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Montagnes russes
Mais pourquoi la bourse française stagne-t-elle depuis 20 ans ?
Publié le 07 janvier 2019
Avec 4600 points le CAC 40 retrouve seulement maintenant le niveau qu'il avait atteint en 1999, alors que le SP500 ou le Dow-Jones ont doublé depuis.
Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.
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Avec 4600 points le CAC 40 retrouve seulement maintenant le niveau qu'il avait atteint en 1999, alors que le SP500 ou le Dow-Jones ont doublé depuis.

Atlantico: En revenant à un niveau proche de 4 600 points, l’indice phare de la Bourse française, revient à un seuil qu’elle avait franchi la première fois en 1999, signalant une forme de stagnation sur 20 ans. Comment expliquer une telle déconvenue, notamment en comparaison des bourses américaines qui affichent des progressions importantes, malgré la crise de 2008, depuis la fin des années 2000 ?

Michel Ruimy: L’année 2018 avait commencé dans une ambiance euphorique sur les marchés mondiaux, les indices battant record sur record, Donald Trump s’auto-congratulant à chaque nouveau sommet atteint par le Dow Jones. Elle s’est achevée dans la déprime pour les investisseurs, la quasi-totalité des places financières de la planète affichant une évolution négative sur l’année.

Le CAC 40 a perdu, après 3 années de hausse, près de 11% en 2018, sa plus forte baisse depuis 7 ans (-17%). A l’époque, les investisseurs s’inquiétaient de la crise de la zone euro et des risques qui pesaient sur la stabilité financière de la région. En 2018, les risques politiques comme le Brexit, le budget italien, le vacillement d’Angela Merkel, la montée des populismes et, en fin d’année, l’impact négatif des « gilets jaunes » sur la croissance française, ont aussi refait surface dans la zone euro, entraînant des sorties importantes de la part des investisseurs.

Hors d’Europe aussi, la chute du prix du pétrole et la mise à exécution des menaces protectionnistes du président américain ont ravivé les craintes de récession économique. Enfin, le ralentissement de la croissance dans la zone euro, dans le sillage notamment de l’Allemagne, pénalisée par le ralentissement des importations chinoises, a aussi pesé sur la tendance boursière.

Si la situation actuelle est plutôt morose, l’ambiance, à la fin des années 1990, était pour le moins euphorique. L’indice phare de la place de Paris touchait, en septembre 2000, son record historique, cotant près de 6 950 points en séance, dopé par une bulle Internet phénoménale. Vingt ans plus tard, la Bourse retrouve son niveau initial mais elle a dû passer par de nombreuses « montagnes russes ».

La différence avec ses consœurs outre-Atlantique résulte de plusieurs choses : le dynamisme de l’économie américaine, une activité des entreprises financée par un recours aux marchés financiers alors qu’en France, ce financement passe essentiellement par les banques, des retraites par capitalisation, avec des sommes importantes investies sur les marchés, par opposition aux retraites par répartition de notre pays où les actifs paient pour les inactifs et puis, surtout une frilosité nationale à l’égard des investissements boursiers.

Alors que le contexte économique s’annonce particulièrement difficile en ce début d’année, quelles sont les anticipations à faire concernant la bourse française pour l'année 2019 ?

Après une année 2018 plus compliquée que prévu pour les investisseurs, les thèmes qui ont entraîné des turbulences sur les marchés financiers, interconnectés entre eux, le dernier trimestre, devraient rester présents au cours de l’année à venir.

Tout d’abord, la menace d’un ralentissement économique se fait plus pressante. En 2019, la croissance mondiale devrait se situer entre 3 et 3,5%. Le cycle économique devrait rester le principal moteur des marchés. Cependant, l’écart de croissance entre les pays émergents et les pays développés devrait de nouveau se creuser, avec le ralentissement attendu des Etats-Unis et la confirmation de l’affaiblissement de l’Europe. Il faut être très prudent sur les six premiers mois de l’année. Ensuite, certains éléments seront plus positifs, dont l’impact de la relance en Chine, qui est, justement, avec les Etats-Unis, le principal point d’interrogation macroéconomique en 2019. La Chine va faire face à l’impact de la hausse des tarifs douaniers et a besoin de contrôler la hausse de l’endettement. Son plan de relance sera-t-il aussi efficace que par le passé ? Les statistiques le diront assez vite. Autre inconnue : les Etats-Unis. L’effet de la réforme fiscale de Donald Trump va s’estomper. La croissance économique anticipée se situe aux alentours de 2 à 2,5% en 2019. C’est d’ailleurs la question qui va agiter les marchés tout au long de l’année. Les craintes d’un ralentissement sont le principal facteur de risque pour 2019. S’il n’est pas imminent, il devrait grossir au courant de l’année pour devenir important en 2020.

Ensuite, des risques politiques et géopolitiques sont toujours présents. Après une année 2018 marquée par un agenda politique chargé, 2019 s’annonce aussi comme une année potentiellement agitée, avec beaucoup de défis politiques : élections en Inde, en Afrique du Sud, en Grèce, au Canada et en Argentine, mais ce sont les incertitudes dans la zone euro, avec le Brexit, les relations potentiellement conflictuelles entre Bruxelles et Rome, la forte poussée des mouvements populistes… qui devrait concentrer l’essentiel des rendez-vous en attendant le démarrage de la campagne présidentielle américaine en fin d'année.

Par ailleurs, les bénéfices des entreprises sont moins bien orientés. En 2018, les profits des entreprises du S&P 500 vont bondir de plus de 20%. Une flambée qui aurait dû nourrir la hausse de Wall Street. Ce fut le cas jusqu’à l’été. Mais, depuis quelques semaines, les investisseurs craignent plutôt la fin d’une époque qui a porté les marges des entreprises à un niveau record, avec beaucoup de dispersion selon les secteurs. Mais, les résultats des firmes dépendront aussi et surtout de la croissance.

Enfin, la fin des politiques monétaires accommodantes. 2018 a été marquée par le regain de volatilité et ce n’est pas près de s’arrêter. Un changement de régime est à l’œuvre et la finance rentre dans une deuxième phase caractérisée, à court terme, par le retrait progressif des mesures non conventionnelles, une hausse généralisée des taux directeurs et la réduction du bilan des banques centrales. Cet arrêt progressif du soutien monétaire sans précédent, bien que soigneusement contrôlé et clairement annoncé, est, par nature, source d’incertitudes, ce qui entraîne une volatilité plus élevée et des conditions de marché moins favorables.

Quelles seraient les améliorations structurelles à apporter, aussi bien en France que dans la zone euro, qui pourraient permettre une progression des valorisations françaises ?

Tout d’abord, il faudrait orienter l’épargne des Français vers la Bourse. Pour cela, il faudrait d’une part, que ceux-ci soient moins avers au risque c’est-à-dire qu’au lieu de rechercher des déductions ou réductions fiscales, il faudrait que la prise de risque soit intégrée à leurs comportements. Or, la crise financière de 2008 et les soubresauts financiers récents ne les a pas réconciliés avec la Bourse.

D’autre part, il serait souhaitable que les établissements bancaires offrent à leur clientèle plus systématiquement des produits orientés vers la Bourse que de défiscalisation mais également les entreprises doivent rechercher plus automatiquement à s’introduire en Bourse plutôt que de recourir aux financements bancaires. La procédure d’introduction doit être facilitée.

Enfin, devant les difficultés de financement des retraites, il faudrait également rendre obligatoire la souscription, pour les jeunes entrant sur le marché du travail, d’un plan d’épargne entreprise investi en actions.

Dès lors, à quand un retour aux 7 000 points ? Même en attendant trois ans, il faudrait que l’indice grimpe de 15% par an. Pour justifier un tel engouement pour les marchés d'actions - particulièrement délaissés -, il faudrait que tout aille mieux, avec notamment des niveaux de croissance des Produits intérieurs bruts européens et américain proches de 3%... Mais pour l’instant, le programme est autre. 7 000 points dans cinq ans ? Le taux de croissance moyen du CAC 40 devrait être de 9%. Cela paraît encore bien utopique. Dix ans ? L’indice devrait alors prendre 4,5% par an. Peut-être mais il faut être patient…

 

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J'accuse
- 07/01/2019 - 17:47
C'est toujours les petits qui perdent
"Une frilosité nationale à l’égard des investissements boursiers" est une conséquence, pas une cause. Comment voulez-vous que des épargnants aient envie de risquer leur petit capital en bourse, pour au mieux ne rien gagner en 20 ans, au pire en perdre une bonne partie ?
Et une proposition serait de rendre obligatoire un plan en actions pour les jeunes actifs ? Le but est-il de faire fructifier l'épargne, ou de booster la bourse aux dépens des petits épargnants.
Je propose plutôt que les banques aient l'obligation de garantir des plans en actions; c'est la banque qui perdrait si les actions baissent, et pas l'épargnant. Aujourd'hui c'est le contraire: les banques gagnent même si l'épargnant perd. Là, vous auriez des liquidités qui viendraient financer les entreprises. N'est-ce pas ce qu'on veut ?
Les banques se sucrent suffisamment avec leurs petits clients: à elles de prendre des risques pour eux.
jfakar
- 07/01/2019 - 16:28
Paris, une Place accessoire
1 : Paris représente 3% de la capi mondiale, contre 55% pour les USA. Donc, c' est un marché marginal et non liquide pour les grandes gestions. On y vient pour faire un coup, pas pour investir.
2 : Les épargnants français conservent le souvenir des taxations confiscatoires des socialistes ( cf. "Les pigeons"). Et il est mal vu de se dire actionnaire et boursier dans une culture officielle qui condamne le "profit" , mot négatif plus employé que celui de bénéfice.
3: L' administration est dirigiste (plus que jamais...) et d' accord avec la gauche et le MEDEF pour refuser les fonds de pension d' entreprises qui pourraient peser dans les AG ( disent le MEDEF et le Trésor) et qui feraient participer les travailleurs à leur propre exploitation,(disent la CGT et FO).
Tant pis si les dividendes partent chez les retraités étrangers plus que chez nous. Monory , avec ses 5000 F annuels, avait démontré que ça peut changer, ainsi que Madelin; mais ce n' étaient pas des super-diplômés, donc plutôt des ploucs roulant en diésel...
DESVESSIESPOURDESLANTERNES
- 07/01/2019 - 11:55
In the Wall ,out of Street !
Pendant que d’autres accumulaient les soldes positifs,nos zelites faisaient du déficit public et commercial.L’avidite de certains , l’impot , les normes ..parachevant l’oeuvre de destruction massive de l’emploi créateur de richesse .
Adieu bijoux de famille Arcelor,Pechiney..Alcatel..autoroute..sfr..Alstom..Veaux vaches cochon Lafarge et Naturex !!!
Ajoutez une louche de délocalisation inopportune,une inadéquation entre enseignement dispensé et emploi offert,une autre louche de comptes sociaux non-gérés et déresponsabilisants et vous avez un chômage horrifiant !
Factuellement seuls les gains en bourse sont imposés ..et les pertes non déductibles des revenus aggravant ainsi l’aversion à la bourse (ou 80 % des petits porteurs se font rincer) ....et bonjour la faillite des retraites par capitalisation ( ouf on y a échappé !! Pour l’instant !?)
Donc rien que de plus normal qu’un CAC déclinant pendant que Dax ,Dow ....asiatiques progressent.La sortie de route etait programmée et donc prévisible.Mettez vos gilets jaunes !