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Bonne nouvelle… relative

Quasi disparition du déficit de la sécu : attention aux effets secondaires des mesures qui l’ont permise

Publié le 19 mars 2019
Le déficit de la sécurité sociale a atteint un niveau historiquement bas, enjeu majeur pour sa préservation. Cependant le "rationnement", méthode phare d'économie pourrait amener plusieurs effets pervers.
Jean de Kervasdoué est un économiste de la santé français, titulaire de la chaire d'économie et de gestion des services de santé du conservatoire national des arts et métiers (CNAM)et membre de l’Académie des technologies. Il a été directeur général des...
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Jean de Kervasdoué
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Jean de Kervasdoué est un économiste de la santé français, titulaire de la chaire d'économie et de gestion des services de santé du conservatoire national des arts et métiers (CNAM)et membre de l’Académie des technologies. Il a été directeur général des...
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Le déficit de la sécurité sociale a atteint un niveau historiquement bas, enjeu majeur pour sa préservation. Cependant le "rationnement", méthode phare d'économie pourrait amener plusieurs effets pervers.

Atlantico: Le déficit de la sécurité sociale est revenu à un taux historiquement bas. Le rationnement, initié lors du quinquennat précédent, est présenté comme la base de cette baisse. En quoi consiste cette stratégie de rationnement et quel son impact sur le budget de la sécurité sociale ?

Cette annonce est une bonne nouvelle ! La sécurité sociale représente plusieurs choses : la retraite, la famille, la maladie. Rappelons que la protection sociale se compte à 740 milliards d'euros, pour donner un ordre de grandeur, l'impôt sur le revenu ne rapporte que 76 milliards, autrement dit dix fois moins ! Dans ce montant la maladie constitue 200 milliards, et c'est ce secteur qui reste en déficit, la famille s'est équilibrée grâce à la perte des allocations familiales pour les revenus élevés. Notre système n'est pas un système de marché sinon les organes disponibles seraient vendus au plus offrant, il est étatique et limite donc l'offre. Par exemple, on ne peut pas ouvrir un hôpital sans autorisation, pareil pour la vente de médicament, pour les consultations médicinales nous n'avons pas de "prix" mais des tarifs. Ce système est régulé par l'État et couvre à la fois la finance et le médicamenteux. La raison pour laquelle il y a un équilibre vient du fait que que les gouvernements sous Hollande, Agnès Buzyn en particulier, ont menés une politique "charitable" de "rabot". C’est-à-dire qu'ils ont limités la croissance des tarifs hospitaliers, la croissance de la rémunération des médecins, ceci au prix de grandes difficultés dans les hôpitaux, et sans faire des réformes de structure.

Cette logique se base sur l'idée que dans un service de protection gratuit, le seul moyen de limiter les dépenses est de limiter les offres ?   

Oui c'est exactement ça ! L'avantage d'un mécanisme de marché c'est que cela indique en permanence la préférence des consommateurs, et donc indique la rareté de certains produits, dans un mécanisme de rationnement nous n'avons pas ces indicateurs. Pour une meilleure gestion, je propose que les débats sur les tarifs et nomenclatures soient publics, et non que les acteurs du médical s'ajustent en permanence comme c'est le cas actuellement. C'est tout à fait essentiel car rien que pour les hôpitaux, c'est plus de 90 milliards d'euros.

Quels effets "pervers" peut amener cette politique de rationnement ?  

Actuellement on sait qu'il y a des prescriptions inutiles, voire dangereuses, c'est le cas de l'homéopathie, des médicaments pour l'Alzheimer, on voit bien qu'il y a des choses que l'on pourrait faire mais que l'on ne fait pas. Nous avons en France 2600 hôpitaux et cliniques, il y en a 2000 en Allemagne alors que la population est 25 % plus élevée que chez nous. Donc il y a une structure hospitalière très généreuse, le problème étant que l'hôpital est devenu le généraliste des pauvres, les gens vont à l'hôpital alors qu'ils pourraient être soignés en ville. Tout cela date de 25 ans, comme le Numerus Clausus.

Ce rationnement est-il la cause de cette ruée vers les hôpitaux et les urgences ?

Oui, lorsque vous ne valorisez pas la profession de généraliste, puisque c'est le cas aujourd'hui, il est bien plus difficile d'avoir un rendez-vous. Vous avez trois types de rationnement : le nombre de médecins, 8500 dans les années 70, 3500 en 1994, puis nous sommes remontés à un niveau de 8000. Le problème, quand vous fixez ce nombre chez des jeunes de 20 ans qui vont être médecins à 30, et vont exercer pendant 40 ans, ce seront les mêmes de 1994 à 2045 ! Nous savions déjà en 1995 que la génération des baby-boomeurs vieillirait, mais l'on n'en a tiré aucune conclusion.

Le deuxième type c'est le partage spécialistes / généralistes, même si ce dernier n'est pas aussi limpide que cela puisque les généralistes peuvent acquérir des compétences. Aujourd'hui les généralistes en France, c'est moins de 45 % des médecins libéraux, alors qu'en Angleterre ils en représentent 85 %. Enfin le troisième sujet est celui du choix des spécialistes formés et de la manière dont l'État va influencer leurs choix. C'est très mal géré, et il y a de gros problèmes de recrutement par exemple en psychiatrie, d'où la difficulté des Français à accéder à certains médecins.

Ce rationnement est critiqué. Mais ne serait-il pas la seule solution pour sauver la sécurité sociale telle qu'on la connait ?

Bien sûr. La sécurité sociale est – heureusement - rationnée, mais elle l'est mal.

En dépit de ce mauvais rationnement, y-a-t-il des solutions autres pour sauver la sécurité sociale ?

Non, il n'y a que deux mécanismes : le marché ou le rationnement. Le marché possède quelques avantages malheureusement dans la régulation des mutuelles on profite très mal du mécanisme en question. L'inconvénient c'est que tout le monde est remboursé de la même façon, que cela concerne les lunettes, les appareils auditifs et les soins dentaires. Je pense que la réforme des assurances complémentaires n'est pas une bonne réforme. Elle a couté 3 milliards d'euros alors que les bénéfices en sont très discutables. Dans certains cas, et pour certaines pathologies, on pourrait mieux profiter des mécanismes de marché. Mais pour répondre à la question, nous somme condamnés au rationnement ! Mon livre dit cependant que l'on pourrait mieux rationner, de manière plus transparente et plus courageuse, que l'on ne le fait aujourd'hui.

 

Retrouvez le livre du Dr de Kervasdoué

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ajm
- 19/03/2019 - 22:40
Médecine à trois vitesses.
On va peu à peu vers une médecine socialo-étatiste de niveau très médiocre pour 90% des Français , une médecine intermédiaire plutôt bonne pour 9.5% des Français qui acceptent et avec l'aide de surcomplémentaires plus chères de payer eux-mêmes plus cher, et une médecine de pointe pour 0.5% des Français.
Benvoyons
- 19/03/2019 - 20:27
Suède
http://www.iedm.org/files/suede.pdf
Ganesha
- 19/03/2019 - 18:44
Privatisation !
On sent que mr. de Kervasdoué est sur le point de nous proposer une privatisation de la médecine !
Mais, il se retient, parce qu'il réalise que cela conduirait inévitablement à une médecine pour les riches !

Nous avons ici sur Atlantico, un petit nombre de ''hérauts du Libéralisme'', qui viennent en permanence nous affirmer une énorme connerie : les privatisations entraîneraient une baisse des tarifs pour les consommateurs !

Et, ces minables salopards s'accompagnent habituellement d'une petite anecdote mensongère, totale ''fake news'' !