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Liberté de ton et ironie, c’est comme Capri, c’est fini..
Comment Twitter est devenu épuisant
Publié le 28 mars 2019
Calomnies, insultes et mauvaise foi rendent invivable ce réseau social autrefois merveilleux.
Diplômé d'école de commerce, Nicolas Moreau a exercé en tant qu'auditeur pendant une décennie, auprès de nombreux acteurs publics, associatifs et privés.
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Calomnies, insultes et mauvaise foi rendent invivable ce réseau social autrefois merveilleux.

Twitter est un réseau social à multiples facettes, organisé autour de petites communautés aux centres d’intérêt divers. Régulièrement, des sujets d’actualité permettent de transcender ces appartenances communautaires en devenant des sujets de débat communs à l’ensemble du réseau.

La contagion des débats et indignations twittesques au monde politique et médiatique est fréquente, ce qui a fait du réseau un outil privilégié du militantisme politique. Une tendance qui a fait émerger des pratiques exécrables, rendant Twitter invivable pour beaucoup, et faisant fuir un par un les twittos les plus intéressants et les plus drôles.

Le signalement d’appartenance

La première de ces tendances est un classique du militantisme. Elle consiste à n’intervenir que pour démontrer sa participation, voire sa dévotion, à un groupe. L’idée n’est ni de répondre, ni de faire avancer le débat, ni de partager une information, ni même d’être drôle. L’idée est uniquement de montrer à son groupe que l’on est partie prenante de celui-ci.

Cette pratique est vieille comme le monde. Tous les groupes instaurent certains codes qui permettent à leurs membres de se reconnaitre et de demeurer soudés.Sur les réseaux sociaux, ces pratiques se mêlent toutefois à l’anonymat et l’absence de rapport physique, ce qui permet aux différents anonymes d’insulter, calomnier, et lyncher à loisir, sans aucune retenue, par simple souci de montrer leur allégeance.

Cette pratique est désespérante intellectuellement, car elle sacrifie toute nuance, tout débat contradictoire et toute réflexion personnelle à la séduction d’un groupe qui ne tolère pas qu’on sorte du moule. Les différentes idéologies s’en trouvent figées, et toute progression conceptuelle ou intellectuelle s’en trouve bloquée.

Elle ouvre par ailleurs une ère de suspicion permanente, où la protection illusoire du groupe prend en réalité la forme d’un contrôle social continu.Fréquemment, les membres de ces groupes finissent par se lyncher entre eux, lors de grands procès internes où la pureté idéologique de chacun est passée au crible.

Elle est surtout désespérante moralement, car se faire lyncher, quoi qu’on dise, à la seule fin de permettre à des faibles de mendier le réconfort d’un groupe est rapidement lassant.

L’insulte gratuite

De plus en plus, l’insulte est gratuite. L’anonymat, bien qu’il soit absolument nécessaire au bon fonctionnement de la société et des réseaux sociaux, à ses mauvais côtés. L’un d’entre eux est qu’il permet aux bas instincts des bas du front de s’exprimer bassement. Usant.

La mauvaise foi

On pardonne aisément à Jean-Michel Premierdegré de ne pas comprendre certains traits d’humour. On pardonne beaucoup plus difficilement à des débatteurs de métier de feindre l’incompréhension totale du second degré.Or s’il est une détestable manie sur Twitter et ailleurs, c’est bien celle consistant à prendre au premier degré un trait d’ironie, afin d’attaquer injustement celui qui l’a osé.

Cette misérable attitude est courante. Elle tient de la pure mauvaise foi, et elle est parfaitement comparable en ignominie à celle consistant à partager des fake news, que l’on sait pertinemment être des fake news.

La bonne foi est la plus élémentaire des conditions nécessaires au débat d’idées. Et la mauvaise foi sur Twitter transforme une potentielle Agora en potence publique.

Les tweets hors contexte

Cette mauvaise foi s’exprime souvent sous la forme de tweets sortis de leur contexte, isolés de leur conversation, ou encore isolés du tweet sur lequel ils s’appuient.

Avec un peu de malice, il est donc possible de faire dire n’importe quoi à n’importe qui. De quoi vous décourager de poster sur Twitter, sachant que tout pourra être retenu contre vous, même les tweets les plus anodins.

Ce qui pourrait n’être que gênant, si ceux qui se livrent à de telles pratiques ne se livraient pas également, et si souvent, à un harcèlement judiciaire bien réel, prenant la forme de plaintes en diffamation.

Ces plaintes donnant lieu à une mise en examen automatique, ces escrocs de la pensée n’hésitent pas à communiquer sur la procédure engagée, et jamais sur la relaxe, pour appeler à la censure des intellectuels ciblés. Et ça marche.

Fallait Pas Supprimer

Pour beaucoup, le coup de grâce a été porté par ce compte dont l’idée initiale était de fouiller les poubelles de Twitter, afin de ressortir des tweets supprimés par ses auteurs. Sans doute grisé par son succès, et par les licenciements qu’il a réussi à provoquer dans la vie réelle, il s’est posé en inquisiteur planqué traquant les faux pas de chacun, et n’hésitant pas à les signaler aux employeurs de ses cibles.

Quand même le droit à l’erreur est supprimé, quand même les envies de précision sont traquées, quand même l’inconscient est accusé, quand même les signes de fatigue sont punis, l’épée de Damoclès oscille au-dessus de tout le monde. Sans exception.

Une tension qui en dégoûte plus d’un, car maintenant que son audience est acquise, il ne se contente plus de traquer les tweets supprimés, mais tous les contenus « gênants », qu’il n’hésite pas à remettre en contexte comme bon lui semble.

Twitter, c’était mieux avant

Il serait possible de citer 1001 autres horreurs de la même engeance, mais l’idée est souvent la même. Faiblesse, bêtise, agressivité et mauvaise foi transforment un réseau social formidable, permettant de discuter avec nos idoles ou avec des spécialistes de tous les sujets, en une gigantesque arène politique où tous les coups sont permis. Insultes, lynchages, menaces, vies ruinées : les risques sont devenus trop grands pour beaucoup, qui préfèrent s’autocensurer ou partir.

Dommage. Twitter c’était bien, avant.

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