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Comment les populistes sont en train de renouveler la démocratie tout en la mettant en danger
Publié le 08 novembre 2018
Les résultats des élections américaines à mi mandat ont révélé une situation plutôt favorable à Donald Trump, malgré les annonces d'une vague bleue qui n'aura finalement pas eu lieu.
Edouard Husson est spécialiste d’histoire politique contemporaine, en particulier de l’Allemagne et de la Grande-Bretagne. Il est professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (Université de Cergy-Pontoise). Il a été membre du cabinet de...
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Edouard Husson est spécialiste d’histoire politique contemporaine, en particulier de l’Allemagne et de la Grande-Bretagne. Il est professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (Université de Cergy-Pontoise). Il a été membre du cabinet de...
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Les résultats des élections américaines à mi mandat ont révélé une situation plutôt favorable à Donald Trump, malgré les annonces d'une vague bleue qui n'aura finalement pas eu lieu.

Atlantico : Malgré les scandales, les affaires, les attaques, le retour de LA politique -de faire changer les choses, le quotidien - dans des sociétés qui ont pu apparaître comme apolitique est-elle finalement la recette du succès dans les pays occidentaux ? 

Edouard Husson : Rappelons-nous l’atmosphère il y a deux ans, dans les jours qui suivirent l’élection de Donald Trump ! Non seulement les Démocrates n’acceptaient pas la victoire du candidat républicain mais ils s’apprêtaient à lancer contre lui des opérations de déstabilisation inédites dans l’histoire de la démocratie américaine. Le « Russiagate » a occupé toute la première année du mandat. Puis, Trump ayant évité tous les pièges qui lui étaient tendus sur ce sujet, les adversaires sont passés à une nouvelle opération de « fake news » sur le chaos qui règnerait prétendument à la Maison Blanche. Ce furent les deux axes d’attaque principaux mais en fait ce sont des dizaines de front qui ont été ouverts. On est en train de découvrir que les accusations contre Kavanaugh étaient un montage ; le Washington Post lui-même l’a reconnu ! Trump a donc été partie prenante d’une polarisation inouïe. Il l’a lui-même alimentée : par ses formules simplificatrices, sa manière d’affronter brutalement les préjugés des libéraux, ses tweets.

Le plus étonnant est sans doute la manière dont il a accepté une confrontation sans merci avec les médias de l’establishment. On n’avait jamais vu en démocratie une telle guerre de propagande entre deux partis ; ou plutôt entre un parti et un homme, très seul au départ dans son propre parti. Petit à petit, et c’est sans doute le plus étonnant, Trump a réussi à conquérir l’establishment républicain, à les faire basculer de son côté. Alors, oui, Trump a ramené la politique : il y a à présent à nouveau deux partis, qui structurent le débat démocratique. Il n’y a que comme cela que la démocratie peut fonctionner. Au lieu d’être l’horizon indépassable de notre temps, le programme de l’establishment libéral n’est plus qu’un des deux programmes politiques qui briguent les suffrages des Américains. Le succès de Trump est d’autant plus flagrant que la mobilisation électorale a été très importante pour des élections de mi-mandat : 110 millions d’Américains sont allés voter, contre seulement 80 en 2014. 

Ne peut-on pas voir, dans le cas des Etats-Unis comme pour les autres sociétés occidentales, Donald Trump comme le moteur de ce retour de la politique, contraignant ainsi les démocrates ou équivalents occidentaux à refaire de la politique, dans le sens d'une capacité d'action sur la réalité ?

Donald Trump est un Nicolas Sarkozy qui aurait tenu toutes ses promesses. Rappelons-nous Sarkozy entre 2002 et 2007, les déclarations franchement à droite, intempestives, provocatrices, telle le « kärcher ». Et Sarkozy siphonne une partie de l’électorat du Front National. Mais quelle est la différence fondamentale entre les deux hommes, une fois élus ? Trump, lui, tient ses promesses en matière de contrôle de l’immigration ; il ne se contente pas de demi-mesures pour libérer les forces entrepreneuriales ; il n’a pas pactisé avec les journalistes une fois élu; et l’imaginez-vous faire « l’ouverture » ? Trump, et c’est là sa principale différence avec Sarkozy, contrôle la mise en œuvre des décisions prises. En fait, la politique obéit à des règles très simples : si vous êtes élu à droite, il faut faire une politique de droite ; et, contrairement au cynisme au petit pied de Jacques Chirac, ce n’est pas vrai que « les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent ».

Chirac a pu se permettre de ne pas faire grand-chose durant sa présidence parce que la France restait suffisamment riche et parce que l’euro, dans sa première phase, donnait au pays un pouvoir d’achat artificiel. Trump, lui, a pris acte de l’appauvrissement profond d’une partie de la société américaine ; il a jugé qu’un président américain ne pouvait plus faire semblant. Qu’ensuite sa politique ne soit qu’une des réponses possibles à la crise sociale américaine, c’est une évidence. Mais il va falloir que les Démocrates se mettent à parler du fond des dossiers, s’ils veulent avoir une chance d’empêcher la réélection de Donald Trump.   

Ne peut-on pas voir cette situation comme étant une forme de "promesse" que ces mouvements appelés populistes sont ici pour durer dans le temps dans nos sociétés occidentales ? 

En fait, nous avons la réponse à la question que nous pouvions nous poser au début du mandat de Trump : allait-il rester populiste (son positionnement de départ, pour gagner les primaires) ou bien saurait-il effectuer une mue conservatrice ? A présent, nous savons que le président américain ne s’est pas enfermé dans une attitude stérile consistant à refuser tout accord avec l’establishment, ce qui est l’attitude des populistes. Le départ de Steve Bannon traduit d’ailleurs le moment d’un « pacte conservateur » entre le président et les dirigeants du parti républicain, que Bannon refuse. Trump a tenu ses promesses envers la droite chrétienne, mettant en œuvre de nombres mesures « pro-vie » ; il a aussi relancé le budget de la Défense dans de telles proportions qu’on est bien loin des annonces de sa campagne sur une nouvelle politique étrangère.

Mais surtout, ce qu’il faut comprendre, c’est que le populisme, intrinsèquement, entretient une incapacité à exercer le pouvoir. C’est Marine Le Pen ratant complètement son débat contre Macron : elle aura beau agir et parler, désormais, elle tient prisonnier un cinquième de l’électorat, qu’elle ne réussira jamais à amener au pouvoir. Trump n’est plus populiste dans la mesure où il a montré qu’il n’était pas simplement un tribun mais qu’il savait exercer le pouvoir. L’enjeu est là : les deux écueils pour la droite, en Occident dans les années qui viennent, sont l’enfermement dans un populisme ou bien la trahison par « la droite d’en haut » des aspirations populaires que le populisme a canalisées. C’est parce qu’il a réussi sa mue conservatrice et parce qu’il réalise (lutte contre la prolifération nucléaire ; renégociation des accords commerciaux ; chômage ramené à son plus bas point depuis 1969) que Trump imprime sa marque sur l’avenir politique occidental.

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