En direct
Best of
Best of du 3 au 9 août
En direct
© Hauke-Christian Dittrich / dpa / AFP
Commission européenne

Paris proteste sur Alstom-Siemens : entre europhiles ou euroheurtés, mais où en est le gouvernement sur l’Europe ?

Publié le 07 février 2019
Comme prévu la Commission européenne a rejeté le projet de fusion entre Alstom et Siemens.
Les Arvernes sont un groupe de hauts fonctionnaires, de professeurs, d’essayistes et d’entrepreneurs. Ils ont vocation à intervenir régulièrement, désormais, dans le débat public.Composé de personnalités préférant rester anonymes, ce groupe se veut l...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Les Arvernes
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Les Arvernes sont un groupe de hauts fonctionnaires, de professeurs, d’essayistes et d’entrepreneurs. Ils ont vocation à intervenir régulièrement, désormais, dans le débat public.Composé de personnalités préférant rester anonymes, ce groupe se veut l...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Comme prévu la Commission européenne a rejeté le projet de fusion entre Alstom et Siemens.

Atlantico : Ce 6 février, Margrethe Vestager a annoncé l'interdiction de la fusion entre Siemens et Alstom, une décision que Bruno Le Maire "regrette profondément" parce qu'il "considère que c'est une erreur économique, une faute politique qui affaiblit l'Europe". Comment comprendre une telle déclaration alors qu'Emmanuel Macron, tout comme Nathalie Loiseau entament une campagne des européennes sous le signe d'une Europe comme rempart des nationalismes ? 

Les Arvernes : Comme une série de contradictions de plus en matière européenne de la part du gouvernement. 

Première contradiction : l'Europe à deux ou à 28 ? L'Union européenne que semble vouloir Bruno Le Maire, c'est la Ferme des animaux d'Orwell : tout le monde est égal, mais les Français et les Allemands sont plus égaux que d'autres. Il considère par conséquent qu'il faut mettre à bas tout un système de droit européen qui a plus de 25 ans, qui est un des piliers de la construction européenne, adopté à l'unanimité des États membres, pour autoriser une fusion parce qu'il estime que c'est l'intérêt de la France et de l'Allemagne. Il est inutile alors de plaider comme le fait avec des trémolos dans la voix notre gouvernement pour un parlement de la zone euro, pour une réduction du fameux "déficit démocratique" si en réalité, la France ne conçoit pas l'Europe que...comme le couple Berlin-Paris.

Deuxième contradiction :  l'Europe que le macronisme et ses prédécesseurs nous a vendue c'est une Europe de la coopération, du multilatéralisme, une Europe qui n'a aucun ennemi, mais que des partenaires commerciaux, une Europe du "doux commerce" de Montesquieu. Bizarrement, notre gouvernement vient de se découvrir un ennemi,   qui s'appelle la Chine. Comprenne qui pourra !

Quelles sont les divergences des approches entre Berlin et Paris sur cette question, et comment expliquer la décision prise par la Commission en ce sens ?

C'est une décision fondée en droit, sous le contrôle de la Cour de Justice. Cette décision n'est que l'application de ce que les États demandent à la Commission de faire depuis 25 ans. 

Elle nous semble d'autant plus fondée - sans avoir pu en prendre connaissance puisqu'elle n'est pas encore publique et qu'elle doit faire quelques centaines de pages - que, Margrethe Vestager aurait fait l'impossible pour faire plaisir à la France et à l'Allemagne. Elle n'a en effet pas fait mystère de son désir de devenir présidente de la Commission européenne, ce qui rendait indispensable le soutien de Paris et Berlin. Le dossier était probablement indéfendable.

Plus largement, en matière de concurrence, malgré ce qui se répète à l'envie dans les éléments de langage du gouvernement, Berlin et Paris ne sont pas sur la même longueur d'ondes. L'autorité de concurrence allemande, le Bundeskartellamt (Office fédéral de lutte contre les cartels) était ainsi très favorable à une interdiction de la fusion. Or, cette institution est puissante dans le système politique et économique allemand. Par ailleurs, si le gouvernement allemand a soutenu cette fusion du bout des lèvres, c'est aussi que dans un contexte de défaisance globale, de crise majeure du système européen, l'Allemagne essaye de minimiser les sujets de contentieux avec la France. Les Allemands ne veulent pas toujours dire non à la France, mais la réalité ici est qu'ils comprennent et respectent le droit européen. 

D'un point de vue économique Bruno Le Maire - dont il faut se souvenir qu'il est avant tout un diplomate littéraire peu intéressé par les questions économiques et aussi incompétent en économie que tant de ses prédécesseurs - ne sait sans doute pas de quoi il parle. Berlin et Paris sont diamétralement opposés sur ces questions, et ils l'ont toujours été. Les Allemands pensent que le droit de la concurrence est un vecteur fondamental de développement d'une industrie solide et saine et notamment du Mittelstand (les petites et moyennes entreprises). La raison en est simple :  l'enjeu est que les petites entreprises puissent être protégées des plus grandes pour pouvoir se développer. En France, en revanche, nos autorités raisonnent sur la base des grandes entreprises (souvent à capitaux partiellement publics). Le droit de la concurrence a d'ailleurs été introduit pas les Allemands dès 1957 dans les Traités, sans que les Français en perçoivent la puissance et les effets. Ce malentendu est structurant de la construction européenne et l'une des conséquences est la surpuissance de la direction générale de la concurrence (DG-COMP) de la Commission – qui n'a jamais été dirigée par un Français et est aujourd'hui dirigée par un Allemand, avec des allemands à beaucoup de postes clés. Le droit de la concurrence, comme pilier central de la construction européenne, c'est allemand. 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Le sujet vous intéresse ?
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.

Crise de foie, 5 fruits et légumes : petit inventaire de ces fausses idées reçues en nutrition

02.

Jean-Bernard Lévy, celui qui doit faire d’EDF le champion du monde de l’énergie propre et renouvelable après un siècle d’histoire

03.

Manger du pain fait grossir : petit inventaire de ces contre-vérités en médecine et santé

04.

Un été tranquille ? Pourquoi Emmanuel Macron ne devrait pas se fier à ce (relatif) calme apparent

05.

Au Yémen, les Emirats Arabes Unis défendent leurs intérêts... au détriment des Saoudiens

06.

Pourquoi le ralentissement économique occidental n'a que peu de liens avec la guerre commerciale sino-américaine

07.

Comme Richard Ferrand, nous appelons à un « sursaut collectif contre la violence ». Oui, mais contre toutes les violences !

01.

« La France a une part d’Afrique en elle » a dit Macron. Non, Monsieur le Président, la France est la France, et c'est tout !

02.

​Présidentielles 2022 : une Arabe à la tête de la France, ça aurait de la gueule, non ?

03.

Crise de foie, 5 fruits et légumes : petit inventaire de ces fausses idées reçues en nutrition

04.

La saga du Club Med : comment le Club Med résiste à la crise chinoise

05.

Manger du pain fait grossir : petit inventaire de ces contre-vérités en médecine et santé

06.

Peugeot-Citroën : le lion résiste aux mutations mondiales

01.

Ces quatre pièges qui pourraient bien perturber la rentrée d'Emmanuel Macron (et la botte secrète du Président)

02.

"Une part d'Afrique en elle" : petit voyage dans les méandres de la conception macronienne de la nation

03.

« La France a une part d’Afrique en elle » a dit Macron. Non, Monsieur le Président, la France est la France, et c'est tout !

04.

​Présidentielles 2022 : une Arabe à la tête de la France, ça aurait de la gueule, non ?

05.

Quand le moisi (Jean-Michel Ribes) s'en prend à la pourriture (Matteo Salvini)

06.

Italie : quelles leçons pour la droite française ?

Commentaires (2)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
AZKA
- 07/02/2019 - 17:28
Le divorce franco allemand
Pour bientôt.
GP13
- 07/02/2019 - 10:24
Suicide français
Le gouvernement regrette que Siemens n'ait pas pu racheter Alstom.
La désindustrialisation de la France subit là un coup d'arrêt et cela provoque la colère de nos gouvernants.
Tout cela fait penser à un plan concerté d'abaissement de la France dont la faillite serait trop lourde pour l'Allemagne qui serait obligée d'intervenir et prendre en charge les intérêts français. On comprend mieux l'intérêt, dans ces conditions, d'un couple franco-allemand volontairement déséquilibré.