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La difficile équation qui pourrait assurer une réélection de Donald Trump en 2020
Publié le 08 avril 2019
Garder des taux d'intérêt bas, soutenir la réindustrialisation du pays. Pour assurer une possible réélection, les défis et les obstacles à franchir ne vont pas manquer à Donald Trump.
Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ;...
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Jean-Paul Betbeze
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Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ;...
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Garder des taux d'intérêt bas, soutenir la réindustrialisation du pays. Pour assurer une possible réélection, les défis et les obstacles à franchir ne vont pas manquer à Donald Trump.

Santé de… Donald Trump d’abord ! Les neurologues vont-ils se mettre de la partie ? Il faudra peut-être, bientôt, leur répondre. Déjà, les médias vont ausculter Donald Trump, maintenant qu’ils savent qu’il a un peu grossi. Surtout, ils vont s’interroger sur ses étranges lapsus. Dernier en date, quand il reçoit le Secrétaire général de l’Otan et répond aux journalistes, il ne trouve pas le mot anglais « origin » et dit « orange » à plusieurs reprises. Fatigue, tension… tout est possible, mais ce n’est pas la première de telles glissades ou absences. Attendons, mais Donald Trump a 72 ans et pèse plus de 108 kilos désormais, pour 1 mètre 90. Son médecin le déclare « en très bonne santé », mais la campagne (électorale) n’est pas un parcours de golf !

Its the economy, stupid !  Donald Trump devra tout faire pour éviter la récession pendant l’année et demie qui vient, faisant ainsi de la reprise américaine née en 2008 (après la crise des subprimes) la plus longue de son histoire ! Its the economy, stupid ! : le mot vient de James Carville, stratégiste de la campagne de Bill Clinton contre George W. Bush en 1992. La récession était là à l’époque, et sa menace est revenue. Donald Trump a poursuivi la reprise héritée de Barack Obama : c’est sa marque de fabrique. Il l’a accentuée par sa politique fiscale (baisse des impôts sur les sociétés) et budgétaire (creusement du déficit). Avec 196 000 emplois nouveaux en mars, contre 180 000 attendus, les inquiétudes de ralentissement s’éloignent. Mais continuer sans chuter serait un miracle, d’autant que Donald Trump secoue tout, et très fortement. Comment faire ?

Garder les taux d’intérêt au plus bas : c’est l’obsession de Donald Trump. Il en parle souvent (et violemment), et cela a bien marché pour lui, jusqu’à présent. Mais attention aux excès ! Des taux plus bas, c’est plus de croissance, avec un dollar plus faible. Donald Trump a ainsi porté un coup fatal à la stratégie de remontée des taux courts que défendait la Fed (Banque centrale américaine). En outre, la baisse des taux longs pèse sur les taux hypothécaires et les fait s’approcher de 4% pour l’emprunt à 30 ans : voici venir les conditions de relance de la construction et de renégociation des emprunts ! Mais, si les choses continuent ainsi, avec la baisse des taux longs et le risque d’inversion de la courbe des taux annonciatrice de récession (les taux longs devenant inférieurs aux taux courts), la baisse des taux courts serait presque obligée.

Prendre le pouvoir à la Fed ? Pas avec les deux derniers candidats pressentis : Donald Trump doit changer d’approche. Il critique en permanence Jerome Powell, le Président de la Fed (qu’il a pourtant nommé), pour son obsession à monter les taux : il a gagné. Pour aller plus fort, il vient de proposer Stephen Moore puis Herman Cain pour occuper les deux derniers postes vacants de gouverneur. Ce sont deux virulents critiques de la Fed, cette organisation qui est pourtant, toujours, en quête de consensus. Surtout, ils ne seront pas aisément acceptés par le Congrès : Stephen Moore, outre ses positions violentes, « aurait » des problèmes fiscaux, et Herman Cain, candidat Républicain à la Présidence non retenu, aurait été en butte à des « sexual harassment allegations ». Il faut que Donald Trump fasse attention à ses choix.

Signer avec la Chine : économiquement et politiquement nécessaire, plutôt en bonne voie. Echanges et discussions ont de plus en plus lieu entre autorités chinoises et américaines de haut niveau : les deux parties ont intérêt à signer assez vite. La Chine désire stabiliser ses relations avec les États-Unis à long terme : sa croissance souffre de ces conflits. Donald Trump, dont l’économie a également besoin d’un accord, veut dire aussi, en début de sa deuxième campagne, qu’il a réussi ce deal. En fait, il ne s’agit pas tant de rééquilibrer les échanges avec la Chine, ce qui peut se gérer (au moins en partie) par plus d’achat de soja américain (!), que de voir comment les droits de propriété seront protégés en Chine, et comment la possibilité de s’y  installer sera étendue aux entreprises privées. Symétriquement, les États-Unis devront stabiliser leurs relations de recherche et d’échanges avec la Chine, sans oublier de régler les questions de la 5 G et de leurs différents avec Huawei.

Soutenir la réindustrialisation du pays : s’armer de patience. Donald Trump devra poursuivre ses renforcements et implantations d’usines aux États-Unis. Mais rien n’ira de soi : on peut toujours réduire les emplois d’une fabrique d’automobiles au Canada pour les conserver aux États-Unis, ou fermer une unité au Mexique pour la transporter aux États-Unis, mais il n’est pas évident que les effectifs seront transférés. Les gains de productivité se poursuivent dans l’industrie. Surtout, ils sont d’autant plus importants quand les emplois migrent de zones à salaires moyens (Chine) ou faibles (Mexique) vers les États-Unis. Aucune « réindustrialisation » à effectifs constants.

Mexique : bloquer les migrants, mais pas les camions ! Pas de solution simple. Fermer la frontière avec le Mexique pourrait freiner les migrants, mais arrêtera sûrement les 17 000 camions qui, chaque jour, la traversent. Rien ne sera possible sans discuter avec le Mexique des conditions d’échange de produits pour l’industrie.

Peser sur le prix du pétrole : pas facile non plus. Les États-Unis sont le premier producteur mondial de pétrole, et désormais exportateurs. Pour autant, Donald Trump n’est pas favorable à la remontée du prix du baril, qui freinerait, dans son esprit, la croissance et ferait monter l’inflation, donc les taux. Ce faisant, il s’oppose aux producteurs américains et plus encore à l’Opep, qui diminue de 28% sa production en janvier et février, par rapport à novembre et décembre 2018. Donald Trump voudrait un prix du pétrole stable, ce qui le forcerait à produire plus, pour compenser la baisse de l’Opep ! 

Tout  le monde se moque actuellement du déficit budgétaire et de la dette ! Mais pour combien de temps ? Le shutdown n’est pas si vieux, et le plafond de la dette est prévu pour dans quelques semaines ! Donald Trump voudra le mur avec les Mexique et des dépenses d’infrastructures, les Démocrates des dépenses d’infrastructure, des hausses de salaires minimaux et d’impôts pour les riches ! La campagne va commencer !

En politique, encore seize procès contre lui ! Maintenant que la bombe du rapport Mueller est désamorcée pour l’essentiel, Donald Trump reste exposé à seize enquêtes. Il devrait être habitué et elles sont de moindre gravité – cependant, on ne sait jamais !

En politique, trente concurrents ! Effrayer du risque venezolano-socialiste : la multiplication des candidatures Démocrates est pain béni pour Donald Trump. Il va mettre l’accent sur leur côté « libéral », en américain : « de gauche » ! Ceci en supposant que son opposant le plus sérieux, Joe Bidden, doive partir, ou être très affecté, du fait de ses attitudes « amicales » (sans plus), avec diverses femmes et collègues !

Au fond, il reste beaucoup à faire à Donald Trump : tuer l’Obamacare, signer de « meilleurs » deals avec le Mexique, la Corée du Nord, et ses amis et alliés, Europe, Allemagne, France, Royaume-Uni... sans oublier de « contenir » la Chine. C’est bien pourquoi un second mandat l’attire tant !

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Anouman
- 08/04/2019 - 11:43
Mandat
Il n'est pas certain que l'électeur vérifie autant de points avant de voter. Finalement tout dépendra du candidat démocrate qui sortira des primaires. Quand on est à 50/50 il ne faut pas grand chose pour que l'élection bascule en faveur de l'un ou de l'autre.