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Emploi
Uberisation du marché du travail : la fin du salariat n’a pas eu lieu
Publié le 13 mai 2019
L'introduction en bourse du géant Uber a eu lieu vendredi à Wall Street. Mais si le modèle de l'entreprise américaine a influencé beaucoup d'entreprises, dans beaucoup de secteurs, le salariat reste et restera la norme.
Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.
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L'introduction en bourse du géant Uber a eu lieu vendredi à Wall Street. Mais si le modèle de l'entreprise américaine a influencé beaucoup d'entreprises, dans beaucoup de secteurs, le salariat reste et restera la norme.

Atlantico : L'introduction du géant Uber en bourse s'est faite ce vendredi. L'entreprise américaine a su s'imposer dans plusieurs secteurs (transports, livraisons) son modèle, faisant de nombreux émules. Quel a été l'impact de l'arrivée d'Uber et de l'ubérisation sur le monde du travail ?

 
Michel Ruimy : Il est admis qu’Uber constitue le point de départ d’une économie collaborative structurée. Aujourd’hui d’ailleurs, le néologisme « uberisation » est entré dans le langage courant comme analogie à un nouveau modèle économique digital, capable de remettre en cause rapidement l’« ancien » modèle de l’économie traditionnelle.
Par ailleurs, il convient de rappeler que l’économie collaborative a transformé notre mode de consommation : on mutualise les objets, on tisse un réseau de proximité, on se rend service, on arrondit ses fins de mois et / ou on fait des économies. La « sharing economy » satisfait des aspirations diverses et a su conquérir un nombre d’adeptes très important. La facilité de la mise en contact, la qualité des biens et services et la sécurité qu’assure le « modèle Marketplace » a fortement contribué à ce succès.
 
De son côté, Uber, dix ans après son lancement à San Francisco, est un succès phénoménal avec plus de 100 millions d’utilisateurs dans 60 pays. Mais, comme tout succès, la médaille à son revers. 
Au-delà du conflit avec l’industrie du taxi, la montée en popularité des voitures de tourisme avec chauffeur (VTC), dont Uber a été l’un des pionniers, a des impacts peu discutés : les VTC sont accusées, dans une certaine mesure, de provoquer une hausse des déplacements en voiture en ville, de contribuer à la congestion routière et à la baisse de l’usage des transports en commun dans certaines municipalités. Les chauffeurs de VTC passeraient, en effet, entre 40% et 60% de leur temps à rouler en attente de trouver un client (maraude), ce qui contribue à une hausse de l’utilisation de la voie publique par les automobiles. D’une certaine manière, les entreprises de VTC subventionneraient souvent les conducteurs pour qu’ils restent sur la route, même lorsque l’utilisation est faible, afin de garantir la disponibilité rapide de l’offre et de rendre indésirable la possession d’une voiture privée, du moins en ville.
 
Néanmoins, ces critiques ne tiennent pas compte du fait que l’entreprise est très active le soir et la nuit alors que les routes sont moins achalandées de taxis. Elles ignorent les avantages significatifs, en termes de mobilité, que les services de covoiturage urbain apportent aux populations à faible revenu dans les quartiers traditionnellement mal desservis. Au fil du temps, elle fournit une alternative essentielle pour les personnes âgées et les autres personnes incapables de conduire.
Ainsi, de manière globale, l’économie collaborative version « Marketplace » devrait encore surprendre, tant par sa capacité intégrer les différents secteurs de l’économie de partage que de les valoriser, voire en faire naître de nouveaux.
 
Toutefois, avec la venue d’Uber sur notre territoire, de nouvelles formes de travail ont émergé. Aujourd’hui, de nombreux travailleurs de l’économie dite collaborative (télétravail, coworking, chauffeurs de VTC, livreurs à vélo…) travaillent sans, pour autant, être salariées.
Mais, la législation est en train de changer. Dans un arrêt rendu le 10 janvier 2018 concernant un ancien chauffeur de VTC qui travaillait avec Uber, la cour d’Appel de Paris a considéré que le lien qui l’unissait à la plateforme était « un contrat de travail ». Selon la cour, le lien de subordination était avéré pour trois raisons : le service « donne des directives, en contrôle l’exécution et exerce un pouvoir de sanction à son endroit ». En Europe, l’entreprise a subi un revers similaire à Londres où elle aurait 45 000 chauffeurs à sa disposition. 

Uber est pointée du doigt pour son modèle de fonctionnement (utilisation du statut d'auto-entrepreneur, accusation de précarisation du marché du travail et pour sa politique d'optimisation fiscale). De par son succès, cette politique critiquée de Uber pourrait-elle influencer d'autres entreprises ?

L’économie collaborative connaît un véritable essor, notamment grâce à sa structuration sur l’internet. En effet, la « sharing economy » est basée sur le partage, l’entraide et l’échange de biens ou de services, troqués ou monnayés. L’objectif est de réaliser des économies mais aussi de donner un sens à sa consommation, en favorisant les usages plutôt que la possession. Et c’est probablement de cette idée générale qu’est née la friction : l’axe de la plateforme Uber est à but marchand, comparé à Blablacar, par exemple, qui repose sur un système de partage des frais.
 
Quoi qu’il en soit, Uber et son modèle économique ont fait naître des vocations. Tirées par les améliorations technologiques, notamment celles liées aux plateformes numériques (augmentation de la taille des bases de données, capacités des moteurs de recherche et amélioration de la connectivité), les « Marketplaces » ont envahi le paysage du commerce électronique (e-commerce) favorisant ainsi un développement spectaculaire de l’économie circulaire. En France, les plateformes collaboratives dans divers domaines (location immobilière, covoiturage ou partage de voitures, entraide entre voisins, mode d’occasion, B2B…) constituent également des cas d’école très inspirants.
 
Pour autant, l’entreprise est confrontée aujourd’hui à un défi beaucoup plus immédiat : la régulation. Aux Etats-Unis, la ville de New York a décidé de plafonner le nombre de chauffeurs de VTC dans ses rues. En Espagne, Uber a quitté Barcelone parce que le gouvernement régional oblige désormais les usagers de VTC à réserver leur trajet 15 minutes à l’avance et les chauffeurs à retourner à leur base entre chaque course. En France, la justice pourrait casser son modèle social en requalifiant, en salariés, dix chauffeurs autoentrepreneurs.
 
Dès lors, toute entreprise s’appuyant sur ce modèle de croissance ne doit pas oublier de s’adapter aux exigences économiques et à son environnement juridique et fiscal pour envisager, sereinement, sa pérennité.
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