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Chine : la bataille pour le contrôle de la réincarnation de l’âme du Dalaï lama approche

Publié le 27 janvier 2019
Dans une logique de soft power au-delà de ses frontières, la Chine tente de promouvoir le bouddhisme et chercherait à prendre la main sur le choix de la prochaine incarnation du Dalaï-Lama.
Professeur à l'Institut Catholique de Paris, spécialiste de l'histoire politique et culturelle de la Chine contemporaine, Emmanuel Lincot est également Rédacteur en chef de la revue Asia Focus (IRIS).
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Professeur à l'Institut Catholique de Paris, spécialiste de l'histoire politique et culturelle de la Chine contemporaine, Emmanuel Lincot est également Rédacteur en chef de la revue Asia Focus (IRIS).
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Dans une logique de soft power au-delà de ses frontières, la Chine tente de promouvoir le bouddhisme et chercherait à prendre la main sur le choix de la prochaine incarnation du Dalaï-Lama.

Atlantico : Comment la Chine, régime officiellement athée, peut-elle vouloir décider de la prochaine incarnation du Dalaï-lama ? Quels sont les enjeux de cette potentielle réincarnation pour la Chine ?

Emmanuel Lincot : L'Etat-parti, dut-il être athée, est avant tout laïc. Aucune obédience religieuse n'échappe à son contrôle. La rivalité qui l'oppose au gouvernement tibétain en exil est un héritage de l'histoire, une question d'image et un enjeu stratégique. Pourquoi ? Le Tibet, dans le prolongement du Xinjiang voisin, est l'axe-pivot de la stratégie mise en œuvre par Pékin autour de ce que l'on appelle les Nouvelles Routes de la soie. Ces régions donnent accès non seulement à l'Asie centrale que la Chine convoite mais aussi à l'Inde avec laquelle les relations sont rendues complexes par un très grand nombre de différends frontaliers. En d'autres mots, le dalaï lama et le problème de sa succession est bien sûr un symbole mais aussi une échéance des plus sensibles autour de laquelle se cristallisent à la fois des tensions nationales et des intérêts divergents. Il y a fort à parier que les autorités indiennes se rangeront aux vues de l'actuel dalaï lama - accueilli sur leur territoire depuis 1959 - dans le choix de son propre successeur tandis que le gouvernement chinois soutiendra un candidat à la réincarnation correspondant à ses propres critères. La visite en juin 2015 de Gyaltsen Norbu auprès de Xi Jinping dans la capitale chinoise va naturellement dans ce sens. Mais loin d'être une question de politique intérieure, de facto la question tibétaine sera un sujet de friction majeur entre Pékin et New Dehli pour les années à venir.

Pour quelles raisons la Chine promeut-elle la culture bouddhiste en dehors de ses frontières, investissant par exemple 3 milliards de dollars dans la ville natale du Bouddha (Lumbini) ? Est-ce une forme de "soft power"?

Absolument. Par exemple, l'évocation par Xi Jinping du bouddhisme comme lien mémoriel unissant la Chine à l'Inde avait eu lieu en mai 2015 lors de la visite du premier ministre Narendra Modi à Xi'an et ce, d'une manière très significative, au pied de la pagode de l'Oie sauvage . Rétrospectivement, c'était, je crois, le prélude à un déploiement des intérêts chinois pour le bouddhisme à l'étranger plus ambitieux encore. C'est une façon de poser aussi des jalons pour préparer in fine des visites de pèlerins chinois et ainsi pour mieux les contrôler. La culture comme la religion, dans cette configuration, sont subordonnées à une stratégie politique globale. Pékin encourage par ailleurs la "nationalisation" des courants religieux d'origine étrangère c'est à dire leur appropriation. L'universitaire Ji Zhe a publié un ouvrage convaincant à ce sujet: "Religion, modernité et temporalité. Une sociologie du bouddhisme Chan contemporain" (CNRS, 2016).

Quelle est sa politique vis-à-vis des bouddhistes résidant en Chine ? Pourquoi souhaite-t-elle "siniser" le bouddhisme chinois ?

Les approches sont parfois très différentes d'une région à l'autre, d'une obédience à l'autre. De toute évidence, le clergé lamaïque est de tous le plus contrôlé. Les autorités ne peuvent qu'encourager cette sinisation mais je dirais que celle-ci est un fait constant dans l'histoire chinoise. Des religions s'en trouvent transformées. Le Chan - mieux connu sous son nom japonais de Zen - est la première amorce d'un phénomène d'acculturation observable par ailleurs. Ainsi, existe-t-il un christianisme chinois et des pratiques proprement chinoises quant à leur compréhension des Évangiles. La Chine est un laboratoire des religions. Et pour cause: elles posent la question des valeurs, du sens donné à la vie; question cruciale pour cette société qui depuis plus d'un siècle n'a jamais cessé d'être brutalisée. Le bouddhisme, sinisé ou pas, peut apporter dans ce contexte de crise à la fois réponses et réconfort.  

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Mots-clés :
Chine, Dalaï Lama, bouddhisme
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