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© LUDOVIC MARIN / AFP
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Jupiter

Irascible, exténué et persuadé d’être le meilleur en tout : ce que la personnalité du président coûte à son quinquennat et à la France

Publié le 24 mars 2019
La tentation de toute puissance et d'omni-compétence d'Emmanuel Macron ne fait pas que nuire à l’état nerveux de ses collaborateurs : elle affecte la situation même du pays.
Essayiste, diplômé de Sciences Po, il a débuté sa carrière au cœur du pouvoir législatif et administratif avant de se tourner vers l'univers des start-up. Il a coécrit avec Dimitri Casali L’histoire se répète toujours deux fois (Larousse, 2017).
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Olivier Gracia
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Essayiste, diplômé de Sciences Po, il a débuté sa carrière au cœur du pouvoir législatif et administratif avant de se tourner vers l'univers des start-up. Il a coécrit avec Dimitri Casali L’histoire se répète toujours deux fois (Larousse, 2017).
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La tentation de toute puissance et d'omni-compétence d'Emmanuel Macron ne fait pas que nuire à l’état nerveux de ses collaborateurs : elle affecte la situation même du pays.

Atlantico : Alors que s'achève la première séquence du Grand Débat, c'est la personnalité de Macron qui semble principalement handicaper son quinquennat : irascible car exténué par ses performances devant les maires et les intellectuels, Emmanuel Macron a également montré qu'il se croit omnipotent et omni-compétent. Qu'est-ce qui a participé à donner cette image pendant les derniers mois ?  

Olivier Gracia : Il est vrai qu'Emmanuel Macron, de par le Grand débat, a voulu se remettre en scène comme à l'époque de la campagne présidentielle car c'est l'exercice qu'il aime le plus. Je pense sincèrement que le pouvoir isole et donc ça a été pour lui l’opportunité de revenir au cœur des débats et sur le devant des projecteurs. D'autant plus qu'il a cette qualité -il est vrai- de pouvoir discourir pendant des heures et d'aborder tous les sujets. Ces derniers mois, il a tout fait : il a vu les maires, il a vu les intellectuels, il a arpenté la France entière et s'est montré comme étant la seule personne capable de résoudre ce conflit. 

Finalement, il a confirmé ce que certains lui reprochaient, c'est-à-dire que tout repose constamment sur lui. Jupiter n'est donc pas si loin... On avait pensé à un certain moment que la crise des Gilets Jaunes allait remettre Emmanuel Macron sur un rapport plus horizontal avec les Français via notamment le Grand débat, sur un plan un peu plus démocratique et citoyen comme c'était le cas au cours de sa campagne (il parlait déjà alors de doléances citoyennes) mais finalement on retrouve un Emmanuel Macron plus vertical que jamais et qui fait reposer le sort de la République sur ses épaules. A ses yeux, il est le seul capable d'apporter des réponses à la crise, le climat social ne dépendrait alors que de lui. Il confirme donc d'une certaine façon toutes les critiques qui l'accablent.

A titre d'exemple, son retour en toute urgence à Paris suite aux violences de l'Acte 18 est bien la preuve qu'il s'estime omnipotent. Dans une République normalement constituée, le président a des ministres compétents sur chaque sujet qui devraient normalement être en mesure d'assumer leurs propres dossiers. Ici, on a l'impression qu'en son absence tout s'écroule et il paraît en jouer. Il est dans une incarnation très solitaire du pouvoir, mais ce qui est étonnant c'est qu'il n'ait renvoyé aucun de ses ministres. Il aurait pu notamment demander la démission de Christophe Castaner après les récents débordements. En se refusant à le faire, il devient également le seul fusible de la République, il ne se repose sur aucun ministre pour sauver son image ou sa popularité. On se rappelle notamment de la phrase emblématique qu'il avait prononcé l'été dernier lors de l'affaire Benalla "qu'ils viennent me chercher" : personne dans l'histoire n'avait oser dire ceci ni Louis XVI ni même Napoléon. Finalement, le président de la République qui lui ressemble le plus dans l'Histoire proche est Nicolas Sarkozy. A la manière d'Emmanuel Macron il traitait son Premier ministre comme son collaborateur, et allait au front en permanence.

Emmanuel Macron se trouve donc aujourd'hui dans une posture très délicate puisqu'il se positionne seul contre tous. Typiquement le Grand débat est aussi la preuve de l'impuissance du système car c'est le président lui-même qui se déplace voir les maires et les élus locaux, se passant bien volontiers du Sénat et de l'Assemblée nationale dont le rôle est la représentation des Français. Se faisant, il apporte la preuve que ces institutions ne sont pas compétentes en la matière et ne sont pas non plus légitimes. Il se crée donc un grand déséquilibre institutionnel entre la parole présidentielle et la parole des institutions. Ainsi, Emmanuel Macron rejoint quelque peu les velléités des Gilets Jaunes en mettant sur pieds une sorte de démocratie directe entre le chef et ses sujets.

C'est dommage. On aurait pu imaginer qu'Emmanuel Macron invite davantage les instances représentatives dans le Grand débat mais par son attitude il montre au contraire que la 5ème République est une république au sein de laquelle seule le chef de l'Etat compte. En outre, l'omniprésence du président est constante et renforce cette idée selon laquelle il serait omnipotent. Plus que des exemples précis, il s'agit d'une hyper présence constante. Pendant des semaines, nous n'avons vu qu'Emmanuel Macron à la télévision avec des chaînes ne diffusant que ses discours des heures durant. Nous n'avons jamais eu un président aussi présent, et si cela a séduit quelques français -il a gagné récemment quelques points dans les sondages- au début, les effets de cette stratégie semblent s'estomper. En raison notamment des débordements qui ont marqué les dernières manifestations, nous ne sommes plus dans un schéma binaire, Macron VS Gilets Jaunes, une troisième force a émergé. Une partie de la population se rend compte que le gouvernement est débordé par le mouvement, de ce fait elle ne soutient plus ni les Gilets Jaunes ni le président de la République. La situation échappe donc également à Emmanuel Macron. On attend désormais l'issu du Grand débat et la manière dont il tachera de convaincre les Français de le suivre. 

En quoi la surabondance d'effets de communication lors de chaque nouvel acte des Gilets Jaunes, notamment par Christophe Castaner, a participé à construire le décalage entre des ministres fantômes et un Président tout puissant ? Emmanuel Macron sait-il déléguer ? 

Je pense notamment à une récente de Paris Match, "Macron contre les casseurs", sur laquelle le président apparaît avec un visage très fermé, très autoritaire. Une fois de plus il se montre seul contre tous. Il est vrai que l'on ne met pas du tous les ministres en évidence dans ce type de crises. D'autant plus que Christophe Castaner a dû faire face à la polémique de la boîte de nuit dans le 8ème qui a montré une certaine faiblesse du gouvernement. Face à cette faiblesse, Emmanuel Macron est sur le devant de la scène, aux devants de tout. 

Sait-il déléguer ? C'est la grande question. Je ne pense pas, je pense qu'il a des amis fidèles sur qui il peut compter, se reposer et que c'est notamment la raison pour laquelle quelqu'un comme Castaner est toujours au gouvernement malgré ses erreurs. Emmanuel Macron récompense la fidélité et la loyauté, on se souvient notamment d'Alexandre Benalla. Mais est-ce pour autant sa façon de déléguer ? Je n'en suis pas persuadé. 

Savoir gouverner c'est aussi savoir s'entourer de personnes qui ont de fortes compétences mais qui n'ont pas forcément vos idées. Je pense par exemple à Napoléon, s'il choisissait des ministres comme Talleyrand et Fouché -qui complotaient pourtant contre lui- c'est parce qu'il reconnaissait leurs qualités et leur excellence. Selon moi, c'est cette capacité à s'entourer de personnes extrêmement compétentes sans qu'elles vous obéissent forcément au doigt et à l'oeil qui fait un grand chef d'Etat. Or, Emmanuel  Macron donne le sentiment inverse, un peu comme Nicolas Sarkozy. Ils s'entourent de personnes fidèles mais pas forcément compétentes. Et c'est pour cette raison qu'il ne délègue pas : lui-même doit douter de leur compétence.

Pourquoi cet orgueil et cette croyance en son omnipotence pose-t-elle problème dans la gestion de la crise des gilets jaunes et plus largement l'empêche de bien gouverner ?

Emmanuel Macron cherche à être sur tous les fronts aussi bien sur la scène nationale qu'internationale, il est dans une forme d'hyper activité à la manière de Nicolas Sarkozy. On a vraiment la résurgence de l'hyper présidence. Et ce n'est pas la meilleure manière de gouverner. On ne gouverne pas seul en France mais à plusieurs. La France est une formidable démocratie dans le sens on l'où doit gouverner avec des corps intermédiaires, des institutions représentatives et l'opposition. C'est un pays qu'on a conçu avec des contres-pouvoirs or on a aujourd'hui l'impression qu'Emmanuel Macron est complètement seul dans l'exercice du pouvoirs.

Les députés que l'on connaît encore mal ou même ses ministres ne font que suivre sa ligne. Or, gouverner seul un pays comme la France se révèle être très compliqué. Et en plus de l'autre côté, cela crispe encore davantage les Gilets Jaune qui l'imaginent comme leur ennemi numéro 1, d'autant plus qu'Emmanuel Macron ne peut pas se contenter de limoger des ministres puisque cela ne résoudrait en rien la crise actuelle.  On a parfois l'impression que quoi qu'il fasse il devra toujours faire face à une certaine contestation. On a l'impression que même s'il allait dans le sens des Gilets Jaunes, il ne gagnerait pas leur estime pour autant. 

Son comportement pourrait-il changer sous l'influence d'une personne en particulier ? 

On sait qu'il échange beaucoup avec Nicolas Sarkozy, mais le problème demeure : ils se ressemblent beaucoup, on voit donc mal Nicolas Sarkozy lui donner des conseils en termes d'équilibres institutionnels. 

Je pense aussi à François Bayrou qui est quelqu'un de très modéré, qui respecte les institutions, de très démocratique mais pour autant, quand bien même ils échangent nous n'avons pas l'impression que le président du Modem ait une quelconque influence sur Emmanuel Macron.

Personne ne semble réellement capable d'influencer l'actuel président, notamment parce qu'au vu de l'état des partis oppositions il a devant lui un large boulevard qui rend très crédible sa réélection. Il ne se sent pas menacé par l'opposition légale.  

A lire aussi sur Atlantico : Acte 19 des Giiets jaunes : victoire sur le terrain pour le gouvernement, incertitude politique maximale

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TPV
- 25/03/2019 - 23:01
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En question n'est il pas lié à l'abus d'une adulte durant son adolescence ?
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- 25/03/2019 - 18:50
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« ...De mon omnipotence, Je regardais la France... » (air connu) Nous avons une république magnifique : le blindage constitutionnel permet qu'on peut mourir mais notre cadavre peut encore régner.
zelectron
- 25/03/2019 - 16:09
que peut-on attendre de ce Marxtron ?
RIEN et probablement beaucoup plus de négatif à l'instar du "vunuzella" (les lendemains qui déchantent !)