En direct
Best of
Best of du 4 au 10 mai 2019
En direct
© JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP
Fin de cycle
L’économie allemande, trou noir de la zone euro ?
Publié le 18 avril 2019
Selon un document publié par l'OFCE, la contribution de l'Allemagne dans la croissance de la zone euro serait passée de 0.8 à 0.2% sur la dernière année.
Xavier Timbeau est directeur du département "Analyse et prévision" à l'Ofce.
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Xavier Timbeau
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Xavier Timbeau est directeur du département "Analyse et prévision" à l'Ofce.
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Selon un document publié par l'OFCE, la contribution de l'Allemagne dans la croissance de la zone euro serait passée de 0.8 à 0.2% sur la dernière année.

Atlantico : Selon un document publié par l'OFCE, la contribution de l'Allemagne dans la croissance de la zone euro serait passée de 0.8 à 0.2% sur la dernière année. Comment expliquer cette contre-performance de Berlin, faisant de l'Allemagne une sorte de trou noir de la croissance européenne ? Pour quelles conséquences pour le reste de la zone ? 

Xavier Timbeau : Plusieurs éléments se rejoignent pour expliquer cette contre performance allemande. D'abord le modèle industriel allemand arrive au bout d'un cycle, l'investissement massif dans les pays d'Asie en développement rapide. La mondialisation a porté l'industrie allemande et permis à l'Allemagne de résister à la baisse de la part de l'industrie dans la valeur ajoutée. De plus, la suprématie allemande dans les équipements industriels masque un retard dans les technologies de demain, du numérique, de la communication, de l'intelligence artificielle, de la bio-ingénérie, des nanotechnologies. Des investissements modérés et peut-être un modèle éducatif peu tourné vers l'innovation pourraient être les boulets de l'économie allemande dans le futur. Ensuite, le vieillissement de la population est un contraste saisissant avec d'autres zones géographiques. Même si le lien n'a pas été mis en évidence avec la capacité à se réinventer, on peut craindre de ce côté-là un facteur d'immobilisme important. L'immigration est dynamique en Allemagne, mais là aussi la dualité du marché du travail allemand ne fait pas espérer une intégration complète des nouvelles populations. 

Ensuite, la production d'automobile est au coeur de l'accident de croissance allemand. Le durcissement des normes, après des années de connivences entre régulateurs et producteurs, est la réponse aux scandales autour des moteurs diesels. Ce changement est un des premiers à ne pas être "négocié" avec les constructeurs et il a beaucoup perturbé leur capacité à produire. Après une vague massive d'immatriculation en septembre 2018, pour échapper à la nouvelle règle, les constructeurs ont du rendre conforme leur offre. Tous les véhicules, y compris les modèles déjà homologués, doivent respecter la norme WLTP. Cela pèse sur le catalogue. Mais, plus profondément, chacun comprend que l'automobile est à un tournant majeur. Dans beaucoup de pays, les combustibles fossiles pour le transport non-aérien ont une fin annoncée. Il reste 20 à 30 années, ce qui est largement plus que la durée de vie d'un véhicule particulier, mais les centres-villes se ferment, les prix des carburants augmentent, la pression sociale se matérialise vers des véhicules emettant moins voire plus de gaz à effet de serre lors de leur utilisation. Or, les constructeurs européens n'ont pas une offre hybride ou électrique bien établie. Les infrastructures sont en cours de développement et les technologies ne sont pas complètement matures. Difficile de produire, difficile de vendre et difficile d'arriver à faire jouer les économies d'échelle qui sont au coeur du modèle d'affaire de l'automobile depuis Henry Ford. Tesla y joue son avenir et rien n'indique qu'ils vont y arriver.

Le ralentissement allemand pèse bien sûr sur la zone euro dans son ensemble, même si à part quelques pays d'Europe de l'Est, le secteur automobile y est beaucoup moins développé qu'en Allemagne (il pèse 3% de l'activité directement en Allemagne, contre 3/4 de point en France par exemple).

Quels seraient les moyens, pour l'Allemagne, de contre efficacement ce phénomène ? De quelles réserves dispose le pays pour ce faire ? 

Paradoxalement, l'Allemagne est dans une situation confortable malgré le ralentissement. La dette publique est basse et continue de se réduire puisque le déficit public est bien en dessous (0%) de celui qui stabilise la dette (autour de 2.5%). Le chômage est aussi bas, et un ralentissement est presque bienvenu pour modérer les tensions inflationnistes. L'immigration a ralentit et elle pourrait être contrôlée dans les années qui viennent, ce qui limitera également les tentations de virage à l'extrême droite ou les sirènes du populisme. La question est plus structurelle : comment investir dans le futur, comment former les acteurs des prochaines vagues d'innovation, comment continuer et accélérer la transition environnementale. L'Allemagne dispose de marges de manoeuvre budgétaire et peut soutenir le pouvoir d'achat facilement si le ralentissement se prolonge, mais la sagesse voudrait que ces réserves soient consacrées à impulser le futur. 

Ce premier trimestre 2019 révèle un rebond chinois, à 6.4% de croissance. En quoi cette situation pourrait "sauver" la croissance allemande de 2019 ? Quels sont les risques qui pourraient encore invalider une telle hypothèse ? 

La Chine poursuit son développement à un rythme accéléré et le spectre d'un retournement profond, lié à la soutenabilité de l'investissement et à la rentabilité du capital s'éloigne un peu. On peut aussi voir le verre à moitié vide en se demandant s'il ne s'agit pas d'une fuite en avant et que le retournement sera inéluctable et d'autant plus violent qu'il tarde à se produire. Cela peut être bien entendu une bonne nouvelle pour l'Allemagne qui pourra continuer à alimenter les investissements chinois en biens d'équipement. Mais la Chine d'aujourd'hui n'est plus celle d'il y a 10 ans. Elle est aujourd'hui en position de leader sur plusieurs segments technologiques dont ceux qui montent particulièrement aujourd'hui : mobilité électrique, énergie renouvelable. Or le changement de régime de croissance de la Chine implique de développer un marché intérieur, mais est aussi explicitement, comme le révèle le plan "Made in China 2025", celui d'être un acteur majeur sur les marchés de demain. La fin presque programmée de l'Organisation Mondiale du Commerce en décembre 2019 (le dispositif de règlement des conflits deviendra inopérant) va ajouter au désordre et pourrait coûter cher à l'Allemagne. Ceci d'autant plus qu'elle n'a pas toujours veillé à ce que ses partenaires européens aient des intérêts alignés avec les siens. Au moment où tout peut basculer, disposer d'une solide base d'activité économique et d'une surface diplomatique plus étendue peut être un atout décisif.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Le sujet vous intéresse ?
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Pôle Emploi n’aime pas qu’on dise qu’il est peu efficace dans son accompagnement des chômeurs mais qu’en est-il concrètement ?
02.
Burkini à la pisicine municipale : les périlleuses relations de la mairie de Grenoble avec les intégristes musulmans
03.
La bombe juridique qui se cache derrière la décision de la Cour d’appel de Paris de sauver Vincent Lambert
04.
Attention danger politique pour Emmanuel Macron : voilà pourquoi l’électorat en marche est à manier avec grande précaution
05.
Cancer : Non, on ne peut pas affamer les cellules malades, mais il est possible d’optimiser son alimentation
06.
Le nombre de cancers du côlon chez les jeunes adultes augmente nettement et voilà pourquoi
07.
Une directrice de collège alerte sur "l'hypersexualité" des élèves de 6e et de 5e
01.
Pôle Emploi n’aime pas qu’on dise qu’il est peu efficace dans son accompagnement des chômeurs mais qu’en est-il concrètement ?
02.
Semaine à haut risque pour Emmanuel Macron : les trois erreurs qu’il risque de ne pas avoir le temps de corriger
03.
Burkini à la pisicine municipale : les périlleuses relations de la mairie de Grenoble avec les intégristes musulmans
04.
Immobilier : l’idée folle de la mairie de Grenoble pour protéger les locataires mauvais payeurs
05.
Le nombre de cancers du côlon chez les jeunes adultes augmente nettement et voilà pourquoi
06.
Ce que les experts de l’OMS recommandent pour réduire les risques de démence sénile
01.
Mondialisation, libre-échange et made in France : l’étrange confusion opérée par François-Xavier Bellamy
02.
Appel des personnes en situation de handicap ou familles concernées pour sauver Vincent Lambert d’une mort programmée
03.
La bombe juridique qui se cache derrière la décision de la Cour d’appel de Paris de sauver Vincent Lambert
04.
Chômage historiquement bas mais travailleurs pauvres : le match Royaume-Uni / Allemagne
05.
Vidéo de Vincent Lambert : son épouse va porter plainte
06.
Emmanuel Macron, l’Europe, le RN et les Gilets jaunes : un cocktail détonnant de vérités et d’erreurs intellectuelles ou politiques majeures
Commentaires (1)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
Benvoyons
- 20/04/2019 - 10:48
2 jours & pas de commentaire? Ou sont passés nos anti-boche ?
Voilà que les boches se mettent à notre niveau & pas un commentateur pour dire enfin c'est super pour l'UE les Boches ne sont pas mieux que nous.
Malheureusement malgré cette descente & les boches bougent encore dans le bon sens, pas d'inquiétude :)::)) car eux ne sont pas des culs de plomb eux ils se bougent le cul tout le temps pour rebondir.