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Démographie : la fertilité des femmes décline remarquablement presque partout dans le monde
Publié le 11 novembre 2018
Selon une étude de l'Université de Washington publiée dans le Lancet, le taux de fécondité des femmes a été divisé par deux entre 1950 et 2017 dans le monde.
Alain Parant est démographe, chargé de recherche à l'Institut national d'études démographiques (INED).Il est conseiller scientifique du groupe Futuribles. 
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Selon une étude de l'Université de Washington publiée dans le Lancet, le taux de fécondité des femmes a été divisé par deux entre 1950 et 2017 dans le monde.

Atlantico : Selon une étude de l'Université de Washington publiée dans le Lancet, le taux de fécondité des femmes a été divisé par deux entre 1950 et 2017 dans le monde. Les chiffres étudiés s'axent-ils plus sur la natalité ou la fécondité ? Quelle est la différence entre les deux ?

Alain Parant : James Gallagher, dans son compte-rendu de l’étude publiée dans The Lancet fait une large place à ce qu’en France on nomme communément indicateur conjoncturel de fécondité (en anglais, total fertility rate), nombre moyen d'enfants que mettrait au monde une femme si elle connaissait durant toute sa vie féconde les conditions de fécondité observées durant une période donnée, généralement une année civile. Cet indicateur, anticipation toutes choses égales par ailleurs de la fécondité du moment, ne met en jeu que la population féminine en âge de procréer (15-49 ans révolus). Il diffère en cela du taux de natalité (généralement exprimé en pour mille) qui rapporte le nombre annuel de naissances à la population totale moyenne d’une année, une population au sein de laquelle les femmes en âge de procréer ne représentent qu’une partie, généralement minoritaire. Dans l’étude de la dynamique des populations, un autre indicateur est souvent mis en avant, le taux net de reproduction en anglais, net reproduction rate) ou rapport du nombre de filles à naître vivantes d’une génération féminine nouveau-née. Si ce rapport est inférieur à 1, les filles sont moins nombreuses que les mères, la population tend à décliner, la tendance pouvant être renforcée par une émigration, ou minorée, sinon surcompensée, par une immigration Si le rapport est supérieur à 1, les filles sont plus nombreuses que les mères, la population est, sous réserve des flux migratoires, potentiellement en croissance.

Quels facteurs peuvent favoriser ou au contraire freiner la fécondité des femmes ?

La fécondité féminine est aujourd’hui, sur tous les continents, plus faible qu’il y a un demi-siècle. Mais, d’une part, le mouvement de baisse ne s’est pas amorcé partout simultanément. D’autre part, il s’est avéré d’ampleur géographiquement très inégale. Enfin, depuis quelques années, un regain plus ou moins important caractérise nombre de pays, indépendamment de leur niveau de développement socio-économique et du niveau  de leur fécondité ; ce regain pouvant s’interpréter comme une récupération de naissances empêchés par les crises des années 1990-2000 ou, plus localement, comme une remontée du sentiment religieux.

Le développement économique et la réduction des risques de décès dans les premiers âges de la vie jouent un rôle premier dans le déclin de la fécondité. Mais un niveau accru d’éducation et d’émancipation des femmes, une intensité forte de la planification familiale, un accès amélioré aux moyens contraceptifs modernes et aux services de santé de la reproduction, …le sentiment plus répandu d’un trop plein d’hommes sur terre, … ont également un effet dépressif sur la fécondité. La situation inverse tend naturellement à freiner le déclin de la fécondité.

À quelles conséquences peut-on s'attendre au vu de ces chiffres ?

La baisse de la fécondité implique à terme une croissance ralentie, puis une baisse du nombre des naissances. Cet effet sur la natalité peut cependant intervenir à terme relativement éloigné. Un exemple : de 1950-1955 à 2010-2015, la fécondité mondiale a été réduite de 50 % (de 5 enfants en moyenne par femme à 2,5) ; le nombre de naissances a pourtant continué d’augmenter, de quelque 40 %. L’explication de ce retard réside dans la très forte croissance de la population féminine en âge de procréer (+180 %), due à la forte natalité antérieure et à la survie améliorée jusqu’aux âges de la reproduction. Quand bien même la fécondité du Niger serait réduite des ¾ de 2010-2015 à 2095-2100 (de 7,4 enfants en moyenne par femme à 2), le nombre de naissances n’en continuerait pas moins d’augmenter jusqu’en 2100 (source : Nations unies, World Population Prospects. The 2017 Revision). Ce qui n’ira pas sans conséquences, pour le Niger (il n’est pas le seul pays dans ce cas) et pour son environnement immédiat ou plus lointain.

La baisse de la fécondité induit également un vieillissement démographique, le processus étant d’autant plus marqué que la baisse de la fécondité est plus rapide et accusée et qu’elle se combine à un recul continu de la mortalité.

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