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Inégalités en France : comment les jeunes sont devenus les premières victimes de la pauvreté

Publié le 12 octobre 2018
L'Observatoire des inégalités publiait son rapport sur la pauvreté ce 11 octobre, alors que l'INSEE révélait en début de semaine la stabilité de ce taux à 14% entre 2016 et 2017.
Noam Leandri est président de l'Observatoire des inégalités.
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L'Observatoire des inégalités publiait son rapport sur la pauvreté ce 11 octobre, alors que l'INSEE révélait en début de semaine la stabilité de ce taux à 14% entre 2016 et 2017.

Atlantico : Quelles sont les populations proportionnellement les plus touchées par un phénomène, qui, comme l'écrivez, ne "frappe pas au hasard" ?

 
Noam Leandri : Nous sortons ce premier rapport sur le taux de la pauvreté en France parce qu'il n'existe malheureusement pas de portrait général de cette question en dehors des statistiques publiées régulièrement par l'INSEE. Qui est concerné ? Comment la pauvreté évolue dans le temps ? sont des questions qui ne sont pas traitées par une vision "annuelle" des statistiques. Or, nous savons très bien que les commentaires relatifs à l'évolution de la pauvreté d'une année sur l'autre ne peuvent révéler des changements plus fondamentaux sur le long terme. Comme le fait que,, depuis 10 ans, le nombre de personnes pauvres vivant avec un revenu inférieur à 50% du revenu médian, soit 855 euros, a augmenté de plus d'un demi-million. C'est un phénomène beaucoup plus parlant que le fait de dire que le taux de pauvreté stagne d'une année sur l'autre, comme vient de le faire l'INSEE.
 
Le portrait type de la personne pauvre en France est quelqu'un qui a peu ou pas de diplômes. 64% des personnes pauvres ont au plus un CAP. Ce sont aussi des personnes qui vivent dans des grandes villes ou dans leurs banlieues, pour 67% d'entre elles. C'est donc principalement en ville que l'on trouve les personnes pauvres et non pas majoritairement à la campagne. Le phénomène marquant est que ce sont beaucoup des jeunes de moins de 20 ans, soit 35% des personnes pauvres. Un quart des pauvres vivent dans une famille monoparentale. Nous avons dressé ce panorama qui montre que si nous voulons cibler des politiques contre la pauvreté, c'est vers ces profils là qu'il faut viser.   
 
Le déterminisme social est réel. Ce sont en général des personnes qui sont elles-mêmes issues d'un milieu modeste, dont les parents étaient également pauvres ou modestes, c'est également ce que montrait le dernier rapport de l'OCDE sur la question de l'ascenseur social. Il faut également noter l'influence de phénomènes sociaux comme la question des familles monoparentales qui sont  souvent des femmes qui élèvent seules leurs enfants, qui sont touchées par la pauvreté de façon disproportionnée.
 
Ce qui doit nous alerter, c'est que le regain d'activité et la baisse du chômage connus depuis 2015 n'a pas permis une baisse du niveau de la pauvreté. Depuis 20 ans nous sommes dans une phase de stagnation avec une hausse sur 10 ans après la crise économique et financière. La France s'est stabilisée avec un niveau élevé du taux de pauvreté qui n'arrive plus à être endigué par le retour à l'emploi.
 
 

Vous signalez notamment la surreprésentation des jeunes dans ces statistiques avec un taux de 19.8% pour les moins de 18 ans, représentant un tiers du total des 5 millions de pauvres vivant avec moins de 855 euros par mois (50% du revenu médian). En quoi cette réalité de la pauvreté des enfants est-elle particulière, et en quoi est-elle minorée dans notre représentation ? 

 
Cela n'est pas vraiment une nouveauté…les enfants pauvres vivent dans des familles pauvres. Cela est la conséquence du fait qu'il y a de plus en plus de familles pauvres, notamment monoparentales, ce qui est un phénomène relativement nouveau à l'échelle de la société française. Lorsqu'une mère célibataire parvient à décrocher un mi-temps au SMIC, cela fait 600 euros par mois, ce qui est bien en dessous du seuil de pauvreté et même si elle peut obtenir des revenus complémentaires, du type RSA, cela ne suffit pas à sortir ces familles de la pauvreté. Le RSA est de 550 euros par mois alors que le seuil de pauvreté utilisé par le gouvernement est de 1000 euros par mois pour une personne seule.
 
Ce qui est préoccupant, c'est que lorsque nous naissez pauvre, vous risquez de rester pauvre longtemps au cours de votre vie, et vos enfants auront une probabilité plus élevée d'être pauvre. C'est cette reproduction sociale qui est inquiétante. Ce qu'a dit le président de la République est juste à ce propos, c'est ici que l'accent doit être mis , mais il ne faut pas oublier que cela n'est pas en donnant des petits déjeuners gratuits à l'école qu'on va résoudre la situation de leurs parents qui sont eux-mêmes pauvres. C'est en sortant leurs parents de la pauvreté que les enfants ne le seront plus.
 

 

Comment évaluer la réponse gouvernementale à cette pauvreté des jeunes, que ceux-ci soient des enfants, des adolescents, que de jeunes adultes ?

 
 
Il est important de traiter le problème de la pauvreté pour les plus jeunes  mais cela n'est pas uniquement en ciblant ces catégories que nous arriverons à résoudre leurs problèmes. C'est donc un traitement d'ensemble de la pauvreté qui doit être mis en place, en touchant les adultes et les plus jeunes. Cependant, en considérant cette problématique des jeunes, il faut relever le double discours qui consiste à évoquer la pauvreté des jeunes tout en les excluant d'un revenu minimum, le RSA aujourd'hui ouvert qu'à partir de 25 ans. Il y une expérience qui est menée actuellement, qui est réservée à quelques dizaines de milliers de personnes de moins de 25 ans dans une situation de précarité très préoccupante, mais cela n'est pas généralisé. Il y a une forme de majorité au revenu minimum qui paraît aujourd'hui assez étrange alors que le discours politique désigne la pauvreté des jeunes comme une priorité. Le gouvernement qui abaissera ce seuil à 18 ans marquera l'histoire sociale du pays. 
Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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