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Dangers de l’hypertension

L’étude qui montre qu’une personne sur quatre âgée de plus de 25 ans aura un AVC : et voilà comment minimiser les risques

Publié le 03 janvier 2019
Face à cette maladie de civilisation, la lutte contre le tabagisme et les plaidoyers sur les bienfaits de l'activité physique sont plus importants que jamais.
Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier. 
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Face à cette maladie de civilisation, la lutte contre le tabagisme et les plaidoyers sur les bienfaits de l'activité physique sont plus importants que jamais.

Atlantico : Une étude publiée dans le "New England Journal of Medecine" a analysé des données et statistiques (par pays, par région et globalement) et a comparé les résultats avec une précédente enquête menée en 1990. En comparant, les chercheurs se sont rendu compte que le risque de faire un AVC au cours de sa vie avait progressé pour atteindre 24.9% contre 22.8% en 1990. Comment expliquer cette augmentation ?

Stéphane Gayet : L'accident vasculaire cérébral (AVC) est un événement de santé fréquent et très grave. Dans sa forme la plus courante et la plus typique, il commence par une privation aiguë de sang dans une partie (territoire) du cerveau, soit du côté gauche (hémisphère dominant pour un droitier), soit du côté droit. Cette privation aiguë de sang (ischémie) est habituellement due à l'obstruction d'une (petite ou moyenne) branche artérielle cérébrale par une plaque d'athérome (provenant de la paroi d'une grosse artère) ou par un thrombus ("caillot"). Quand il s'agit d'un thrombus, il peut provenir d'une cavité gauche du cœur (oreillette gauche ou ventricule gauche). Un accident vasculaire cérébral de type ischémique est une urgence médicale absolue : un traitement pratiqué de toute urgence – au plus tard quatre heures après son tout début - peut éviter l'évolution vers une nécrose cérébrale localisée (infarctus cérébral constitué) avec ses complications et séquelles pouvant être dramatiques et cela pour le restant de la vie. Car l'AVC constitué (infarctus cérébral irréversible) est presque constamment responsable d'un déficit moteur (paralysie plus ou moins complète et étendue d'un côté du corps), d'un déclin cognitif (régression intellectuelle) et d'un état dépressif réactionnel. En moyenne, sept AVC sur huit sont de type ischémique ; les autres AVC (un sur huit) sont essentiellement de type hémorragique (saignement intracrânien).

Les manifestations cliniques d’un AVC débutant peuvent être une paralysie parfois discrète d’un ou deux membres d’un même côté, une déformation de la bouche, des troubles de la parole (élocution difficile, propos incohérents), des troubles de la vue ou encore un quelconque trouble neurologique apparaissant subitement. Si un AVC est présumé, appeler le 15.

Chaque année, l’AVC frappe de l'ordre de 130 000 personnes en France et plus de 16 millions dans le monde. L’incidence (le nombre de nouveaux cas chaque année) augmente fortement avec l’âge (30 % des AVC surviennent chez des sujets de plus de 80 ans), mais il y a tout de même 25 % des victimes d'AVC qui ont moins de 65 ans. On estime aujourd'hui à environ 750 000 le nombre de Français ayant fait au moins un AVC, dont 500 000 ont des séquelles ; environ un tiers des patients ne peut plus marcher sans assistance. L’AVC représente ainsi la première cause de handicap acquis de l’adulte en France

Comment peut-on expliquer l’augmentation significative constatée entre 1990 et 2016 de l’incidence des AVC ?

L’accident vasculaire cérébral (AVC) de type ischémique (sept huitièmes des AVC) est une maladie liée à l’âge. L’âge est en effet le premier facteur de risque non modifiable d’AVC. Dès l’instant où l’on voit augmenter l’espérance de vie à la naissance dans une population, on y voit également augmenter l’incidence (le nombre de nouveaux cas qui apparaissent dans une population au cours d’une année) - et donc le risque qui est estimé à partir de l’incidence – des maladies liées à l’âge, telles que les accidents vasculaires cérébraux, les démences séniles et l’insuffisance rénale chronique, mais aussi les cancers en général (pour ne citer que les principales).

La deuxième raison de cette augmentation se trouve également du côté des facteurs de risque modifiables d’AVC. Les facteurs de risque modifiables les plus importants sont, par ordre décroissant, l'hypertension artérielle (HTA) prolongée pendant des années (chronique), l'inactivité physique, le tabagisme, le diabète et l'alcool. On peut remarquer que ces différents facteurs sont interdépendants : l’inactivité physique favorise l’HTA et le diabète de type 2. Le tabagisme, le stress et le diabète de type 2 favorisent l’HTA. Une consommation excessive et chronique d’alcool (au-delà de trois verres par jour) favorise le diabète de type 2 (en revanche, une consommation modérée d’alcool pourrait peut-être, dans une certaine mesure, prévenir le diabète de type 2).

Le tabagisme reste très répandu dans de nombreux pays développés et l’on constate une forte tendance à l’inactivité physique dans ces mêmes pays, qui est largement due au phénomène mondial d’urbanisation des populations. L’HTA est encore trop souvent méconnue et donc négligée dans de nombreuses populations. Rappelons qu’elle est très longtemps silencieuse sur le plan clinique (aucun symptôme).

Les variations géographiques du risque d’AVC au cours de la vie dans les différents pays du monde s’expliquent à la fois par les variations de l’espérance de vie à la naissance et par les facteurs de risque modifiables que nous avons vus. C’est ainsi que la faible incidence de l’AVC dans les pays d’Afrique subsaharienne est liée en bonne partie à la faible espérance de vie à la naissance (importante mortalité infantile et chez les adultes jeunes et d’âge mûr).

Quels sont les facteurs qui augmentent les risques de faire un AVC ?

Les facteurs de risque d’AVC sont nombreux et varient selon le type d’accident vasculaire (ischémique ou hémorragique). L’hypertension artérielle (HTA) est le facteur de risque le plus important, d’une façon générale et plus particulièrement pour les AVC hémorragiques. On estime que l’HTA chronique (prolongée pendant des années) multiplie le risque d’AVC par quatre, ce qui est énorme. De fait, plus de la moitié des AVC surviennent dans un contexte d’HTA chronique.

Parmi tous les facteurs de risque d’AVC, il est utile de distinguer les facteurs non modifiables des facteurs modifiables.

Les facteurs de risque d’AVC non modifiables sont l’âge, le sexe masculin, les antécédents familiaux et semble-t-il dans une certaine mesure l’origine ethnique (les sujets à peau noire seraient plus à risque d’AVC). Ce sont là des facteurs de risque aussi bien pour les AVC ischémiques que pour les AVC hémorragiques.

Les facteurs de risque d’AVC modifiables sont l’hypertension artérielle ou HTA, l’inactivité physique, le diabète (de type 2 essentiellement) et l’alcool. Il s’agit des facteurs de risque communs aux AVC ischémiques et hémorragiques.

Le rôle de l’inactivité physique est mis en évidence par la plupart des études, mais il est difficile à quantifier du fait de l’absence de définition et de critères faisant l’objet d’un véritable consensus. Il faut souligner le fait que l’inactivité physique est elle-même un facteur de risque d’HTA et de diabète de type 2. Le diabète de type 2 multiplie le risque d’AVC par un et demi. La notion d’alcoolisme chronique est toujours délicate à aborder et particulièrement en France, en raison de la place du vin dans la gastronomie et des habitudes alimentaires ancestrales. On estime qu’il existe une augmentation progressive du risque d’AVC au-delà de trois verres standard par jour (un verre standard d’alcool contient 10 grammes d’alcool pur, ce qui représente un verre de 10 cl de vin à 12 %). Mais il faut rappeler qu’il n’existe pas de seuil pour le risque cancérogène.

Les facteurs de risque propres aux AVC ischémiques et modifiables sont le tabagisme, l’hypercholestérolémie, l’obésité abdominale (son rôle semble moins net que pour l’infarctus du myocarde), la contraception orale (faible augmentation du risque), le traitement hormonal substitutif de la ménopause, la consommation de certaines drogues (cannabis, cocaïne…) et le syndrome d’apnées du sommeil (SAS). Le tabagisme chronique multiplie par deux le risque d’AVC ischémique : c’est un important facteur de risque d’athérome des artères carotides qui donnent naissance aux artères cérébrales. L’hypercholestérolémie multiplie le risque par un et demi : ce facteur de risque majeur de l’infarctus du myocarde est un facteur de risque plus accessoire des infarctus cérébraux.

Parmi les facteurs de risque propres aux AVC hémorragiques et modifiables, on a essentiellement mis en évidence le rôle de l’hypocholestérolémie, qui reste cependant à préciser.

Doit-on conclure alors à un échec des politiques de prévention concernant le tabac et de manière générale plaidant pour une meilleure hygiène de vie ?

Le simple vieillissement d’une population y entraîne ipso facto une augmentation de l’incidence des AVC, et cela malgré l’amélioration de la prévention, notamment par une meilleure prise en charge des facteurs de risque vasculaire.

Les facteurs de risque modifiables qui émergent sont finalement le tabagisme et l’inactivité physique. Les deux ainsi que le stress favorisent l’hypertension artérielle (HTA).

L’être humain d’aujourd’hui vit plus souvent qu’il y a 15 ans en ville et a moins d’activité physique qu’il y a 15 ans. Il est également probable que la vie urbaine soit plus stressante que la vie rurale. Le stress est difficile à mesurer, mais c’est un facteur de risque cardiovasculaire bien établi.

Il est certain que l’un des objectifs à atteindre sur le plan mondial est la réduction du tabagisme à un niveau résiduel aussi faible que possible. Le rôle joué quantitativement par la consommation de drogues est particulièrement difficile à préciser.

C’est sans doute sur l’activité physique qu’il faut particulièrement insister : elle paraît salvatrice, protégeant de l’obésité, de l’hypertension artérielle et des principales maladies cardiovasculaires, du diabète de type 2, de la dépression ainsi que de plusieurs cancers. Elle permet de surcroît de faire baisser le stress.

En conclusion, on peut dire que les AVC sont des maladies de civilisation : les populations ont tendance à vieillir, à s’urbaniser, à réduire leur activité physique et à augmenter leur stress quotidien. Si l’on ajoute leur tendance à adopter une alimentation de plus en plus industrielle et une ration calorique excessive, on réunit les principaux facteurs de risque des AVC, auxquels il faut encore ajouter une augmentation régulière des traitements hormonaux substitutifs de la ménopause. Mais tout cela ne doit pas faire oublier qu’il est possible d’enrayer un AVC ischémique pris en charge dans les quatre heures de son évolution, grâce aux compétences et aux plateaux techniques neurovasculaires (SAMU : appeler le 15).

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OLYTTEUS
- 06/01/2019 - 19:24
AVC
l'inactivité physique,autrement dit la sédentarité est un tueur silencieux; statistiquement,l'homme perd 10 années de vie en étant sédentaire; une activité physique douce, de type marche quotidienne à son rythme,30 à 45mn, a une action jusqu'à nos chromosomes,
c'est donc une action très puissante.