En direct
Best of
Best of du 13 au 19 juillet
En direct
© XAVIER LEOTY / AFP
Plaie ouverte

Fin de la crise… ou pas : ce que signifie le fait qu’une majorité de Français souhaite que la mobilisation des Gilets jaunes s’arrête

Publié le 14 février 2019
Selon un sondage Elabe pour BFMtv, le soutien des Français aux Gilets jaunes serait en cours de reflux. En réalité, ce ne sont pas les idées portées par le mouvement que les Français soutiennent de moins en moins, ce sont les manifestants.
Chloé Morin est Chargée de projets internationaux chez IPSOS, ancienne conseillère en charge de l'opinion publique au sein du cabinet du Premier ministre Jean-Marc Ayrault puis Manuel Valls, de 2012 à 2016.
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Chloé Morin
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Chloé Morin est Chargée de projets internationaux chez IPSOS, ancienne conseillère en charge de l'opinion publique au sein du cabinet du Premier ministre Jean-Marc Ayrault puis Manuel Valls, de 2012 à 2016.
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Selon un sondage Elabe pour BFMtv, le soutien des Français aux Gilets jaunes serait en cours de reflux. En réalité, ce ne sont pas les idées portées par le mouvement que les Français soutiennent de moins en moins, ce sont les manifestants.

Atlantico : Selon un sondage Elabe pour BFMtv, le soutien des Français aux Gilets jaunes serait en cours de reflux, 56% d'entre eux souhaitant un arrêt de la mobilisation. Paradoxalement, 64% des Français estiment que le mouvement s'est éloigné des revendications initiales. Pourrait-on en conclure que si les revendications initiales restent majoritaires pour les Français, le mouvement des Gilets jaunes a perdu de son crédit pour les exprimer ? 

Chloé Morin : Il me semble que ce qui est étonnant, compte tenu du climat médiatique - surtout celui de ces derniers jours -, ce n’est pas tant qu’une demande d’ordre et de retour au calme émerge, mais plutôt que le soutien ou la sympathie envers le mouvement des gilets jaunes ait été si constant - même si déclinant - et majoritaire en dépit des violences ou de méthodes contestables. Souvent, on constate que les mouvements sociaux deviennent rapidement minoritaires dans l’opinion, à fortiori quand ils s’accompagnent de nuisances pour les citoyens (blocages de route, grèves à la SNCF, blocages de raffineries… on a connu beaucoup de mouvements de ce type) ou de conséquences économiques néfastes, ou de violences (rappelons la violence qui s’est déployée en marge de certains cortèges de manifestants contre la loi travail au printemps 2016)… Ici, le mouvement a fait preuve depuis 4 mois d’une résilience assez inédite.

Maintenant, il me semble assez logique que l’opinion en vienne de plus en plus à demander la fin du mouvement, car :

- d’une part le Grand débat est supposé donner un débouché au mouvement - à ce titre, certains citoyens peuvent se dire « faisons une pause, attendons de. Voir, et si l’issue n’est pas satisfaisante alors il sera temps de repartir » -, 

- et d’autre part la focale médiatique s’est beaucoup recentrée ces derniers temps sur les violences ayant eu lieu à l’égard des symboles de la République ou des élus (ceci, non seulement en raison de la multiplication des violences, mais aussi en raison du débat portant sur la loi «  anti-casseurs », par laquelle le gouvernement a contribué à mettre la thématique de la violence à l’agenda politique, et donc à supplanter en partie la thématique jusqu’ici centrale de la justice sociale et du pouvoir d’achat). Cette centralisé des violences et de la demande d’ordre dans les débats justifie que les citoyens se questionnent sur les méthodes de ce mouvement. 

N'en revient-on pas à une situation analogue à celle qui a précédé les Gilets Jaunes, faite d'une opposition majoritaire à la politique d'Emmanuel Macron sans que celle -ci ne semble trouver de support politique ? 

D’une certaine manière, nous nous trouvons dans une situation où le Grand débat, en permettant la mise en scène médiatique d'un face à face entre le gouvernement/le Président et les Gilets jaunes, a donné le sentiment d’un duel où les oppositions « démocratiques » issues des urnes - LR, PS, RN, LFI… - peinent à trouver leur place. Elles ne dictent pas les thèmes du débat - Emmanuel Macron et les Gilets jaunes le font, qu’il s’agisse du discours sur la violence et l’ordre, ou de revendications comme le RIC - et ont même du mal à avoir voix au chapitre. 

On le voit bien : qu’il s’agisse du PS ou de LR, qui peinent à articuler demande d’ordre et empathie à l’égard des revendications des Gilets jaunes, ou bien du RN et de la FI, qui ont perdu leur rôle de lanceur d’alerte ou de perturbateurs anti-systèmes au profit de gilets jaunes plus « authentiques » car considérés comme ne faisant pas parti du système politique, tous les partis d’opposition peinent à capter les mécontentements. Aujourd’hui, on a le sentiment que les clés du conflit se trouvent entre les mains des Gilets jaunes ou du Gouvernement, pas des oppositions parlementaires...

Cette difficulté de notre système partisan à capter les aspirations et les revendications a en quelques sortes été amplifiée par le grand débat - qui crée l’impression, on le constate à longueur de journée, en regardant les débats opposant, comme hier soir par exemple, le Premier ministre à des Français/Gilets jaunes non encartés et prétendument apolitiques. Car les oppositions instituées sont prises en étaux entre les deux acteurs du débat. Dans le match qui se déroule sous nos yeux, il faut choisir son camp entre le gouvernement et les Gilets jaunes, et les offres politiques alternatives paraissent inaudibles ou peu lisibles. On a souvent dit qu’Emmanuel Macron avait pour stratégie d’organiser son affrontement entre lui (les progressistes) et les « extrêmes », de manière à évacuer les autres offres politiques du débat et à s’arroger le monopole des « raisonnables » ou des « Républicains ». D’une certaine manière, avec le Grand débat, il déploie la même stratégie, mais en organisant un face à face avec les Gilets Jaunes - et ceux qui sont déçus des attitudes de ces derniers, de leurs méthodes, ou du flou de leurs revendications sont ainsi incités, ne serait-ce que par défaut, à se rallier à lui. 

Quelles pourraient être les conséquences que pourrait produire une telle situation ressemblant de plus en plus à un étau ? 

Viendra le moment où, à l’issue du débat, on sortira de l’expectative, et diverses options politiques de sortie de crise se dessineront : le Président proposera les solutions qui lui paraissent les meilleures, et celles-ci seront acceptées ou rejetées par les oppositions (partisanes ou citoyennes), à qui il reviendra alors de proposer des voies alternatives de sortie de crise. 

C’est seulement à ce moment là que le brouillard se lèvera, et que l’on pourra voir si les oppositions parlementaires parviennent à reprendre la main en fédérant autour de leurs solutions/propositions, ou bien si les gilets jaunes parviennent à maintenir leur actuel monopole - en tout cas virtuel et médiatique - sur l’opposition au gouvernement aux yeux de l’opinion publique. Je ne saurais pas trancher entre ces options, mais ce qui me paraît certain au regard de la fatigue montante vis à vis de certaines violences ou nuisances générées par les Gilets jaunes ou ceux qui parasitent leur mobilisation, c’est que lorsque le Président proposera une sortie de crise, les Gilets jaunes ne pourront pas conserver leur aura dans l’opinion au delà du grand débat s’ils ne lui opposent pas une stratégie de sortie de crise crédible et lisible. Car à ce stade, ce qui commence à porter préjudice à l’image de ce mouvement, c’est l’impression qu’il est trop brouillon, hétéroclite, ou bien qu’il aurait la naïveté de demander le beurre et l’argent du beurre, c’est à dire moins d’impôts, plus de services publics, et moins de dette publique. Ces contradictions apparaissent au grand jour grâce au Grand débat et aux tentatives récentes d’organisation d’une liste pour les élections européennes. Or cette option que l’on pourrait appeler « liste au père noël », pour attrayante qu’elle soit, n’est pas véritablement crédible dans une opinion certes en demande de pouvoir d’achat, mais ayant aussi conscience que les services publics coûtent cher, et que nos dépenses sont contraintes. Il n’est donc pas tout à fait certain que, bien qu’une partie des Français pourra être déçue par les propositions Présidentielles à l’issue du débat, les oppositions partisanes classiques ne reprennent pas un rôle central dans le débat.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.

Ces raisons pour lesquelles le marché de l’immobilier n’est pas vraiment favorable à ceux qui veulent se loger malgré des taux d’intérêt historiquement bas

02.

Descente aux enfers : alors que la canicule s’abat sur la France, la culture démocratique s’évapore

03.

Dépenses publiques : Emmanuel Macron s’est-il définitivement converti au chiraquo-hollandisme ?

04.

Ces caractéristiques pas très progressistes qui expliquent paradoxalement que Greta Thunberg soit devenue l’idole de ceux qui croient l’être

05.

Un million de personnes veulent envahir la zone 51 aux Etats-Unis

06.

Quand Donald Trump fait la leçon au patron de la Nasa en lui demandant d'aller sur Mars sans passer par la Lune

07.

Les accusations de racisme et de sexisme portées contre Zohra Bitan pour avoir critiqué les tenues et la “coupe de cheveux sans coupe” de Sibeth NDiaye sont-elles justifiées ? Petits éléments de réflexion

01.

Ces raisons pour lesquelles le marché de l’immobilier n’est pas vraiment favorable à ceux qui veulent se loger malgré des taux d’intérêt historiquement bas

02.

Camille Combal et Heidi Klum mariés en secret ; Karine Ferri &Nabilla, Kate &Meghan : tout était faux !; Libertinage et infidélités lesbiennes : Stéphane Plaza & Miley Cyrus assument; Brad Pitt & Angelina Jolie se réconcilient par surprise

03.

Les accusations de racisme et de sexisme portées contre Zohra Bitan pour avoir critiqué les tenues et la “coupe de cheveux sans coupe” de Sibeth NDiaye sont-elles justifiées ? Petits éléments de réflexion

04.

Lignes de fractures : ce que les drapeaux algériens nous révèlent de l’état des Français (et des nouveaux clivages politiques)

05.

Critiquée pour son poids, Miss France réplique : "Moi au moins, j’ai un cerveau"

06.

Matteo Salvini / Carola Rackete : mais qui représente le plus grand risque pour la démocratie et la paix civile ?

01.

Matteo Salvini / Carola Rackete : mais qui représente le plus grand risque pour la démocratie et la paix civile ?

02.

Face au "séparatisme islamiste" qui menace l’unité de la France, la tentation de "l’autonomie relative"...

03.

François de Rugy a démissionné

04.

Les trois (fausses) excuses de Macron pour ne pas mettre en œuvre son programme de réduction de dépenses publiques

05.

Lignes de fractures : ce que les drapeaux algériens nous révèlent de l’état des Français (et des nouveaux clivages politiques)

06.

Les accusations de racisme et de sexisme portées contre Zohra Bitan pour avoir critiqué les tenues et la “coupe de cheveux sans coupe” de Sibeth NDiaye sont-elles justifiées ? Petits éléments de réflexion

Commentaires (10)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
alam
- 14/02/2019 - 23:02
Les gilets gênent
Les gilets jaunes qui manifestent encore ( à part les marginaux du type zadiste etc...qui recherchent la violence) sont surtout des gens qui sont en quête de sens dans leur vie. Communiquer avec des semblables donne un peu de sel à leur vie.
jurgio
- 14/02/2019 - 15:50
Les Officines s'acharnent à gagner la partie
En ayant fait semblant de maitriser complètement les groupements contestataires, elles tablent sur la crainte et la lassitude, bien sûr, mais surtout sur le réflexe « sous Occupation » des Français, et de la peur de l'An billet de Mille (la diminution des aides !) Du slogan de la Liberté, de l'Égalité, il ne reste plus guère que la Fraternité, qu'il faut entendre sous le sens originel révolutionnaire de « solidarité obligatoire ». La seule valeur résiduelle à laquelle s'accrochent nos citoyens.
AZKA
- 14/02/2019 - 14:34
BFMTV
Radio Paris ment, Radio Paris ment, Radio Paris est....