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Grand débat : les cinq idées reçues les plus fausses que le gouvernement ne parvient pas à exfiltrer... Et qui bloquent tout
Publié le 09 avril 2019
Edouard Philippe a commencé à restituer les conclusions les plus fortes qui ressortent du grand débat. Aucune surprise, sauf que le Premier ministre va devoir gérer la contradiction entre un desir très fort de liberté et un besoin de protection
Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.Il est aussi l'auteur...
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Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.Il est aussi l'auteur...
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Edouard Philippe a commencé à restituer les conclusions les plus fortes qui ressortent du grand débat. Aucune surprise, sauf que le Premier ministre va devoir gérer la contradiction entre un desir très fort de liberté et un besoin de protection

La situation dans laquelle est plongée le pays n’a sans doute jamais été aussi compliquée parce que le ressenti l’emporte sur la réalité. Ce pays des gilets jaunes et de tous ceux qui les soutiennent, adresse au monarque et a lui seul une collection de mesures de protections individuelles, mais au fond elle lui reproche son incapacité à s’affranchir des contraintes.

Quand le Premier ministre reprend et résume tout ce qui ressort des manifestations des Gilets jaunes et qui remontent du grand débat qui a mobilisé ce pays pendant presque six mois, on retombe sur un faisceau de revendications très individuelles dont la synthèse a beaucoup de mal à coller à l’intérêt collectif. D’où l’impression d’incohérence entre ce qui est réclamé et ce qui est compatible. D’où les contradictions insolubles d’un point de vue technique : baisse d’impôts, hausse des salaires, meilleurs services publics, plus de protection sociale etc...

Ce qui rend si difficile la mise en place de tout projet de réforme, c’est cette confrontation entre les intérêts individuels et l’intérêt général. Entre le besoin de protection contre le risque et le désirs très forts de liberté individuelle dans tous les domaines.  

Le gouvernement se heurte donc à ces revendications très individuelles fondées sur des ressentis, et très souvent des préjugés idéologiques ou des idées reçues qui se révèlent très fausses par rapport à la réalité. Dans cette situation, le gouvernement doit entendre les émotions qui rendent inaudibles beaucoup de propositions.

Pour résumer, on pourrait ranger les idées reçues qui imprègnent la majorité des Français et créent des malentendus graves en cinq grandes catégories.

1. Sur le plan idéologique, une majorité de Français sont « sincèrement convaincus » dans leur expression que la France est dans le camp des pays ultra-libéraux, alors que la réalité oblige à dire que c’est très inexact. Un pays où le montant des dépenses publiques et sociales représente plus de 56 % du PIB ne peut pas être libéral. Plus de la moitié de l’activité est donc sous contrôle ou sous influence directe de l’Etat, des administrations locales et des institutions financières. Le rôle du privé et des intérêts privés ne représente pas le poids que l’opinion lui prête. Y compris dans le secteur financier, où les banques françaises sont parmi les plus régulées et contrôlées du monde occidental.

La Grande Bretagne, la Suisse, la Hollande sont beaucoup plus libérales que la France dans leur fonctionnement

Ce qui est donc très étonnant d’ailleurs, et intéressant pour l’avenir, c’est qu’en tapant sur le système parce qu’il serait trop libéral, une des revendications qui revient le plus dans les cahiers de doléances, c’est une demande de liberté, de libération contre un Etat qu’on estime omniprésent. Les impôts sont trop lourds, il faut donc s’en affranchir. etc. et

 

2. Sur le pouvoir d’achat, l’opinion dénonce là encore ’l’ultralibéralisme de l’Etat, mais elle pense que l‘Etat peut tout régler et d’abord les questions de pouvoir d’achat. Or, si l’Etat a beaucoup de pouvoir, il n’a pas celui de créer des richesses et quand ils s’y essayent, il ne sait pas le faire. Les créateurs de richesse, d’activité, de productivité, et donc d’emplois et de salaires, ce sont les entreprises en situation de concurrence. Le rôle de l’Etat est d’organiser un écosystème favorable au fonctionnement de l’entreprise. La demande de l opinion sur le pouvoir d’achat est en réalité la demande d’un systeme qui permettrait à chacun de s’enrichir ou d’améliorer son sort. « Je veux pouvoir vivre de mon travail et je suis prêt à travailler plus » C’est très libéral comme revendication.

 

3. Sur la question de l’emploi, une majorité des Français déplore le nombre de chômeurs, plus de 9% de la population active. Ils expriment donc l idée que l’Etat pourrait soit créer les emplois, soit indemniser le chômage plus qu‘il ne l‘est. En réalité, ces mêmes français savent que si l’Etat crée des emplois publics, il le fait avec des impôts. S’il indemnise ce chômage, il le fait avec le pouvoir d’achat de ceux qui travaillent.

Pour en sortir, les process sont donc très simple. Le marché du travail en France est pratiquement au niveau de plein emploi. Les entreprises sont face à une pénurie de main d’œuvre.  Ils ne trouvent pas les salariés correspondant à leurs besoins dans beaucoup de secteurs et de régions. La vérité est que le chômage français est principalement structurel. Près de 7% des chômeurs longue durée sont inadaptés aux tâches qui sont proposés sur le marché. Le problème est donc un problème de formation et d’adaptation et de concurrence. La demande des gilets jaunes ne nie pas ces évidences.   Ça peut dépendre de l’Etat mais ça nécessite un investissement à long terme de la part des entreprises du systeme.  Ça nécessite au préalable que ce diagnostic soit partagé.

 

4. Sur la question du modèle de protection sociale, les Français considèrent qu’il faudrait le renforcer, mais pas forcement sous la tutelle de l’Etat. Les Français ont sans doute raison, le modèle français est vulnérable, fragile, parce qu‘il est trop lourd, il met donc en risque le système de production en captant trop de ressources, trop de charges. La solution serait évidemment de transférer une partie des couvertures sociales vers le système assurantiel. Au-delà des couvertures minimales, chacun pourrait alors s’assurer dans tous les domaines selon ses moyens et surtout ses besoins. Une fois de plus, reprenons et généralisons le modèle de l’assurance automobile. Elle est obligatoire mais chaque assuré doit avoir la liberté de la choisir.   

 

5. Sur la question de l’Europe, le malentendu est là encore plus simple. Une partie des Français est fâchée avec l’Europe parce qu’ils considèrent que l'Europe est trop libérale et qu’elle ne les protège pas assez. La réalité ne correspond pas à cette idée reçue. La réalité est inverse a ce que la majorité des gilets jaunes expriment. La réalité est que l’Europe n’est pas libérale dans son fonctionnement. Elle protège, et le problème est qu ‘elle protège parfois beaucoup trop. Parfois mal. Les pertes de souveraineté ressenties ne sont pas imputables à l’administration de Bruxelles, mais à la mauvaise gestion des Etats. Le grand paradoxe du ressenti européen est représentée par la monnaie. La création de la monnaie unique aura été un des plus gros transferts de souveraineté et pourtant, la monnaie unique, l’euro, presque 20 ans après sa création, n’est contestée que par une infime minorité de Français et même d’Européens. Les Européens considèrent que la monnaie unique leur apporte des garanties et des sécurités que les monnaies nationales et les gouvernements seraient incapables d’apporter.

 

La restitution du grand débat est donc étonnement paradoxale. Les français sont en colère contre un Etat trop lourds, trop couteux. Les français sont tellement convaincus de cette lourdeur qui les étouffent que leur véritable demande porte en fait sur des mesures d’allègement de contraintes et de d’obligation. « Laissez-nous vivre. » ce pays jadis très étatiste, très colbertiste, très administré, donc très protecteur, en vient à demander de la liberté. Ce pays qui ne cesse de partir en guerre contre tout ce qui ressemblerait de près comme de loin a du libéralisme, réclame aujourd hui d’en faire sans le dire. 

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De Clem
- 10/04/2019 - 14:23
Une analyse très macronnienne ...
En quoi des revendications de pouvoir d'achat, de justice sociale, de plus de démocratie et de liberté, sont-elles des "revendications
individuelles en opposition avec l'intérêt collectif " ?
( JMS n'a pas osé écrire " revendications égoïstes " ?)
On apprécie de lire des analyses plus fines et plus pertinentes sur Atlantico.
cloette
- 09/04/2019 - 19:48
Viviane Reding ( voir le youtube cité dans le post précédent )
effectivement ce petit retour en arrière est une bonne piqure de rappel ,oui, elle le dit "il n'y a plus de politique intérieure nationale," puis apparait Asselineau très en colère , qu'on musèle depuis fort longtemps, il sort pourtant de HEC, l'ENA, a travaillé dans les cabinets ministériels .... Qui dit vrai ? Qui ment ? Finalement on se sent impuissant, manipulé, à la merci de plus fort que soi, Impression de plus en plus forte , mauvaise impression, qui met mal à l'aise . https://youtu.be/9ULguGoXjPk?t=128
AZKA
- 09/04/2019 - 19:43
Tout le monde sait
Et personne ne dit que le libéralisme TINA c'est peu de progrès économique, mais beaucoup de déconstruction sociétale et des migrants partout. Liberal, libertaire, libertins, mêmes combats.