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Nouvelle claque en Hesse : les contes fantastiques d’Angela Merkel
Publié le 29 octobre 2018
Lettre de Londres mise en forme par Edouard Husson. Nous recevons régulièrement des textes rédigés par un certain Benjamin Disraëli, homonyme du grand homme politique britannique du XIXe siècle.
Benjamin Disraeli (1804-1881), fondateur du parti conservateur britannique moderne, a été Premier Ministre de Sa Majesté en 1868 puis entre 1874 et 1880.  Aussi avons-nous été quelque peu surpris de recevoir, depuis quelques semaines, des "lettres de...
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Benjamin Disraeli (1804-1881), fondateur du parti conservateur britannique moderne, a été Premier Ministre de Sa Majesté en 1868 puis entre 1874 et 1880.  Aussi avons-nous été quelque peu surpris de recevoir, depuis quelques semaines, des "lettres de...
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Lettre de Londres mise en forme par Edouard Husson. Nous recevons régulièrement des textes rédigés par un certain Benjamin Disraëli, homonyme du grand homme politique britannique du XIXe siècle.

Londres, 

Le 28 octobre 2018
 
Mon cher ami, 
 
Telle une entomologiste.....
 
Me voici de retour à Londres. Il y a quelques jours, je vous annonçais mon entrevue avec Angela Merkel. Elle a eu lieu jeudi en début de soirée à la Chancellerie. Peut-on, quand on sort d’un entretien avec la Chancelière, dire autre chose que: “Rien à signaler”? Angela Merkel a gardé de la RDA cette faculté à ne rien dire qui puisse l’engager avant que les événements tranchent pour elle. C’est ce qui fait qu’elle peut être absolument aimable tout en laissant l’interlocuteur sur une impression de malaise. En théorie, si vous appréciez quelqu’un, vous lui dites quelque chose de substantiel ou vous lui expliquez pourquoi vous ne pouvez rien lui dire. Rien de tel chez un chef de gouvernement allemand qui dispute visiblement à Ernst Jünger la réputation de plus célèbre entomologiste d’Allemagne dans l’histoire récente: les individus, en particulier le système politique, ne sont pas très différents, pour elle, d’insectes à observer, éventuellement attraper et faire entrer dans ses collections d’animaux épinglés. 
 
Je venais voir Madame Merkel de la part de Theresa May. Aussi la Chancelière s’attendait-elle à ce que je lui transmettre un message de la part de sa consoeur. Et comme elle a tendance à traiter les autres chefs d’Etat européens comme ses ministres, comme des subordonnés qu’elle laisse se démener entre eux pour s’attirer ses faveurs à elle, elle voit le Brexit comme aussi absurde que si l’un de ses ministres les plus importants avait annoncé vouloir quitter la coalition de gouvernement à Berlin, une forme de lèse-majesté. Angela Merkel cache un orgueil hors du commun derrière le masque de la simplicité. Aussi s’attendait-elle à ce que je vienne avec un message de conciliation de Theresa May, une concession qui montrât que notre Premier ministre était sous pression; la Chancelière se serait empressée d’utiliser la faiblesse de Downing Street pour essayer d’obtenir ce qui est son calcul depuis le début: une renonciation au Brexit, ou du moins l’organisation d’un nouveau referendum. 
 
Pas de chance. Connaissant l’entomologiste, j’avais décidé d’être plutôt du genre frelon: voler en faisant un bruit intimidant autour de mon interlocutrice et me poser suffisamment prêt d’elle pour lui rappeler que mes piqures pouvaient être dangereuses. En accord avec Theresa, je n’avais aucune nouvelle proposition à transmettre; je venais au contraire pour écouter, pour savoir si la Chancelière avait évolué depuis le sommet de Salzbourg. Theresa ne veut pas que l’on puisse dire qu’elle a laissé passer quelque occasion que ce soit de tendre la main. Comme, au bout de quelques minutes, la conversation tournait à des échanges d’amabilités entre la Chancelière et moi, j’ai utilisé le sujet “tarte à la crème” en ce moment à Berlin - la politique de défense et de sécurité de l’Union Européenne serait le moyen de contenter à la fois la France, amoureuse transie mais éconduite; et la Grande-Bretagne en instance de divorce. Alors nous avons parlé sécurité et défense; et j’en ai profité pour prendre des nouvelles auprès de Madame Merkel de ses amis favoris: Poutine, Trump, Erdogan (par ordre de détestation croissante). Theresa m’aurait jugé très mal élevé; mais je trouve notre Premier ministre beaucoup trop conciliant dans les discussions. Il est bon de faire passer le message que nous ne sommes pas aimables et pourrions nous allier étroitement avec Donald Trump - puisqu’évidemment Londres ne peut pas s’allier à Erdogan ou Poutine. Il s’agissait pour moi de suggérer à celle qui bloque, avec Emmanuel Macron, la négociation, que nous avons le temps pour nous. 
 
Désastreuses élections dans le Land de Hesse
 
Le temps est sans doute ce qui va manquer à Angela Merkel. Au moment où je vous écris, les premières estimations sont tombées. La CDU, à 27%, perd 10 points par rapport à l’élection de 2013, tout comme le SPD, tombé juste en-dessous de la barre des 20%. Les Verts n’ont pas réussi, à première vue, à distancer le SPD: ils feront, à quelques dizièmes de points, jeu égal. Quant à l’AfD, elle atteint 13%, ce qui est un point au-dessus de son score aux élections fédérales, il y a un an - et d’autant plus remarquable que l’abstention est cette fois de 10% supérieure (on sait que l’AfD mobilise bien chez les abstentionnistes). Le FDP se rapproche de 8%, continuant à consolider son emprise, nouvelle, dans l’électorat. 
 
Nul ne peut dire, ce soir, si la coalition entre la CDU et les Verts, qui a la préférence de la Chancelière, pourra être reconduite. Il semble que non. La majorité absolue ne serait pas atteinte par les projections actuelles pour les deux partis en Hesse; mais il y n’y aurait pas non plus de majorité possible de la CDU et du SPD, toujours à deux sièges près. En revanche, Christian Lindner peut se réjouir: une coalition “jamaïcaine” (noir jaune verte) est la seule solution possible; et elle pourra se faire aux conditions du FDP; non de la CDU. Je vous aurai posté mon courriel avant que nous connaissions les résultats définitifs. 
 
On peut d’ores et déjà dire que la Chancelière s’est acheté un répit apparent: certains sondages mettaient son parti plus bas encore; et les Verts n’ont pas effectué une percée telle qu’ils puissent devenir un partenaire indispensable pour la CDU. De même, les rodomontades de la présidente du SPD, Madame Nahles, qui menace de faire éclater la Grande Coalition à Berlin, sont peu crédibles: à 15%, le SPD ne va pas prendre le risque d’une nouvelle élection parlementaire. Pourtant, la Chancelière aurait tort de s’obstiner dans son attitude actuelle consistant à croire, en bonne héritière de la RDA, qu’il suffit de gagner du temps. Ou plutôt elle devrait se souvenir de la fin de la RDA: comment un dirigeant incapable de comprendre son époque a fini par être balayé par l’histoire. 
 
 
Angela Merkel sera-t-elle la prochaine présidente de la Commission Européenne? 
 
En pleine discussion avec Angela Merkel, jeudi dernier, j’ai commencé une phrase en lui disant: “Imaginons que vous soyez à la tête de la Comission Européenne.....”. “Hypothèse invraisemblable” m’a interrompu la Chancelière avec un sourire. S’est-elle trahie? En tout cas elle a parfaitement compris que je ne me contentais pas de l’imaginer à la place de Jean-Claude Juncker; ou de suggérer qu’elle y est déjà par le truchement de Martin Selmayr, secrétaire général de la Comission. Le bruit court, depuis un moment, à Berlin, que la Chancelière pourrait annoncer son départ en s’étant trouvé une porte de sortie: la tête de liste CDU/CSU aux prochaines élections européennes, ce qui lui assurerait quasi-certainement, pense-t-elle, la présidence de la Commission. 
 
A première vue, l’hypothèse n’est pas crédible. Ou plutôt, on peut penser que la personne d’Angela Merkel aurait pour effet de stimuler encore plus les candidats obscurantistes - oui, appelons ainsi, c’est beaucoup plus clair que “populistes”, tous ceux qui s’opposent à l’avenir radieux de l’humanité - de leur mettre du vent dans les voiles. En même temps, comme dirait l’autre, quel porte-étendard Angela Merkel pourrait représenter pour les progressistes de tous les pays! Emmanuel Macron ne pourrait pas se contenir de bonheur. La propagande européiste pourrait jouer à plein. A vrai dire, j’imagine bien qu’Angela Merkel, fascinée qu’elle est par l’idée de rester au pouvoir plus longtemps qu’Helmut Kohl (16 ans), croyant éviter la défaite en Allemagne, la rencontre en Europe. Mais que les partis européistes l’emportent reste le plus probable. Les élections au Parlement Européen auraient dans ce cas pour effet redoutable d’installer à Bruxelles une femme politique largement rejetée par son propre peuple. La première responsable de l’éclatement du paysage politique allemand et de l’apparition de l’AfD, le Chancelier le plus incompétent de l’histoire de la RFA, serait porté à sa tête par l’Union Européenne. Le seul fait que l’on puisse y penser montre bien l’illégitimité des institutions européennes, et pourquoi mon pays a voulu en sortir. 
 
Ce qui rend l’hypothèse attrayante, c’est que l’Union Européenne est en fait la seule porte de sortie par le haut pour la Chancelière. A la différence de Gerhard Schröder, elle n’a aucune compétence dans un autre domaine que la politique: on ne l’imagine pas recrutée par des grandes entreprises pour présider leur Conseil de surveillance. Alors qu’elle est promise à un dépérissement lent dans les institutions allemandes, elle pourrait connaître une nouvelle vie politique au sein des institutions européennes. 
 
Le scénario que j’envisage peut vous paraître fantastique. Il est en fait cauchemardesque: si la Chancelière s’en allait d’ici l’été prochain, il est très probable que c’est Wolfgang Schäuble qui reprendrait la Chancellerie. Je serai bien d’accord avc vous pour penser que le tandem Merkel-Schäuble serait si caricatural, tendrait la corde à un tel point, qu’elle finirait par craquer. Mais non sans dégâts considérables. 
 
Bien fidèlement
 
Benjamin Disraëli
 
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