En direct
Best of
Best of du 18 au 24 mai 2019
En direct
© ANGELA WEISS / AFP
"Bienvenue à Gattaca"
Des chercheurs s’intéressent au lien entre gènes et revenus… : est-ce vraiment une bonne idée ?
Publié le 22 avril 2019
Des scientifiques mènent des recherches sur un possible lien entre la génétique et le niveau de revenus. Ces études sont-elles souhaitables?
Bernard Benhamou est secrétaire général de l’Institut de la Souveraineté Numérique (ISN). Il est aussi enseignant sur la gouvernance de l’Internet à l’Université Paris I-Panthéon Sorbonne. Il a exercé les fonctions de délégué interministériel aux usages...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Bernard Benhamou
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Bernard Benhamou est secrétaire général de l’Institut de la Souveraineté Numérique (ISN). Il est aussi enseignant sur la gouvernance de l’Internet à l’Université Paris I-Panthéon Sorbonne. Il a exercé les fonctions de délégué interministériel aux usages...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Des scientifiques mènent des recherches sur un possible lien entre la génétique et le niveau de revenus. Ces études sont-elles souhaitables?

Atlantico.fr :  Selon un article de Wired, des scientifiques essayent de montrer le lien possible entre génétique et niveau de revenus. Mais ce genre d'études, comme celle menée sur plusieurs centaines de milliers de personnes au Royaume-Uni, sont-elles vraiment souhaitables ?

Bernard Benhamou : Heureusement nous n’en sommes encore qu’au stade embryonnaire de ces recherches. Ce que souligne l'article de Wired c'est que l'on parle ici de corrélation et non de causalité entre un groupe de gènes et le niveau de revenu. De plus, ce type de recherche en « sociologie génétique » correspond davantage à un projet plus politique qu’à une démonstration scientifique. Ainsi, l'agenda caché derrière le discours du "si nous ne le faisons pas, d'autres le feront" est transparent. En effet, il s’agit ici d’affirmer la prédisposition génétique à l’efficacité et à l’intelligence. Cela alors que les connaissances des interactions entre le génome et le fonctionnement cérébral n’en sont qu’à leurs premiers stades…

Plus proche de nous on pourrait citer la loi HR1313 que l’administration Trump a souhaité mettre en place et qui aurait obligé les employés américains à subir des tests génétiques en entreprise à des fins de prévention des maladies. Les employés qui auraient refusé de se plier à ces tests génétiques auprès de leurs entreprises auraient été contraints de payer annuellement une pénalité de 4000 à 5 000 dollars…

Nous sommes sur des champs éthiquement et moralement dangereux. L'un des problèmes qui se pose est qu'aujourd'hui certains scientifiques pensent qu'à travers la lecture du génome on va être en mesure de pouvoir maîtriser ce qu'est la réalité de l'expression du génome alors que rien n'est moins certain. Les auteurs britanniques de ces travaux ont même échoué à établir un lien précis avec des gènes aussi « simples » que ceux qui sont censés être à l’origine de la taille d’une personne. Aujourd'hui on a des scientifiques qui se perçoivent comme des informaticiens et qui pensent qu’il y a un disque dur avec des informations stockées que l'on peut lire. Mais ce qu’en disent les généticiens c'est que de très nombreux facteurs peuvent modifier l’expression du génome. Les gênes s'expriment de manière variable parfois en raison du repliement spatial de la molécule d'ADN ou encore en raison d’autres facteurs environnementaux, sans que l'on sache vraiment pourquoi…

Ces expérimentations de "socio-génétique" comme les désignent leurs auteurs pourraient tout aussi bien être rebaptisées "ingénierie sociale basée sur le génome". Ainsi, en plus de souhaiter que l’organisation de nos sociétés soit plus « rationnelle » elles touchent à des ressorts idéologiques ainsi qu’à des réflexes identitaires. Pourquoi avons-nous souhaité en France et en Europe encadrer la circulation des données personnelles dites sensibles (médicales, sexuelles ou encore politiques…) ? Parce que nous savons que ces informations décrivent une part inaliénable de nous-même et qu’elles constituent une part essentielle de notre individualité. C’est encore plus vrai lorsque ces données décrivent notre patrimoine génétique. Ainsi lorsque l’on entend Gaspard Koenig faire l'apologie de la vente des données personnelles (au prétexte de « rééquilibrer » le rapport des forces avec les GAFA…) on rentre dans une dérive qui consiste à considérer que chaque partie de nous-même devient un objet marchand.

Mais ces recherches se font aussi au nom du pragmatisme et de l'avancée de la recherche notamment dans le domaine médical non ?

Au nom du pragmatisme qui consiste à dire "cela peut être utile" on peut ouvrir la porte à d’autres formes de dérives. Faut-il rappeler, que ce type d’idées scientistes a été à l'origine des pires dérives de l'humanité lors du siècle précédent ? Que certains aient envie de le faire, comme avec la loi HR1313 (heureusement bloquée désormais par la chambre des représentants à majorité Démocrate) c'est évident. Et d’autres y reviendront sous prétexte de pouvoir prévenir la survenue de cancers ou d’éviter des handicaps sociaux ou culturels. Mais ce n'est que le côté pile de la médaille. Le côté face pourrait correspondre à de nouvelles formes de discriminations liées au génome. On voit déjà qu'aux États-Unis où des tests génétiques simples ne valent plus que quelques dizaines de dollars une des choses les plus fréquemment demandées est la localisation géographique des gênes, afin de savoir si vos ancêtres étaient originaires d'Afrique, d'Asie ou d'ailleurs…

On ouvre ici la boîte de Pandore d’une assignation génétique à résidence sociale et culturelle avec une résonance dans les couches les plus profondes de la psyché collective avec des conséquences qui pourraient être dévastatrices. Car derrière ces recherches il s'agit bien dans un premier temps de développer des activités commerciales mais il s’agit aussi à terme d’établir un projet politique pour créer une société à la « GATTACA » avec de nouvelles castes d’intouchables qui seraient jugés génétiquement déficients. Aujourd'hui on voit que ces recherches tâtonnent encore et c’est heureux. Cependant, la montée en puissance des capacités de traitement des ordinateurs associée à la chute du prix des tests génétiques permettent aujourd’hui à ces apprentis sorciers de la génomique d’analyser de grandes quantités de données et de tester un très grand nombre d’hypothèses sur les corrélations entre les gènes et les pathologies mais aussi entre les gènes et le comportement des personnes et cela à une échelle infiniment plus large que par le passé. Il nous faut désormais prendre garde aux arrière-pensées politiques des promoteurs de ces expérimentations surtout en cette période de résurgence identitaire.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Le sujet vous intéresse ?
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Il agresse un agriculteur pendant que son épouse filme
02.
Rihanna éconduit Neymar, Charlotte Casiraghi & Gad Elmaleh s’ignorent, Anthony & Alain-Fabien Delon se vengent de leur père; Karine Ferri investit lourdement pour son mariage (et invite utile); Johnny Depp : c’est Amber qui l’aurait battu
03.
Mais pourquoi les Français épargnent-ils une part non négligeable du pouvoir d’achat gagné ces derniers mois ?
04.
Tensions grandissantes en Algérie : Bouteflika n’est plus là, mais les généraux, si
05.
Le nombre de cancers du côlon chez les jeunes adultes augmente nettement et voilà pourquoi
06.
"Les nationalistes stupides aiment leur pays… et n'aiment pas ceux qui viennent de loin" (Jean-Claude Juncker)
07.
Cannes : Abdellatif Kechiche s'emporte contre la question "imbécile" et "malsaine" d'un journaliste
01.
Pôle Emploi n’aime pas qu’on dise qu’il est peu efficace dans son accompagnement des chômeurs mais qu’en est-il concrètement ?
02.
Semaine à haut risque pour Emmanuel Macron : les trois erreurs qu’il risque de ne pas avoir le temps de corriger
03.
Burkini à la pisicine municipale : les périlleuses relations de la mairie de Grenoble avec les intégristes musulmans
04.
Cancer : cette découverte sur le cerveau qui ouvre de prometteuses voies de traitement
05.
Immobilier : l’idée folle de la mairie de Grenoble pour protéger les locataires mauvais payeurs
06.
Le nombre de cancers du côlon chez les jeunes adultes augmente nettement et voilà pourquoi
01.
Mondialisation, libre-échange et made in France : l’étrange confusion opérée par François-Xavier Bellamy
02.
La bombe juridique qui se cache derrière la décision de la Cour d’appel de Paris de sauver Vincent Lambert
03.
Chômage historiquement bas mais travailleurs pauvres : le match Royaume-Uni / Allemagne
04.
Des experts estiment dans un nouveau scénario que la hausse du niveau des océans pourrait dépasser deux mètres d'ici 2100
05.
LREM, UDI, LR ou abstention ? Petit guide pour ceux qui voudraient (vraiment) voter libéral aux Européennes…
06.
Vidéo de Vincent Lambert : son épouse va porter plainte
Commentaires (1)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
gerint
- 22/04/2019 - 18:06
Les progrès en Génétique
Sont inéluctables et devraient pouvoir apporter une part des solutions à des problèmes médicaux encore irrésolus. A côté des progrès des sciences cognitives (non indépendantes de la génétique), des nanotechnologies, et avant tout cela de l’informatique. Mais il faudra une bioéthique et un cadre légal, comme cela a été le cas devant les progrès antérieurs et les législateurs ont du pain sur la planche.