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Quelle organisation de l’Europe quand les réalistes auront gagné?

Publié le 24 septembre 2018
Lettre de Londres mise en forme par Edouard Husson. Nous recevons régulièrement des textes rédigés par un certain Benjamin Disraëli, homonyme du grand homme politique britannique du XIXe siècle.
Benjamin Disraeli (1804-1881), fondateur du parti conservateur britannique moderne, a été Premier Ministre de Sa Majesté en 1868 puis entre 1874 et 1880.  Aussi avons-nous été quelque peu surpris de recevoir, depuis quelques semaines, des "lettres de...
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Benjamin Disraeli (1804-1881), fondateur du parti conservateur britannique moderne, a été Premier Ministre de Sa Majesté en 1868 puis entre 1874 et 1880.  Aussi avons-nous été quelque peu surpris de recevoir, depuis quelques semaines, des "lettres de...
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Lettre de Londres mise en forme par Edouard Husson. Nous recevons régulièrement des textes rédigés par un certain Benjamin Disraëli, homonyme du grand homme politique britannique du XIXe siècle.
Londres, 
Le 23 septembre 2018, 
 

Mon cher ami, 

 

Comparaison entre l’histoire de la Chine et celle de l’Europe

 
Me voici rentré de mon séjour en Chine. Durant les longues heures de vol, j’ai imaginé une autre histoire de l’Europe occidentale, si notre continent avait suivi une trajectoire chinoise. Représentons-nous un empire romain capable d’arrêter les invasions barbares. Ce n’est pas seulement une question de limes mais aussi de dynamisme démographique. Si l’Empire romain avait cru à son avenir, en nombre de naissances, les Goths, Vandales et Huns auraient eu du mal à pénétrer la “Romanité”; quand ils y seraient arrivés, ils auraient été rapidement assimilés. Siècle après siècle, depuis deux-mille ans, le latin se serait toujours plus affirmé comme “le mandarin”,  la langue commune de tout “l’Empire du Couchant”. La Romanité serait restée un ensemble unifié politiquement, connu pour la force de ses armées, la puissance de son administration, la qualité de ses infrastructures, le rayonnement de ses lettrés.... Sans trop nous éloigner de ce qui fut: la capitale de l’Empire se déplaçant, au IVè siècle à Byzance, la partie occidentale de l’Empire aurait été suffisamment prolifique pour que le latin restât la langue politique dominante de toute la “Romanité”. Après avoir résisté aux envahisseurs du Nord, les Romains auraient empêché les guerriers arabes qui portaient l’étendard de l’islam naissant de s’installer sur les rives de la Méditerranée - la nouvelle religion aurait eu, du coup, son centre de gravité en Mésopotamie et en Asie centrale. Le “Mare Nostrum” serait resté le coeur politique et économique de l’Empire durant de longs siècles. 
 
Resté unifié, l’Empire romain aurait connu quelques poussées scientifiques et technologiques (comme la Chine durant les deux millénaires de son histoire impériale avant la rencontre avant l’Occident) mais rien qui puisse se rapprocher de l’essor modernisateur que nous avons connu depuis le Moyen-Age. Si nous sortons de la fiction et que nous nous observons l’histoire réelle de Byzance, on voit à la fois comme le dynamisme de cet empire, qui dura onze siècles, a été sous-estimé - il aurait duré plus sans l’absurde sac de Constantinople par les armées croisées en 1204; mais aussi comme les progrès scientifiques et technologiques y furent lents. Les constructions impériales étouffent la créativité, à Byzance comme en Chine (qui n’a pas profité de la découverte de la poudre ni du papier monnaie). L’essor scientifique et industriel de l’Europe depuis la Renaissance est venu de la concurrence entre des centres politiques et économiques extrêmement nombreux et divers. C’est l’éclatement politique de l’Ouest du continent qui en a fait le plus extraordinaire foyer d’innovation de l’histoire du monde. 
 
Nous voici ramenés à l’Europe d’aujourd’hui: regardez comme la tentative absurde d’uniformiser le continent à laquelle s’adonnent vos pays est synonyme de croissance lente. L’Europe est en train de sortir de l’histoire en voulant coucher toutes ses nations dans le lit de Procuste de la monnaie unique. 

 

Quand l’Europe se réveillera

 
Je suis rentré à Londres pour y trouver une grande effervescence politique. Nos journaux bien-pensants expliquent que Madame May a été humiliée par les 27 pays de l’Union Européenne. J’ai plutôt tendance à penser que les 27 de Salzbourg étaient figés dans l’angoisse de voir l’Union se défaire; et qu’en face la Grande-Bretagne est en proie à des débats un peu anarchiques mais synonymes de vitalité. La Grande-Bretagne essaie de renouer avec le secret du dynamisme européen, la compétition féconde; tandis que le reste de l’Union court le risque de s’enforncer dans une uniformité létale. 
 
A vrai dire, malgré les somnifères auto-administrés, il semble bien que l’Europe tout entière se réveille, sorte de la torpeur que les traités des années 1992-2008 avaient fait tomber sur elle. Les 27 gouvernements vont attendre le plus tard possible avant de concéder quelque accord que ce soit à Londres parce qu’ils sont terrifiés devant la montée ce de qu’ils appellent les “populismes”. Il ne faut pas dire les 27, d’ailleurs: de plus en plus nombreux sont les pays dont les électeurs ruent dans les brancards et ne veulent plus d’un cadre politique uniforme. Au risque de parler comme un hégélien, je n’ai aucun doute sur le sens de l’histoire. Après que la Grèce s’est révoltée et a été écrasée, nous avons vu se dresser la Pologne, la Tchéquie, la Hongrie, la Grande-Bretagne, l’Autriche, l’Italie; et la liste est loin d’être finie. Ce qui est en train de se jouer, c’est la révolte d’une Europe des réalités contre une Europe utopique devenue dystopique. L’Europe des peuples se soulève contre l’Europe des technocrates. L’Europe des réalistes se dresse contre l’Europe des rationalistes. 
 
Nous sommes certains ce ce qui va se passer: partout, les libéraux vont reculer; et des forces politiques de droite et de gauche vont commencer à structurer le débat politique dans des termes nouveaux. Lorsque l’on crie au nationalisme, pour rejeter les partisans d’une Europe réaliste, c’est, à deux titres, un argument non élaboré. Non élaboré parce qu’actuellement aucun des mouvements dont nous parlons n’est en mesure de s’affirmer seul contre l’Union Européenne; mais aussi parce qu’il va bien falloir anticiper sur un moment où l’union des droites l’aura emporté en France en même temps que la gauche redeviendra socialiste; où la CDU se sera redroitisée en Allemagne tandis qu’à gauche Aufstehen montera en puissance; où, partout en Europe, des gouvernements auront à coeur de réaffirmer les intérêts de leur nation. A partir du moment où l’Union redeviendra une Europe des nations, il faudra bien se poser la question de la concertation entre ces nations retrouvées. Qu’est-ce qui me garantit que l’Italie de Salvini, l’Espagne de Pablo Casado, la Hongrie de Victor Orban, l’Autriche de Sebastian Kunz sauront s’entendre? Je suis étonné que les libéraux ne fassent pas meilleur usage de cette question pour défendre l’Europe des rationalistes. 
 
 
 

La Confédération européenne à venir

 
C’est pourquoi il me semble essentiel de réfléchir, dès maintenant à la concertation nécessaire entre gouvernements ayant réaffirmé les intérêts de leurs peuples. Il est très important, dès à présent, de faire comprendre à tous nos amis populistes, souverainistes, conservateurs, patriotes, nationalistes, gaullistes etc.... quel est l’enjeu des élections européennes du printemps 2019. Il ne s’agit pas d’abord d’émettre un vote protestataire. Il s’agit de commencer à reconquérir les institutions européennes pour les mettre au service des peuples. Il serait effectivement essentiel que les souverainistes de droite et de gauche occupent la majorité des sièges du Parlement Européen pour peser sur la composition de la future Commission Européenne. Il me paraît vital de revenir à une vision des institutions européennes où c’est le Conseil Européen qui a la prépondérance et où la Commission voit ses compétences comme ses effectifs réduits. Il s’agit d’inverser la hiérarchie entre les Etats et les institutions communautaires; d’inverser, aussi, la hiérarchie des normes: autant l’idée d’une Cour Européenne de justice est acceptable; autant il est absurde qu’elle n’ait pas d’autre choix que de donner la préférence à la norme européenne sur la norme nationale. 
 
A vrai dire, lorsque l’on commence à réfléchir à l’avenir de l’Union Européenne, on s’aperçoit qu’il va falloir procéder à une restructuration de fond en comble. Etant donné que le saut vers une Europe fédérale ne se fera jamais, il faut sortir de l’entre-deux actuel et réaffirmer une logique confédérale. Il s’agit de renouer avec l’effort de Chales de Gaulle dans les années 1960, lorsqu’il s’efforçait d’organiser la concertation des souverainetés nationales. 
- Après les prochaines, cessons la mascarade des élections européennes. Il est urgent de rendre aux parlements nationaux un contrôle plein et entier sur la construction européenne. Et l’on devrait revenir à une assemblée parlementaire européenne qui, un petit nombre de fois par an, réunisse les représentants des parlements nationaux. 
- Il s’agit de réaffirmer le caractère central du Conseil européen. Je ne juge pas possible, pour ma part, d’y faire décider selon des votes à la majorité si l’on veut vraiment garantir le respect des peuples européens. En revanche, il faudrait encourager la mise en place de comités du conseil, thématiques ou géographiques, où aient lieu des votes à la majorité qualifiée. 
- revenir à une logique confédérale, c’est accepter que l’euro ne soit pas viable sur le long terme - du moins si l’on veut préserver la prospérité européenne. Je proposerais pour ma part de remettre les compteurs à zéro: l’euro, de monnaie unique, redeviendrait pour tous monnaie commune, le temps d’un grand ajustement, c’est-à-dire le temps, pour chaque pays, de créer une unité de compte nationale pour redéfinir le taux de change de sa monnaie avec l’euro en fonction de ses intérêts économiques. Libre à ceux qui le voudraient, ensuite, d’adopter à nouveau l’euro comme seule monnaie; tandis que d’autres la garderaient comme monnaie commune. 
- Pour répondre à l’actuelle crise de l’immigration, le contrôle national aux frontières devra être rétabli; ce qui n’empêche pas de conserver une coopération très poussée - absolument vitale - entre les polices du continent. 

 

Comment reconstruire la relation entre la Grande-Bretagne et le continent

 
Rappelons-nous ce que de Gaulle avait en tête avec le Plan Fouchet. Une véritable confrontation et harmonisation des intérêts au sein d’un Conseil européen dont l’autorité sur la Commission soit totale. De Gaulle aurait absolument refusé ce qui s’est mis en place à partir de 1992; mais il était beaucoup plus attentif à la volonté des peuples que les rédacteurs des traités, de Maastricht à Lisbonne. Le fondateur de la Vè République savait bien que l’Europe ne peut pas vivre seulement de l’affirmation des différences nationales; elle doit savoir organiser la négociation permanente entre Etats limitrophes ou voisins. Livrés à eux-mêmes, les sentiments nationaux produisent anarchie, disputes, guerres. Il faut donc les canaliser dans un “concert des nations”. C’est précisément ce à quoi devrait servir une Union Européenne rénovée. 
 
Une Europe confédérale telle que l’on peut l’imaginer est susceptible d’attirer à nouveau la Grande-Bretagne.  Si chaque Etat est maître de sa politique d’immigration, s’il est possible de développer une politique industrielle, si l’on peut mettre en place un système d’ajustements permanents des tarifs douaniers, si la transformation de l’euro en monnaie de réserve devient possible, alors il n’y a aucune raison que Londres reste enfermé dans un “splendide isolement”. Il faudra prendre garde, en outre, pour que Londres se rapproche à nouveau, à fonder la concertation européenne autant sur les parlements que sur les exécutifs nationaux.  
 
Une Europe confédérale n’empêchera pas le resserrement des liens entre certains de ses membres, soit selon une logique thématique soit selon des proximités géographiques. Elle sera en mesure de s’ouvrir à la Russie - et même à la Turquie - sur certains sujets. Mais, dans tous les cas, elle sera fondée sur des réalités. A la fois sur les nations, piliers de l’ordre politique du continent; et sur les moyens les plus modernes de collecte et d’analyse des données - par exemple aux frontières, de façon à ajuster en permanence, commerce, monnaie et intérêt profond des peuples. 
 
Je serais heureux d’en reparler très bientôt avec vous. 
 
Fidèlement vôtre 
 
Benjamin Disraëli
 
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