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Mauvais signal en provenance des matières premières : vers un nouveau ralentissement économique en 2019
Publié le 19 novembre 2018
Baisse du PIB allemand en ce T3 2017 (-0.2%), chiffre décevant pour la croissance de la zone euro (+0.2% au T3 2017), chute de 25% des prix du pétrole, baisse des prix du cuivre.
Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.
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Baisse du PIB allemand en ce T3 2017 (-0.2%), chiffre décevant pour la croissance de la zone euro (+0.2% au T3 2017), chute de 25% des prix du pétrole, baisse des prix du cuivre.

Atlantico : Comment anticiper la conjoncture économique qui se profile en Europe pour cette année 2019 ? N’est-on pas à la veille de certaines désillusions ?

Michel Ruimy : Pour 2019, il y a quelques mois, nous aurions pu dire que l’activité aurait été a priori soutenue par la croissance du commerce international, par une progression de l’investissement des entreprises et par une hausse de la consommation des ménages due à une progression du pouvoir d'achat des ménages suite à la baisse des prélèvements.

Mais la prévision d’une croissance de 1,7% l’an prochain s’inscrit surtout dans un contexte international marqué par des incertitudes particulièrement élevées. Et ceci portera à conséquences. Car, si la prévision de déficit public de cette année (2,6%) et de l’an prochain (2,8 %) est plausible, sa réduction ne pourrait être que de nature conjoncturelle grâce à une croissance relativement élevée, ce qui conduit à dire que l’ajustement structurel affiché pour l’année 2019 (0,3% du PIB après 0,1% en 2018) est, lui, discutable. Autrement dit, le déficit structurel qui reste à un niveau élevé, ne se réduirait que lentement au regard des règles européennes et la France n’aura pas encore amorcé, en 2019, le mouvement de réduction de son ratio d’endettement public à la différence de la quasi-totalité des pays européens.

A l’heure des tensions commerciales qui pourraient bien faire flancher le dynamisme économique, notamment du fait du ralentissement de l’économie chinoise, mais également d’autres risques comme les fluctuations du prix du baril de pétrole et le cours de l’eurodollar qui se font jour, cette situation persistante est de nature à limiter significativement les marges de manœuvre de la politique budgétaire en cas de fort ralentissement de l’activité économique. Emmanuel Macron est prévenu.

En outre, le problème est que ce que l’on a perdu sur la première moitié de l’année ne sera pas récupéré. N’oublions pas que l’année a commencé pour les ménages avec la hausse de la CSG et une fiscalité punitive, en particulier sur les carburants, raisons notamment pour lesquelles la croissance sera vraisemblablement plus faible qu’en 2017. L’accélération de croissance que l’on attend en 2019 dépendra donc principalement du consommateur, aujourd’hui aux abonnés absents. Dès lors, tout reposera sur sa confiance dans l’avenir.

Or, les Français remplissent davantage leur tirelire, en plébiscitant les placements sécurisés. Le taux d’épargne a progressé depuis le début de l’année en raison de leur inquiétude concernant la situation économique, et notamment le risque chômage, et par une inflation à la hausse qui incite à provisionner davantage de capitaux pour couvrir ses dépenses futures.

Emmanuel Macron nous avait donné rendez-vous en 2019 pour les premiers résultats de sa politique. Je crains malheureusement qu’au vu de la situation actuelle et à venir, nous allons vers de nouvelles désillusions.

Du remplacement de Mario Draghi à la tête de la BCE en novembre 2019, à une probabilité de No deal dans le cas du Brexit, à un renforcement de la guerre commerciale avec les États-Unis ou à une nouvelle crise avec l’Italie, quelles sont les menaces les plus sérieuses qui planent encore sur l’économie européenne pour cette année qui s'annonce ?

Face à ces différents risques, mais il convient aussi de considérer le résultat des élections européennes de fin mai, le ralentissement vraisemblablement de la croissance américaine, et encore d’autres risques qui n’apparaissent pas encore, les réactions de la Commission européenne et surtout celle de la BCE, qui arrêtera, à la fin de l’année les rachats de dettes publiques et privées, seront particulièrement observées. Devant le contexte évoqué, la banque centrale européenne continuera le durcissement progressif de sa politique mais les taux devraient rester au plus bas jusqu’à l’été 2019. Sa nouvelle stratégie sera d’autant plus observée que les actuels principaux décisionnaires de la BCE, et pas seulement Mario Draghi, depuis la crise auront tous quitté leurs fonctions fin 2019.

On voit donc qu’il n’y aura pas que des incertitudes économiques et qu’en conséquence, tout peut donner lieu à de fortes perturbations économiques. On reste sur des incertitudes et donc on ne peut envisager, à ce stade, leur probabilité de réalisation

Quelles seraient les actions à prendre dès à présent pour faire face à cette situation ? Les européens peuvent-ils se permettre une nouvelle fois, comme cela est parfois perçu comme une habitude, d’agir au pied du mur ?

En situation normale c’est à dire un environnement relativement stable, il aurait été naturel d’initier d’éventuelles mesures préventives voire correctrices. Mais, l’Union européenne doit notamment gérer, aujourd’hui, à la fois, la sortie du Royaume-Uni et un vent de contestation de son autorité en provenance de l’Italie. Quant à la BCE, elle doit envisager l’après de la fin de sa politique accommodante qu’elle a menée depuis plusieurs mois. Les « esprits » sont donc déjà occupés à régler le présent voire le proche avenir et ils parent déjà à l’urgence.

Je crains, donc, que le futur nous apportera encore des solutions pragmatiques, prises dans l’urgence.

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