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Le Bitcoin est-il condamné à la déchéance si ses cours continuent à baisser mais que le coût de son minage se maintient ?
Publié le 09 décembre 2018
C'est l'hécatombe sur le marché des crypto-monnaies. Le cours de la première d'entre elles, le bitcoin, est passé sous la barre des 3 000 euros sur les principales plateformes d’échange, son plus bas niveau depuis août 2017, soit une perte de plus de 80% en un an.
Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.
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C'est l'hécatombe sur le marché des crypto-monnaies. Le cours de la première d'entre elles, le bitcoin, est passé sous la barre des 3 000 euros sur les principales plateformes d’échange, son plus bas niveau depuis août 2017, soit une perte de plus de 80% en un an.

Atlantico : Les cryptomonnaies, et notamment la plus emblématique - le Bitcoin - connaissent actuellement une importante chute de leurs cours. Quelles en sont les raisons ?

Michel Ruimy : Bien qu’il soit toujours délicat d’expliquer de tels mouvements de prix, plusieurs explications, qui ne s’excluent pas mutuellement, peuvent être avancées pour tenter de comprendre les raisons de cette descente. La première, aujourd’hui bien connue, est l’implication croissante des États pour réguler ce secteur économique, qui leur échappait il y a encore quelques années. La seconde serait d’ordre plus technique, liée à la fragmentation des monnaies, avec un nombre croissant de projets alternatifs basés sur le bitcoin. Enfin, la troisième relève de la sphère financière avec des mouvements spéculatifs liés à la déconfiture des marchés boursiers traditionnels depuis quelques semaines. A la suite de la tendance baissière de ces derniers mois, de nombreux investisseurs en sont venus à considérer que les niveaux atteints nécessitaient une mesure de « stop-loss » (perte maximale que l’investisseur souhaite prendre sur une position en bourse), ce qui expliquerait le grand nombre de liquidations qui ont eu lieu.

Ainsi, ceux qui ont acheté au plus haut, en décembre dernier, auront bien du mal à rentabiliser leur investissement. Si certains ont été raisonnables et n’ont investi que les fonds qu’ils pouvaient se permettre de perdre, d’autres ont mis tous leurs espoirs dans le bitcoin. Aux Etats-Unis, certains ont même misé de l’argent qu’ils n’avaient pas. Selon une étude du site de rachat de dette étudiante LendEDU, menée fin d’année 2017, auprès d’investisseurs actifs sur le marché du bitcoin, 18% des répondants avaient déclaré avoir acheté des bitcoins avec leur carte de crédit et 90% d’entre eux relataient qu’ils comptaient rembourser leurs dettes en utilisant les profits de leur investissement.

Les autres grands perdants côté entreprises sont les start-up qui ont réalisé des Initial Coin Offerings (ICO). Ces levées de fonds en cryptomonnaies leur permettent de se financer en échangeant la monnaie (token) qu’elles ont créée contre d’autres devises virtuelles, le plus souvent des bitcoins ou des ethers. Si ces sociétés convertissent une partie des fonds récoltés en euros, dollars ou toute autre monnaie fiduciaire pour payer leurs équipes et s’acquitter d’autres dépenses, elles tiennent également à conserver des cryptomonnaies, à la fois, pour assurer le fonctionnement technique de leur plateforme et parier sur l’augmentation de leur valeur. Les entreprises qui sont passées par des ICO ont donc vu la valeur de leur levée de fonds s’effondrer. Quant aux plateformes d’échange de cryptomonnaies, qui en possèdent évidemment de grandes quantités, la baisse n’est pas forcément une mauvaise nouvelle pour leur activité. Elle pourrait même leur profiter à la faveur d’une remontée des cours.

N’oublions pas que plusieurs signaux incitaient toutefois à la prudence, à commencer par la mise en garde des autorités et des établissements bancaires eux-mêmes, qu’il s’agisse de la Commission européenne, de BNP Paribas, de l’Autorité des marchés financiers ou bien de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution, qui dépend de la Banque de France. Tous pointaient du doigt la volatilité extrême de la devise. C’est pourquoi, il faut rappeler que les cryptomonnaies sont des produits d’investissement hautement fluctuants c’est-à-dire que le capital investi est assujetti à un risque mais que vous ne perdrez jamais plus que le montant placé sur chaque position.

La baisse récente et continue des cours des cryptomonnaies est-elle le signe d’une dynamique persistante ? Plusieurs observateurs des cryptomonnaies restent persuadés qu’elles disposent toujours d’un avenir. Est-ce le cas, selon vous ?

En l’espace d’un an, le prix du bitcoin est devenu méconnaissable. Alors qu’elle valait un peu plus de 16 000 euros à la mi-décembre 2017, la cryptomonnaie affiche un tout autre profil cette année :sa valeur a perdu 10% en 24 heures, - 20% en une semaine, - 50% en un mois ! Aujourd’hui, son cours est passé sous la barre des 3 000 euros sur les principales plateformes d’échange, son plus bas niveau depuis août 2017, soit une perte de plus de 80% ! Et la chute, pour l’instant, continue.

La dégringolade à laquelle est confronté le Bitcoin est d’ailleurs générale :la plupart des cryptomonnaies, qu’elles en soient dérivées, comme le Bitcoin Cash ou le Bitcoin Classic… ou non,comme l’Ethereum ou le Litecoin…, connaissent à peu près le même effondrement. Les montants ne sont simplement pas les mêmes, le phare restant le Bitcoin.

L’an passé, alors que la hausse très rapide des cours a été essentiellement soutenue par les investisseurs particuliers, la confiance s’est petit à petit effritée tout au long de l’année 2018. Dans ce contexte, l’émergence de cette « bulle » a déconcerté nombre d’institutions financières qui ont marqué leur distance à son égard. Certains analystes avaient, au début de l’année, notamment déjà anticipé une baisse d’intérêt pour le sulfureux actif.

Toutefois, le bitcoin, qui fête cette année ses 10 ans, cette « émanation maléfique » de la crise financière, et d’une manière générale, l’écosystème des cryptomonnaies a un potentiel, particulièrement pour stocker de la valeur, notamment dans les pays où les monnaies fiduciaires sont régulièrement dévaluées. En effet, ces monnaies virtuelles bénéficient de l’instabilité monétaire. En théorie, certains pays,qui vivent des crises économiques majeures,pourraient paver la voie de leur succès : la perte de confiance des citoyens dans la monnaie nationale pourrait représenter une opportunité pour leur démocratisation. Elle serait aussi un grand pas d’un poids de vue social, politique et économique car le Bitcoin, comme actif desubstitution aussi instable soit-il, est plus stable, pour beaucoup de personnes, que leur propre monnaie.

Toutefois, les cryptomonnaies n’en sont qu’à leurs débuts au plan économique, et il y a encore énormément de chemin à faire avant de les voir se démocratiser. En tant qu’outil de spéculation, la porte du casino est ouverte… Mieux vaut s’intéresser à leur ADN : la blockchain, qui est une chaîne de blocs d’informations qui permet d’enregistrer, de suivre, d’authentifier et de valider toutes les transactions effectuées. Cette technologie est tellement élégante et innovante qu’elle est devenue un modèle à part entière, indépendamment de la cryptomonnaie pour laquelle elle a été initialement créée. Et elle intéresse désormais, non seulement les institutions financières traditionnelles, mais également de nombreux secteurs d’activité pour lesquels l’exactitude et l’inaltérabilité des données sont essentielles (actes notariés, énergie, cadastre, etc.).

Les cryptomonnaies répondent à un besoin d’une partie des acteurs économiques mondiaux. Que faudrait-il pour leur assurer une plus grande stabilité ?

Au plan de l’usage, le bitcoin n’est pas parfait. Une de ses limites les plus décriées est liée au fait qu’il ne gère pas plus d’une dizaine d’opérations par seconde, ce qui paraît bien peu à côté des 24 000 transactions par seconde gérées par les systèmes de cartes bancaires.

Au plan financier, l’idée de marchés à terme du bitcoin, notamment aux Etats-Unis, permettant aux investisseurs de spéculer, pourrait stabiliser le cours des monnaies virtuelles, le spéculateur achetant à contre sens de la tendance.

Mais, certains faits sont préoccupants.

Tout d’abord, alors qu’il avait été créé pour pallier les défaillances et les abus des monnaies centralisées, le système est aujourd’hui entièrement contrôlé par une poignée de personnes, qui ont décidé de s’en servir comme d’une arme économique que les grandes puissances financières occidentales n’avaient pas vue venir. Car aujourd’hui, c’est un fait établi, l’essentiel de la blockchain du bitcoin est contrôlé par des opérateurs chinois, une véritable mine d’or dont ils n’entendent pas être dépossédés. En contrôlant le réseau, ils l’empêchent de s’étendre et évitent que d’autres prennent part au système.Ainsi, l’écosystème du bitcoin est passé d’une communauté transparente et ouverte à une organisation ombrageuse et dominée par la censure. En d’autres termes, un fonctionnement même de la blockchain qui se veut démocratique mais dont les administrateurs semblent motivés par d’autres intérêts que l’intérêt général.

Ensuite, les nombreuses cyber-attaques dont fait l’objet le réseau bitcoin, des attaques de plus en plus difficiles à contrer dans un contexte où les défections deviennent nombreuses, car les partisans de la première heure ont fini par partir, dégoûtés par le tour qu’ont pris les évènements.

Enfin se pose clairement la question de la solvabilité du système et il évoque en creux l’éventualité d’une banqueroute globale qui ferait disparaître plusieurs milliards de dollars d’un simple clic.

Dans ces conditions, difficile de considérer le bitcoin comme plus sûr que nos euros ou nos dollars…

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Mots-clés :
bitcoin, Crypto-monnaies
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