à la théorie. Quand on doute, on ne doute pas de tout un cadre théorique, mais de certaines hypothèses qui le présupposent. 

En outre, même dans la science en discussion, sur laquelle les chercheurs sont en désaccord quotidien, il y a des choses plus ou moins robustes: par exemple, on discute beaucoup aujourd’hui de transmission épigénétique intergénérationnelle. (Soit, de modifications de l’expression des gènes advenant dans la vie du parent et transmises aux enfants. Or le dogme usuel est que seuls les gènes, hérités des ancêtres et jamais modifiés dans la vie ds organismes, se transmettent aux descendants). Tous les biologistes acceptent ce fait mais le débat porte sur l’amplitude, et l’effet de cette transmission sur les processus de l’évolution. Plus généralement, il y a souvent consensus sur les faits, mais dissensus sur les concepts, les modèles ou les théories qui en rendent compte. On sait ainsi que la biodiversité diminue drastiquement en lien avec l’ère industrielle, mais on est en désaccord sur le meilleur modèle pour l’expliquer. On sait aussi qu’il y a un changement climatique dû à l’activité humaine mais on dispute la caractérisation plus fine des contributions causales de chaque facteur, et l’extrapolation de la courbe de ce changement.

Le consensus sur une théorie n’est pas le seul indice de la robustesse de celle-ci; citons comme autres indicateurs la croissance de ce consensus avec le temps, ou le fait que plus l’expertise des savants interrogés se rapproche du sujet en question augmente, plus le consensus est fort (ces deux marqueurs valident la thèse que le climat change, essentiellement sous l’influence des activités humaines). Enfin, si l’on doit certes, par principe, distinguer vérité et consensus, le cas des novateurs comme Galilée, poursuivi par l’église, ou Darwin qui fit scandale, ne justifie pas qu’un contradicteur de la science doive systématiquement être pris au sérieux. Galilée comme Newton avaient des raisons de ce qu’ils avançaient, qui rapidement purent convaincre ceux qui pouvaient les comprendre. Sans cela le novateur est un charlatan.

On doit donc distinguer les pans robustes de la science, sur lesquels il est déraisonnable de ne pas s’appuyer, et les éléments encore en construction, qu’à l’inverse l’on convoquera dogmatiquement uniquement à fins d’idéologie. De nos jours, les proclamations sur les gènes de l’intelligence que l’on aurait identifiés, alors que les généticiens débattent houleusement de la portée de ces gènes (et d’autres, de la nature de l’intelligence) illustrent cet usage idéologique.

Dans la question posée ici, l’enjeu n’est pas tant le caractère évolutif et faillible des sciences - qui n’empêche pas, encore une fois, qu’il soit rationnel de fonder ses actions sur la science - qu’une difficulté à comprendre les énoncés de la science dans la langue ordinaire. Par exemple, une bonne partie de nos sciences s’énonce sous forme probabiliste; or l‘esprit humain est mauvais pour comprendre les probabilités. Ainsi nous surestimons systématiquement les petites probabilités (les gens ont peur du statistiquement négligeable, des attaques de requins ou des bombes dans les avions). C’est pourquoi les énoncés scientifiques peuvent être mal compris. C’est typiquement le cas de la génétique : là où elle dit que telle mutation augmente de X la probabilité de survenue de telle maladie ou tel trait, le public entendra : on a découvert le gène de X ou Y.

Le philosophe américain Wilfrid Sellars parlait du divorce entre « image scientifique du monde », et « l’image naturelle », construite par nos concepts et discours ordinaires. Ainsi là où nous voyons des choses, la physique quantique dévoile des processus. Souvent ceux qui se revendiquent des sciences les retraduisent dans cette image naturelle et donc les faussent.  Inversement, en science si quelques énoncés utilisent consciemment des analogies, souvent à fins rhétoriques, certains consommateurs de la science les prendront au pied de la lettre pour justifier leurs préjugés; or le cerveau n’est pas un ordinateur, le gène n’a aucune intention, l’organisme n’est pas un moteur de voiture (même si ces raccourcis sont parfois pédagogiquement utiles)..

Climato-scepticisme, écologie militante, à quels exemples d'instrumentalisation de la science sommes-nous régulièrement confrontés dans la sphère publique ?

Philippe Huneman : Distinguons déjà les termes. Le climatoscepticisme, rejet d’un pan robuste de la science, est donc en partie de la non-science (lorsqu’on conteste le changement climatique lui-même), en partie de la science fausse (lorsqu’on conteste la thèse que ce changement est dû en grande partie à l’activité humaine). C’est une croyance qui exprime surtout une résistance aux changements de nos habitudes, et surtout une résistance des groupes industriels nombreux qui ont intérêt à ce que rien ne change dans nos habitudes de consommation. Cette résistance s’appuiera facilement sur ce que la biologie évolutive a établi, à savoir que nos cerveaux n’ont pas été construits pour inclure le très long terme dans leur décision, et présentent une préférence marquée pour le présent.

L’écologie est d’abord une discipline scientifique qui étudie les organismes dans leur environnement, la biodiversité, le fonctionnement des écosystèmes. Cette science nous a fourni un savoir robuste de la dévastation des écosystèmes et de la biodiversité par l’industrie, la déforestation les herbicides, la pollution. Le même mot désigne une pensée politique, et donc des militants. Souvent les militants sont aussi des scientifiques, comme Rachel Carson, dont le livre pionnier, Printemps silencieux, conduisit à l’interdiction du DDT dans les années 1970. Plus généralement, celui qui apprend de tels ravages peut difficilement rester neutre et s’en tenir au constat du désastre. Ecologie théorique et militante ne sont donc pas hermétiquement séparées.

L’écologue militant a alors un souci: depuis deux décennies, un alarmant verdict scientifique n’a presque aucun effet sur les politiques publiques ou les comportements. Même au fait de la science, il se demandera alors comment présenter son message de manière telle qu’elle motive une action salutaire. C’est justement le problème des experts du GIEC, ou de l’IPBES, lorsqu’ils rédigent, à partir de leurs rapports réguliers sur le climat, des « comptes rendus pour les décideurs » tentant d’en traduire le contenu en mots simples. Les sophistications relatives aux probabilités, aux estimations, à la vraisemblance des modèles etc, ne doivent plus apparaître, elles brouilleraient la compréhension.

Mais on peut alors les accuser de dépasser la neutralité du scientifique. Si, moi géophysicien, je sais qu’il y a une probabilité de 0.05 que la terre ne se réchauffe pas en l’absence de toute action pro-environnementale, dois-je ledire comme ca (sachant qu’on surestime les petites probabilités) ou bien dois-je dire ceque je pense qu’il faut entendre, à savoir : il faut faire quelque chose (car 0,05 est une probabilité que nous négligeons raisonnablement toujours) - au risque alors d’être accusé de mentir?

Je rejette cette accusation parce que le choix n’est pas entre communiquer de manière neutre ou biaisée, mais communiquer ou ne pas communiquer du tout (sans simplifications, la science n’est pas communicable).

Certains toutefois théoriseront une vertu stratégique de la panique; ils parleront de fin du monde pour éveiller les consciences. La pertinence politique de la stratégie, ici, est discutable. En revanche, l’apologie de la neutralité oublie une chose essentielle : dès que les objets de science ont un rapport à notre existence, les coûts des erreurs possibles ne sont pas symétriques. Ainsi, sur le climat, surestimer la hausse de la température en 2050 et prendre des mesures drastiques sera moins couteux, au fond, que la sous-estimer, et ainsi se retrouver avec des centaines de millions de victimes et un désastre géopolitique dans cinq décennies. Il n’est pas illégitime d’inclure cette dissymétrie en présentant un message scientifique.  

Laurent Alexandre : La science est régulièrement instrumentalisée par le pouvoir politique. En effet, derrière la science se cachent parfois des enjeux de pouvoir extrêmement lourds. On le voit, par exemple, dans le domaine du climat. Il y a une hystérisation du débat autour du climat avec l'arrivée d'extrémistes politiques.

Il y a quelques jours, Fred Vargas a expliqué lors d'une interview à France Info qu'1,5 degré de réchauffement climatique entraînerait au moins, et de façon certaine, 4 milliards de morts sur terre. On voit qu'il y a là une utilisation de craintes scientifiques à des fins de militantisme politique extrêmes avec des affirmations apocalyptiques qui sont totalement déconnectées de la réalité.

D'autres exemples plus anciens existent, on peut citer par exemple le soutien dramatique apporté par Staline à la vision folle de la génétique qu'avait le scientifique Trofim Lyssenko. Un soutien qui a conduit au suicide de plusieurs biologistes désespérés. L'instrumentalisation de la science par la sphère politique est quelque chose d'ancien et de très récurrent.

Ne faudrait-il pas laisser le débat scientifique aux seuls scientifiques ? Et si cela semble difficilement faisable comment limiter les "abus" ?

Philippe Huneman : Le débat scientifique se tient par définition entre scientifiques. La question est l’interface entre la science et la société civile. Qui peut y participer? Et surtout comment y communiquer la science ?

Tout le monde parle d’écologie car à la différence des trous noirs les gens sont concernés par les faits et les décisions dans ce domaine; chacun a donc une légitimité pour en discuter. Classiquement, la science nous présente des faits et les conséquences probables de nos décisions; tandis que seuls les gens peuvent décider s’ils préfèrent perdre 20000espèces et continuer de consommer autant, avoir une nouvelle ligne de TGV ou entendre encore des étourneaux ou des grillons, etc.. Mais ils doivent décider en connaissance de cause, parce qu’ils peuvent ne pas réaliser ce que signifie telle perte de biodiversité, et ici intervient la communication de la science. 

Pour limiter les « abus », idéalement on devrait éviter d’inclure dans la discussion le noyau robuste de la science, et établir une instance scientifique de contrôle dès lors qu’on fait entrer dans la discussion des éléments qui sont de la science encore brûlante, et non des objets de consensus.

Laurent Alexandre : Laisser le débat aux seuls scientifiques pose un problème politique. Effectivement, la science a des implications politiques de plus en plus importantes. On ne peut donc pas laisser les scientifiques seuls à seuls. De savoir si Elon Musk a raison de vouloir mettre des implants intra-cérébraux dans le cerveau de nos enfants pour augmenter leurs capacités intellectuelles ce n'est pas un débat qui peut être laissé aux scientifiques. Il faut que la société civile et les politiciens en discutent. De savoir s'il faut, comme les Chinois l'ont fait récemment, modifier l'ADN des bébés et fabriquer des bébés OGM n'est pas un problème qui doit être laissé dans les mains des généticiens, il faut que toute la société en discute. De savoir s'il faut sélectionner les bébés via des tests ADN précoces est quelque chose qui ne peut pas non plus être laissé aux seuls savants.

Ainsi, lorsque la science a un impact de plus en plus fort sur l'Homme et sa nature, il est impossible de laisser le débat aux seuls scientifiques. Il faut forcément qu'il y ait des interactions entre la sphère politique et la sphère scientifique. On voit bien aujourd'hui, notamment sur la sphère écologique, que les discussions entre la société civile et la science conduisent à des folies apocalyptiques et à des discours qui sont de nature psychiatrique, entre autres, parmi ceux qui prévoient des milliards de morts à très courte échéance.  C'est donc un débat compliqué mais il n'en demeure pas moins nécessaire.

Bien entendu, on peut essayer d'encadrer ce débat mais cela est compliqué. Tout ceci fait partie d'un plus grand ensemble qui est de savoir comment l'homme régule son pouvoir démiurgique.  Comment homo deus organise-t-il sa cohabitation avec la nature ? Comment homo deus organise-t-il sa propre transformation ? Ce que l'homme dieu fait de son pouvoir scientifique est très compliqué à déterminer, à organiser et à réguler. 

Le grand enjeu du 21ème siècle est d'organiser la régulation des pouvoirs de l'homme dieu. C'est un sujet qui va donc nous occuper tout le siècle et au-delà. C'est très difficile d'être un dieu, c'est très difficile de réguler les pouvoirs extraordinaires que la science nous donne, qu'il s'agisse des nanotechnologies, de la génétique, des techniques spatiales, de l'intelligence artificielle... Tous ces sujets vont courir sur le long terme et pour le moment nous n'avons pas de moyens technologiques capables de réguler les pouvoirs de l'homo deus parce que lui même est très récent. Nous n'avons pas encore réfléchi à nos pouvoirs extraordinaires. 

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Le gorille
- 20/05/2019 - 03:07
Article sans intérêt
Il enfonce des portes ouvertes, et rabâche des clichés. Plus on creuse, plus on trouve, c'est tout. Et plus on trouve et plus il faut de monde pour traiter les données... et les théories qui fleurissent, et organiser la transmission du savoir. Quant aux affirmations sur la foi, le créationnisme, l'évolution du climat, on est dans le refus de l'autre, dans le totalitarisme intellectuel, l'orgueil de monsieur je-sais-tout ou presque. Allons, soyons gentil : c'est la science qui est orgueilleuse, qui n'admet qu'elle-même comme censeur. Ceci dit, rendons à César ce qui lui revient : la science accepte la confrontation avec la réalité... mais il arrive que non (il est vrai que tôt ou tard, les savants meurent puis leurs "disciples", et les oppositions avec eux!). Et peut-être est-elle moins orgueilleuse que la philosophie, mais là touche pas au grisbi !
Jardinier
- 19/05/2019 - 20:27
Je continue
Puisque la science serait incompréhensible au commun des mortels et qu'il serait dangereux pour la planète que les bonnes décisions soient retardées par un message trop nuancé, il serait nécessaire de simplifier en donnant en fait son opinion ("ce que je pense" dans le texte). (au cout de 60 000 milliards quand même).
Jardinier
- 19/05/2019 - 20:16
Philippe Huneman m'a l'air d'un écologiste bon teint.
Si le réchauffement (pardon, changement) climatique anthropique est une verité robuste de la science, on se demande pourquoi cette vérité ne devrait pas se verifier dans les faits et les mesures, ce qui est loin d'etre le cas des modele du GIEC. On peut dire aussi que le changement climatique permanent et lié à des causes naturelles est une verité autrement plus robuste puis-qu’attester par les millions d'année d'évolution de la terre. Je trouve aussi marrant qu'un scientifique valide le fait que puisque la