En direct
Best of
Best of du 4 au 10 mai 2019
En direct
© PHILIPPE HUGUEN / AFP
Gilets jaunes
Cahiers de doléances contre les cahiers de l’Insee, « pleins de chiffres faux » ?
Publié le 29 janvier 2019
Cela devait arriver : les gilets jaunes ajoutent les propositions, mais ne veulent pas les chiffrer. Non pas parce que ce serait compliqué, ni même parce que ce serait entrer dans la « logique dominante », mais parce que les chiffres, ceux de l’Insee pour l’essentiel, sont « évidemment » faux !
Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ;...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Jean-Paul Betbeze
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ;...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Cela devait arriver : les gilets jaunes ajoutent les propositions, mais ne veulent pas les chiffrer. Non pas parce que ce serait compliqué, ni même parce que ce serait entrer dans la « logique dominante », mais parce que les chiffres, ceux de l’Insee pour l’essentiel, sont « évidemment » faux !

On commence ainsi par nous répéter les limites du PIB, bien connues depuis un demi-siècle, jusqu’au rapport commandé par Nicolas Sarkozy aux Nobel Joseph Stiglitz, Amartya Sen et à Jean-Paul Fitoussi. Le PIB additionneles valeurs ajoutées des entreprises, qu’elles construisent oupolluent et, pour le secteur public, les salaires des fonctionnaires, indépendamment de l’utilité et de la qualité de leurs prestations ! Pire, ce PIB ne parle ni de de la répartition de cette « valeur ajoutée », ni de la façon dont elle est obtenue (en liaison ou non avec un déficit extérieur), et moins encore de la façon dont elle est financée (épargne ou dette). En effet, parler de déficit extérieur, de déficit budgétaire ou de montée de la dette publique ou privée n’est pas le souci premier des « gilets jaunes ». Il suffit de critiquer le PIB, ce qui permet de ne plus regarder le déficit budgétaire et la dette publique rapportés au PIB, ces deux obsessions de Bercy-Bruxelles !

La critique de l’inflation par l’indice des prix vient alors, puisque les prix augmentent « évidemment » plus que l'indice Insee. On a beau répéter qu’il s’agit d’un indice représentatif de la consommation d’un ménage moyen, à la suite de milliers de relevés (180 000) dans des centaines de lieux de vente (3 000), on fera toujours remarquer que la baguette augmente « terriblement », même si tel n’est pas le cas pour une baguette normale, en oubliant les baisses du téléphone ou de l’ordinateur ou la qualité croissante des biens que l’on achète et la traçabilité de ceux que l’on consomme. Et cette inflation « sous-estimée » va alors permettre aux gouvernants et aux patrons de sous-revaloriser le SMIC et le tauxdu Livret A, continueront nos gilets. Mais, pour le SMIC, s’il monte plus que la productivité, il fait monter les prix. Donc il menace le chiffre d’affaires des PME et TPE, donc leur marge, donc l’emploi des salariés les moins qualifiés.Et pour le Livret A, on oublie qu’il abrite de l’IRPP une part de l’épargne des classes moyennes qui le remplissent. En 2017, 9,7% du nombre des livrets A collectent 47,6% de l’encours !Pour l’épargne sociale, le Livret d’épargne populaireest là, dont on ne parle pas. Il estmieux rémunéré que le Livret A (1,25% contre 0,75%), pour des personnesayant un revenu fiscal pour deux parts inférieur à 29 567 euros en 2017. Augmenter le taux du Livret A, c’estaider les cadres et faire monter les taux des crédits au logement social et aux PME, si l’on veut calculer bien sûr.

En fait, si l’on veut « changer les choses » plus profondément que par des élections ou des référendums révocatoires, ce ne sont pas des« doléances » qu’il faut écrire, mais exploiterlecadre chiffré (et indépendant)qui décrit la situation française : l’Insee. Puis, il faut estimer et comparer les propositions. Pour demander quelque chose, encore faut-il en connaître les effets ! Et, quand on lit que « grâce aux gilets jaunes », les revenus des classes populaires et moyennes vont monter, encore faut-il savoir ce qui va se passer ensuite dans les entreprises et à l’exportation. L’économie, ce sont des chiffres, des comportements, et des boucles d’actions-réactions. Donc il faut étudier, mesurer, prévoir avant dedécider, puis expliquer les choix, puis voir ce qui se passe et corriger. Et ainsi de suite.

Malheureusement, dans les Echos, Joseph Stiglitz écrit le 10 janvier au sujet des inégalités : « Si l'on regarde les chiffres, la France semble mieux lotie que la plupart des pays, mais ce sont les perceptions, non les chiffres, qui comptent » !  Quelle honte, Monsieur le Nobel, vous voilà du côté des fake news ! Toute la science, donc la science économique, consiste à mieux comprendre et à mieux mesurer pour mieux expliquer et améliorer les conditions d’existence. Bien sûr, on ne voit jamais « la réalité », ni ne sait tout comprendre ou mesurer. C’est même pour cela que l’on avance et que la terre n’est plus plate.

Depuis 1789, où les doléances ont laissé place aux « légitimes revendications », nous avons aussi l’Insee, l’OCDE et le FMI. Nous avonsdes systèmes statistiques partout, à tous les niveaux de détail, plus les travaux d’économisteset d’économètres pour expliquer ce qui s’est passé, nos crises et analyser nos erreurs, plus des propositions pour avancer. Ainsi, à côté des demandes de justice sociale et fiscale, de hausse des impôts des « riches » et de baisse de la TVA pour les biens de première nécessité (en supposant que ceci soit possible dans le cadre européen)… il faut, à chaque fois, des explications, des évaluations et des usages alternatifs de l’argent ainsi « gagné » en taxant les riches ou en coupant les excès. Il fautnon seulement savoir « combien ça coûte », « ce que ça rapporte » en termes nets, à qui, à quel terme, compte tenu de la révolution technologique en cours et de ce qui se passe dans ce monde – et surtout s’il n’y a pas mieux à faire.

C’est bien pourquoi il faut plus d’éclairages, si nous voulons renouer avec le… « siècle des lumières », en distinguant les faits des apparences et des symboles. Car les symboles résistent : c’est même leur caractère premier. Aujourd’hui, l’ISF estle symbole français de la quête de l’égalité, bien avant les hausses de l’IRPP et des taxes sur l’héritage. Il rapporteraitautour de 4 milliards, sans prendre en compte son effet sur les « vieux très riches » qui partentet les jeunes qui vont ailleurs, leur start upvendue. La France ne veut pas admettre qu’elle est un pays assez peu inégalitaire : autant que l’Allemagne pour le revenu (OCDE),moins que l’Italie, le Royaume-Uni, les États-Unis, Israël, le Mexique et le Chili, en tête de liste. Pour les patrimoines, il en est de même. En France, 1% des ménages possède 18% du patrimoine, en Allemagne 1% en a 29%, aux États-Unis 1% en a 38%. Oui, il y a de5à 9 millions de pauvres en France, en fonction de la définition que l’on retient, 60 ou 50 % du revenu médian. Oui, c’est un nombre croissant qui touche les jeunes et les immigrés. Mais ce taux de 13,6 % de pauvres(pour 60% du revenu médian) est le plus faible des pays les plus peuplés d’Europe : moins que les 17% de l’Allemagne ou les 19% en Italie et au Portugal. Et ainsi de suite…

« Gouverner, c’est choisir », disait Michel Rocard, qui insistait sur la difficulté des travaux à mener, des hiérarchies puis des choix à faire. Mais il est encore plus vrai que « bien gouverner, c’est bien choisir ». Ceci implique de la bonne information, de meilleures capacités d’analyse et de conviction, le tout au service surtout d’une meilleure « vista ». Apaiser les « gilets jaunes » en roulant à 90 km/h en campagne est une chose. Avoir plus de croissance par plus de formation, en exportant plus et en réduisant le chômage de masse en est une autre, peut-être plus importante. Il est bon que naisse un débat éclairé, autrement dit chiffré, sur nos choix de société pour la France actuelle et plus encore future. Pas ceux de la « prochaine élection », ceux de la prochaine génération.

 

 

 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Le sujet vous intéresse ?
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Cancer : cette découverte sur le cerveau qui ouvre de prometteuses voies de traitement
02.
La Chine détient-elle une arme nucléaire en étant capable de bloquer l’approvisionnement des Etats-Unis en terres rares ?
03.
LREM, UDI, LR ou abstention ? Petit guide pour ceux qui voudraient (vraiment) voter libéral aux Européennes…
04.
Burkini à la pisicine municipale : les périlleuses relations de la mairie de Grenoble avec les intégristes musulmans
05.
Une femme et son bébé percutés par une trottinette électrique à Paris
06.
Les vraies raisons pour lesquelles Bruno Le Maire estime que « l’euro n’a jamais été aussi menacé »
07.
SOS médecins : les hebdos au chevet de l'Europe ; Bellamy laisse Nicolas Sarkozy de marbre et atomise Dupont-Aignan ; L'ami milliardaire qui finance Francis Lalanne ; Valls souffre, le PS meurt (selon lui)
01.
Pôle Emploi n’aime pas qu’on dise qu’il est peu efficace dans son accompagnement des chômeurs mais qu’en est-il concrètement ?
02.
Semaine à haut risque pour Emmanuel Macron : les trois erreurs qu’il risque de ne pas avoir le temps de corriger
03.
Burkini à la pisicine municipale : les périlleuses relations de la mairie de Grenoble avec les intégristes musulmans
04.
Immobilier : l’idée folle de la mairie de Grenoble pour protéger les locataires mauvais payeurs
05.
Cancer : cette découverte sur le cerveau qui ouvre de prometteuses voies de traitement
06.
Le nombre de cancers du côlon chez les jeunes adultes augmente nettement et voilà pourquoi
01.
Mondialisation, libre-échange et made in France : l’étrange confusion opérée par François-Xavier Bellamy
02.
Appel des personnes en situation de handicap ou familles concernées pour sauver Vincent Lambert d’une mort programmée
03.
La bombe juridique qui se cache derrière la décision de la Cour d’appel de Paris de sauver Vincent Lambert
04.
Chômage historiquement bas mais travailleurs pauvres : le match Royaume-Uni / Allemagne
05.
Des experts estiment dans un nouveau scénario que la hausse du niveau des océans pourrait dépasser deux mètres d'ici 2100
06.
Vidéo de Vincent Lambert : son épouse va porter plainte
Commentaires (14)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
Taillardat Jean
- 30/01/2019 - 12:06
Les faits, les chiffres pas de baratin.
J'ai suffisamment œuvré dans et fréquenté les entreprises, publiques ou privées, grandes et moyennes, pour savoir qu'on fait dire aux chiffres ce que l'on veut et que l'analyse de ces chiffres est éminemment politique. De toutes parts, ce qui donne raison à Joseph Stiglitz. Que met-on dans le PIB ? Que veut dire "un ménage moyen " ? Pourquoi parle-t-on d'endettement en pourcentage du PIB alors qu'il devrait être rapporté à la capacité de remboursement ? Pourquoi, pourquoi... Mais un comptable/technocrate ne voit le monde que par les chiffres. Tout en disant, pour se dédouaner, que, bien sûr, on ne connaît jamais "parfaitement" la réalité...
Forbane
- 29/01/2019 - 23:18
« Chiffres faux » de l’INSEE
@JG : tout est dit, merci de votre analyse
JG
- 29/01/2019 - 22:36
@Mr Betbeze 4
7°) Ultime non dit de cette crise , tant le dire est se faire traiter de fachiste : on laisser rentrer en France des centaines de milliers de pauvres gens (200 000 par an au rythme actuel) sans aucune qualification, parlant mal ou difficilement le français, très éloignés des habitus françaises, et dont le niveau de culture , en l'absence d'une politique très volontariste de formation à la langue, l'histoire et la civilisation française , mettront des années avant de pouvoir être intégrés au sein de la société, au risque de créer des communautés parallèles vides d'emplois et pleines de haine, qui seront les ferments d'affrontements redoutables dans l'avenir
8°) Et pour finir , aucun des ces éléments n'a jamais été abordé clairement lors de la précédente campagne présidentielle où un inconnu, assez proche de "l'hubris" en terme d'orgueil, grâce à son intelligence et un très joli complot médiatico-judiciaire, a été élu sur un malentendu, en éliminant un candidat (certes assez mauvais) au premier tour et en se reposant au deuxième tour sur une diabolisation permettant d'éluder tout débat sérieux.
Bref Mr Betbeze, vous faites partie de ces économistes "hors-sol" un peu agaçants...