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Petits coups de canif entre amis : mais à quoi jouent Paris et Berlin ?
Publié le 13 mars 2019
Lundi 11 mars, Angela Merkel a apporté son soutien à l'idée d'un siège européen au Conseil de sécurité des Nations Unies, remplaçant ainsi le siège français. Le même jour, Nathalie Loiseau lui opposait à l'Assemblée nationale une fin de non-recevoir.
Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université...
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Edouard Husson
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Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université...
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Lundi 11 mars, Angela Merkel a apporté son soutien à l'idée d'un siège européen au Conseil de sécurité des Nations Unies, remplaçant ainsi le siège français. Le même jour, Nathalie Loiseau lui opposait à l'Assemblée nationale une fin de non-recevoir.

Atlantico: Cette opposition marque un réel point de désaccord entre Paris et Berlin. Pourtant, dans le même temps, l'Assemblée nationale actait solennellement la création d'une assemblée parlementaire entre Paris et Berlin ayant pour objectif de faire "converger le droit en vigueur" et "favoriser la cohésion européenne". A quoi jouent Paris et Berlin ? 

Edouard Husson : Nous voici arrivés, presque trente ans après la désastreuse séquence de 1990-1992, à l’heure de vérité des relations franco-allemandes. On se souvient de l’enchaînement - largement dû à la France - désastreux à partir de l’ouverture du mur de Berlin: 

- François Mitterrand a les mauvais réflexes à la fin de l’automne 1989. Au lieu de se réjouir, comme l’aurait fait de Gaulle, de la victoire de la nation et de la démocratie en Allemagne, il cherche à s’opposer au mouvement de la société allemande. 

- Au lieu de négocier durement avec Helmut Kohl, sur la réorganisation de l’Europe, il laisse le chancelier ouest-allemand n’en faire qu’à sa tête: il faut que les Américains tapent du poing sur la table pour que Kohl reconnaisse définitivement la ligne Oder-Neisse; les Américains en profitent pour faire entrer l’Allemagne réunifiée dans l’OTAN.

- La Russie est écartée (l’Union Soviétique) du coeur de la sécurité européenne et, très vite, le Chancelier de l’Allemagne réunifiée en profite pour faire éclater la Yougoslavie. 

- Comprenant aussi peu à l’économie que le chancelier allemand, François Mitterrand croit que la puissance allemande sera irrésistible et il demande à Kohl de faire l’euro. Ce dernier abandonne le mark, à condition que l’euro parle allemand et Mitterrand est incapable d’imposer un gouvernement économique de la zone euro. 

25 ans plus tard, Emmanuel Macron a, timidement, plaidé pour reprendre la discussion sur le gouvernement de la zone euro. Durant dix-huit mois, Angela Merkel n’a pas donné suite. Arrive Annegret Kramp-Karrenbauer, qui n’a pas été élevée politiquement dans la langue de bois de l’Allemagne communiste, comme Merkel. Elle dit franchement ce que pense 90% de la classe politique allemande: nous ne voulons en aucun cas d’une Europe centralisée “à la française”. Elle ne prend pas plus de gants pour réclamer l’européanisation du siège de la France au Conseil de sécurité. Et c’est le seul point sur lequel Angela Merkel l’appuie publiquement: cela fait pratiquement un an que la diplomatie allemande a lancé cette offensive. Les Français découvrent, étonnés, que Madame Kramp-Karrenbauer comme Madame Merkel se moquent comme d’une guigne de ce qui est écrit dans le traité d’Aix-la-Chapelle. Alors Madame Loiseau se fâche! Pourvu que ça dure ! Mieux vaut tard que jamais. Nous recueillons les fruits tardifs du mitterrandisme; et ils sont amers. 
 

Dans quelle mesure l'évolution de l'approche américaine de l'Europe, tout comme le contexte du Brexit, pourraient-ils contribuer à une forme de rivalité naissante entre Paris et Berlin ? 

Je ne crois pas que Donald Trump ait une approche de l’Europe fondamentalement différente de celle de Barack Obama. Mais il est plus tenace que son prédécesseur pour imposer ce qu’il exige. Obama, déjà, avait fait remarquer aux Européens qu’ils ne payaient pas leur quote-part de l’effort de défense transatlantique. Trump, lui, met la pression pour que les choses changent. Et il engage une négociation globale, parfaitement cohérente du point de vue américain: il menace de sanctionner l’Allemagne si elle continue à acheter du gaz russe et non pas du gaz liquéfié américain; il veut imposer une renégociation commerciale transatlantique, en insistant sur le fait que les Allemands paient déjà pour la défense européenne etc.... 

Il ne faut pas se faire d’illusion, à Paris: les Allemands vont céder aux Américains; ils n’ont pas le choix: ils veulent sauver leurs exportations automobiles. En attendant, ils veulent amasser le maximum d’atouts pour la négociation avec les Américains: le siège partagé au Conseil de sécurité de l’ONU pourrait en faire partie. Mais surtout, il faut noter que Trump s’est dit prêt à un accommodement sur les importations de voitures aux Etats-Unis....à condition que l’UE mette l’agriculture dans la corbeille de négociation. Autant dire que l’Allemagne est prête à sacrifier les agriculteurs français ou polonais, sans état d’âme. Annegret Kramp-Karrenbauer dit d’ailleurs explicitement qu’il faudra mettre en cause la politique agricole commune, pour importer d’Afrique.....

Mais je voudrais insister sur un point: les Allemands vont tout faire pour recoller aux Etats-Unis. Et c’est à ce titre qu’ils vont donner la priorité à leurs intérêts, nonobstant l’Union Européenne. 
 

Quels en seraient les enjeux du point de vue de Paris, et quelles devraient en être les conséquences ? 

Il ne faut pas dramatiser vis-à-vis des Allemands: ils se comportent comme ils l’ont toujours fait. Simplement nous ne voulions pas le voir. L’ordo-libéralisme allemand, avec son mélange de conservatisme culturel, d’esprit d’entreprise et de rigidité monétaire a été capable de s’adapter à la mondialisation parce que l’Allemagne est un pays du bottom up. Pour que la France puisse s’adapter à la mondialisation de la même manière, il aurait fallu qu’elle dispose de la flexibilité monétaire. Comme elle s’est privée de cette outil, l’Allemagne en a largement profité, elle qui peut vivre avec un monétarisme strict - au prix, il est vrai, de son dynamisme démographique. Je fais partie de ceux qui minimisent l’impact réel des réformes de Gerhard Schröder: ce qui a été bien plus décisif, c’est l’euro, sous-évalué pour l’Allemagne et surévalué du point de vue français.

Nous sommes coincés dans le système de l’euro, cependant. Il nous va donc falloir retrouver de la flexibilité ailleurs. Pour Jacques Chirac et François Hollande, la variable d’ajustement était la possibilité de créer de l’emploi public car l’euro, avec son coeur germanophone très stable, a permis à la France de s’endetter sur les marchés. Emmanuel Macron, lui, ne peut pas continuer sur cette ligne. En revanche, il devrait profiter de ce que l’Allemagne doit augmenter son budget militaire si elle veut répondre aux objectifs de Trump pour demander, la France doit suspendre les critères budgétaires de Maastricht et revenir à la distinction entre un budget d’investissement et un budget de fonctionnement. A partir du moment où l’Allemagne joue solo en matière commerciale, la France doit remettre en cause la politique commerciale de l’UE. Il nous faut aussi reprendre le contrôle de nos frontières pour maîtriser l’immigration et choisir qui nous accueillons. Autant de retraits d’une Europe intégrée, pour n’en garder, selon le voeu de nos élites, que l’euro. 

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Olivier62
- 14/03/2019 - 11:21
Le piège de l'UE
On voit à quel point la stratégie européiste a été catastrophique pour la France, aveuglée par les élucubrations des mondialistes et des fédéralistes, et ayant sacrifié tout ses atouts à cette lubie morbide. Que ce soit par rapport à l'Allemagne et plus encore par rapport à l'extérieur, notre décrochage est patent. Avec l'UE on a tous les inconvénients du fédéralisme sans aucun de ses avantages, puisque nos frontières sont ouvertes à tous les vents sans que nous ayons le moyen de nous protéger ni de faire la politique qui nous conviendrait. A la place on fait celle qui convient à l'Allemagne, aux USA et à la Chine ! Voilà 40 ans qu'on envoie des clowns à l'Elysée, alors il faut en assumer les conséquences...
edac44
- 14/03/2019 - 08:24
Maîtriser l'immigration, OUI mais pas que !...
faudrait aussi se pencher sur le fait que la France est devenue championne du monde pour sa fiscalité et TAXES en tout genre.
La première urgence serait d'abord de réduire drastiquement le train de vie de l'état et la dépense publique à défaut de mieux la contrôler mais surtout,
de supprimer toutes les aides publiques à celles et ceux qui viennent (ou sont venus) en France dans ce seul but,
quand ce n'est pas pour y foutre le bordel avec leur Islam de m..de et leur progéniture mal éduquée.
ajm
- 14/03/2019 - 01:21
L'écroulement d'un myrhe.
Il faut arrêter d'être obsédé par l'Allemagne qui , au train des courants migratoires, va être encore moins Allemande que nous Français. Ce face à face imposé par notre classe politique avec ce pays est ridicule et ressemble à la cour pathétique d'un prétendant que sa " belle" ne cesse d'econduire et de tromper. L'Europe ne se réduit pas à ce pays et le monde encore moins. Il faut gérer nos finances correctement et arrêter de réclamer une mutualisation des dettes qui d'ailleurs ne nous servirait pas. Gardons aussi POUR NOUS nos avantages militaires et diplomatiques et prenons du champs vis à vis des Allemands. N'oublions pas qu'ils sont capables de volte-faces spectaculaires si leurs intérêts l'exigent et surtout sachons qu'ils ne nous aiment guère et n'admirent que la force et la puissance. Oublions cette pathétique amitié franco-allemande qui a toujours été à sens unique. D'ailleurs, les peuples ne s'aiment pas, ils peuvent seulement avoir des intérêts communs. Préférons des alliances d' intérêts à des mariages forcés , illusoires et basées sur des quiproquos.