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Bac à sable

Pourquoi il est temps de rendre les espaces de jeux pour enfants un peu plus... dangereux

Publié le 14 mai 2019
Une étude comparative menée en Nouvelle-Zélande en 2017 a révélé que les enfants qui participaient à un "jeu d'extérieur non dirigé" étaient plus heureux à l'école, plus engagés avec les autres enfants, plus créatifs et se blessaient moins.
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Florence Millot
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Une étude comparative menée en Nouvelle-Zélande en 2017 a révélé que les enfants qui participaient à un "jeu d'extérieur non dirigé" étaient plus heureux à l'école, plus engagés avec les autres enfants, plus créatifs et se blessaient moins.

Atlantico : Comment expliquer que ces terrains abandonnés remplis de jeux atypiques et dangereux (mannequins de magasin démembrés, caisses d'emballage en bois, pneus, matelas etc.) favorisent la créativité et réduisent les risques de blessures des enfants ?

Florence Millot : L'image que l'on a traditionnellement d'un jeu pour enfant est celle d'un jeu où tout est contrôlé et qui ne présente aucun danger. Mais c'est oublier que la passion de l'enfant – son rôle, si j'ose dire – consiste à braver les interdits : afin de tester et de découvrir son corps, il fait des jeux d'équilibre, monte sur des poutres et manipulent des outils qui peuvent être dangereux, il est plus agressif avec ses amis. Dans le cadre d'un jeu traditionnel, standardisé et sans danger, l'enfant cherchera toujours à se procurer de l'excitation ailleurs parce que le jeu qu'on lui propose et qui est trop normé ne correspond pas à son besoin de transgression.

Dans le cas d'un parc où il y a traditionnellement une balançoire, un bac à sable, un toboggan, il n'y a pas de possibilité de créer des choses différentes avec la nature. Quand l'enfant trouve des objets insolites (bouts de bois etc...), il s'agit toujours pour lui de découvrir le réel, ou du moins ce qu'il associe comme appartenant au monde des adultes. Laisser l'enfant en liberté dans la nature l'aide beaucoup plus à créer des choses puisque c'est lui qui va inventer son jeu et non l'adulte qui a pensé son jeu. Quand il n'y a rien, on est obligé de faire un effort d'imagination pour jouer : c'est le cas dans ces « jeux d'extérieur non dirigés ». Dans certaines cultures, les enfants ont beaucoup moins de jeux mais s'ennuient moins paradoxalement que l'enfant qui a un jeu fixé et qui ne sert qu'à une seule fonction, car la nature fournit un infini de jeux.

Jeu en plein air contre jeu d'intérieur, jeu non dirigé contre jeu encadré, jeu collectif contre jeu individuel : y a-t-il un divertissement qui permette mieux l'épanouissement de l'enfant qu'un autre ?

Après une jour d'activités dirigées à l'école, l'enfant a besoin de se créer des aventures de jeu et de se divertir seul. Une activité encadré ne répond donc pas forcément à son besoin à ce moment-là. En revanche, un enfant qui ne sait pas quoi faire et qui manque d'imagination peut avoir besoin à des moments dans sa journée d'être accompagné par un adulte. En général, l'enfant s'ennuie plus rapidement quand il est à l'intérieur que quand il est à l'extérieur. Les enfants qui vivent à la campagne foisonnent d'idées parce qu'ils observent la nature et jouent avec elle.

Dans le jeu en plein air, l'enfant entre rarement dans un phénomène d'addiction, contrairement à un enfant qui joue en intérieur à un jeu vidéo. Voilà pourquoi le jeu en plein air est généralement préférable au jeu d'intérieur. Le jeu vidéo est sans fin, tandis que le jeu en extérieur dépend des conditions météorologiques et prend fin avec la nuit. Même quand il quitte le jeu en extérieur, l'enfant peut continuer à y réfléchir, à imaginer, ce qui n'est pas le cas avec le jeu d'intérieur, en particulier dans le cas des jeux vidéos. Ces derniers ont des vertus, mais l'enfant est beaucoup plus passif dans ce cas-là. A la différence d'un jeu en réseau, l'enfant qui joue dehors est dans le réel, entre en contact avec d'autres enfants, ressent davantage la conséquence de ses actes.

Selon un rapport du ministère de la Justice publié en 2016, il n'a jamais été si peu risqué d'être un enfant. Comment expliquer, dès lors, que les craintes des parents pour la sécurité de leurs enfants soient à la hausse ?

Le rapport aux médias a complètement changé. On s'inquiète aujourd'hui de l'avenir incertain, de tous les traumatismes que l'enfant peut avoir – qui n'ont pas été forcément vérifiés – mais qui existent dans les médias, et qui font que les parents ont déjà peur pour leur enfant avant même qu'il naisse. Ils sont dans une projection des problèmes avant qu'ils arrivent. On veut anticiper, contrôler l'éducation. Tout est centré sur la réussite de l'enfant, sa santé : il est devenu surprotégé, ce qui fait que les parents craignent pour tout.

Les terrains de jeu ont toujours existé : les enfants ont toujours joué à l'extérieur avec ce qu'ils trouvaient. Depuis vingt ans, l'univers du jeu s'est tellement développé que les enfants jouent aujourd'hui avec des jouets d'adultes (avec une forme et une fonction). Les jeux se sont tellement sophistiqués et complexifiés qu'ils sont devenus presque inutilisables (c'est le cas des legos par exemple), en tout cas l'enfant n'en tire plus autant de satisfaction. Laisser un enfant créer son propre jeu à partir de rien lui est très profitable en termes de créativité et d'imagination. Une étude a montré que si l'on met un enfant dans un magasin de jouets et qu'on lui donne accès à tous les jouets, il tient en moyenne dix minutes, parce qu'il a rapidement besoin d'autres enfants.

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zelectron
- 14/05/2019 - 12:42
Le risque fait partie de la vie !
a vaincre sans péril (risque) on triomphe sans gloire