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Pourquoi vieillir avec moins de médicaments est aussi une question de choix personnel

Publié le 24 septembre 2018
Et si le fait de nous apprendre à vieillir nous concernait finalement tous. C'est ce que propose le docteur Christophe de Jaeger dans son dernier livre, "Bien vieillir sans médicament" (Cherche Midi).
Le docteur Christophe de Jaeger est chargé d’enseignement à la faculté de médecine de Paris, directeur de l’Institut de médecine et physiologie de la longévité (Paris), directeur de la Chaire de la longévité (John Naisbitt University – Belgrade), et...
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Et si le fait de nous apprendre à vieillir nous concernait finalement tous. C'est ce que propose le docteur Christophe de Jaeger dans son dernier livre, "Bien vieillir sans médicament" (Cherche Midi).

Vous l'affirmez : il est possible de rester en bonne santé pendant sa vieillesse sans pour autant passer par une médicamentation lourde ou régulière. La première étape est d'apprendre selon vous à "connaître ses déficits". Qu'appelez-vous un "déficit" et en quoi celui-ci devient-il important avec l'âge ?

Christophe de Jaeger : Le vieillissement est un processus physiologique qui se traduit à partir d’environ 20 ans par une diminution régulière de nos capacités physiologiques (cardiaque, vasculaire, rénale, pulmonaire, immunitaire, etc…). C’est cette diminution progressive, cet affaiblissement de nos différents systèmes qui va nous mener aux maladies et bien sûr, aux médicaments qui seront à ce stade, indispensables.

La révolution que nous devons mener consiste à changer notre vision sur notre propre vieillissement. Il ne faut plus le considérer avec fatalisme, mais l’accompagner activement, utilement, pour le contrôler le mieux possible, le retarder, voire en inverser certaines évolutions qui conduisent à la maladie.

Mais pour cela il faut savoir où nous en sommes objectivement vieillissement, de notre fonctionnement physiologique. Je ne parle pas de savoir si on est malade ou pas. Ce n’est pas le sujet. Il faut connaitre notre statut physiologique réel. Il faut absolument sortir de la dualité simpliste dans laquelle nous nous trouvons depuis le siècle dernier : « malade », « pas malade ». Sortir de cette dualité est réellement révolutionnaire. Car il y a énormément de choses qui se passent dans notre organisme au cours du vieillissement et en dehors de toute maladie.

Pour bien comprendre, il vous suffit de penser à votre voiture. Au départ, quand vous l’achetez, elle fonctionne bien : tous les voyants sont au vert. Deux attitudes possibles : 1/ vous pouvez continuer à rouler indéfiniment jusqu’à la panne ou l’accident (ce qui est le cas actuellement dans notre vision de la santé), ou bien, 2/ l’amener régulièrement faire des contrôles chez votre garagiste préféré. Que va faire l’homme de l’art pour votre voiture ? Il va contrôler les différents paramètres de votre voiture, par exemple, le niveau d’huile, le niveau du liquide de frein, les plaquettes, etc… pour pouvoir intervenir. Il ne va pas remettre de l’huile au hasard.

Pour notre corps humain, c’est exactement la même problématique. Nous fonctionnons, nous nous usons, nos niveaux, par exemple de vitamines, d’hormones, etc… baissent, ce qui évidemment ne peut pas ne pas avoir de conséquences. Notre organisme s’affaiblit et devient fragile aux maladies. On peut prendre des exemples, comme, les carences quasi systématiques en vitamine D, les déficits hormonaux de la ménopause, etc. Ces déficits sont nombreux, mais n’entrainent pas, en tous cas immédiatement, de maladies. Ils nous affaiblissent et nous fragilisent.

Mais il ne faut en aucun cas céder aux tentations de prendre au hasard tels ou tels compléments nutritionnels ou vitamines. Cela peut être largement contre-productif. Dans tous les cas, il faut mesurer pour objectiver une carence ou un déficit et refaire les dosages après corrections. Mais tout ceci doit se faire globalement. Corriger juste les taux sanguins de vitamine D, alors que l’on ignore ses taux de vitamines E ou C est très largement insuffisant aujourd’hui. Les sciences ont fait énormément de progrès. Mettons nos connaissances au profit de la prévention primaire, c’est-à-dire, la prévention pour ne tomber malade. Ne traitons pas plus mal notre organisme que notre automobile, ce qui est le cas aujourd’hui. Soyons simplement logiques : appliquons à notre organisme les principes élémentaires de la logique scientifique. Enfin, le mot clef est la personnalisation des conseils et des prises en charge.

Vous mettez en avant une science du "bien vieillir". Est-ce à dire qu'il existerait une science du mal-vieillir aujourd'hui ? 

Non, il n’y a pas de science du « mal-vieillir », il y a simplement un état de fait lié au fatalisme et à l’ignorance. On peut en effet agir sur la qualité de notre vieillissement comme le montrent clairement de nombreuses études. À tel point que la très sérieuse FDA (Food and Drug Administration) américaine a autorisé un essai sur une drogue pour agir sur la qualité du vieillissement. On peut agir, bien sûr ! Il ne s’agit pas que de rester dans le vieillissement classique que l’on appelle le « successfull aging » ou vieillissement réussi, c’est-à-dire avec un minimum de pathologie, mais aller au déjà et prévenir ou retarder, tant que ce peut, les maladies et la diminution de nos capacités physiologiques.

Ce que je souhaite, c’est justement que l’on dissocie ces deux notions. Le vieillissement ou l’âge chronologique n’est qu’un marqueur du temps qui passe. Il faut donc agir du mieux possible et le plus tôt possible sur les diverses carences qui s’installent dans notre corps, mais également travailler sur notre mode de vie.

Vous proposez d'apprendre à gérer ces déficits de façon le plus autonome possible, tout en ayant recours aux conseils d'un médecin pour prendre ces décisions. Quels sont selon vous les techniques les plus performantes que nos seniors devraient adopter ?

Le fait que vous utilisiez le terme « senior » montre que je n’ai pas été assez clair. Le vieillissement nous ronge à partir de 20 ans. Mais entre 20 et 30 ans, nous avons de telles réserves que nous ne nous rendons pas compte de ce que ce vieillissement implique. Entre 30 et 50 ans, nous sommes victimes d’une sorte de « hold up » temporel. 20 ans passent sans que nous nous en rendions compte totalement absorbé par nos vies professionnelles et familiales. Mais le vieillissement œuvre et sape notre santé. Un peu comme une voiture qui roule et s’use. Elle roule toujours, mais ses paramètres de fonctionnement se dégradent. Entre 50 et 60 ans, beaucoup de paramètres comme le cholestérol, le sucre, la tension artérielle, etc… se dégradent sans que nous ne soyons déjà malades. Entre 60 et 70 ans, malheureusement, la maladie guette. L’espérance de vie en bonne santé est d’environ 65 ans pour une femme et 63 ans pour un homme en France (alors que l’espérance de vie totale à la naissance est d’environ 85 ans pour une femme et presque 80 pour un homme). Entre 70 et 80 ans, la maladie règne.

Il ne faut donc pas attendre d’être un sénior pour s’intéresser à sa santé. Et nous voyons de plus en plus de personnes de 50 ans voire moins qui souhaite évaluer leur Capital santé et savoir où ils en sont en termes de carences, d’âge physiologique réel, etc. Il n’y a pas, à l’inverse, d’âge limite. Quel que soit son âge, on a quelque chose à gagner à se prendre activement en charge. Mais il ne s’agit pas, que de manger mieux ou d’avoir une activité physique adaptée. Il faut également corriger les déficits qui s’installent dans l’organisme à l’exemple de la vitamine D, mais nous avons aussi besoin de vitamine C, de E, etc. la vision professionnelle du médecin est donc indispensable pour orchestrer cela de façon efficace dans un esprit de prévention primaire. Enfin, travailler sur un paramètre est illusoire. Une prise en charge ne peut se concevoir que dans la globalité. Imaginer un garagiste qui ne s’intéresse qu’à la pression de vos pneus et dédaigne les autres systèmes de votre voiture (huile, frein, etc…) ? Fuyez…

Vous explorez aussi les techniques d'avenir, comme celle du rajeunissement des cellules. Ce genre de techniques qui permettraient de prolonger la vie de quelques années ne risquent-elles pas dans le même temps de remettre encore plus en avant l'intérêt d'une science du bien vieillir (le champ d'étude s'étendant à plus d'années) ? 

Mais c’est évident ! Il existe de multiples travaux scientifiques qui montrent que l’espérance de vie d’une espèce peut être très largement augmentée. Il ne s’agit pas de quelques années, mais bien plus. On approche là de concepts difficiles à entendre en France, mais qui passionnent de plus en plus de gens aux Etats Unis, au Japon, en Russie ou en Chine. J’insiste sur ce point : ce qui est intéressant est de prolonger notre santé et d’y ajouter des années. Et c’est ce qui est compris par de plus en plus de personnes de 40 ou 50 ans, qui étant en pleine santé, souhaite le rester.

Il ne faut pas non plus croire que la révolution qui consterait à prendre une gélule et à rajeunir existe. Mais de là à dire que rien ne peut être fait pour vivre plus longtemps et surtout (condition fondamentale) en bonne santé …

L’idée de vivre plus longtemps et en pleine santé est une idée extraordinaire et qui va révolutionner l’organisation même de notre société. C’est d’ailleurs peut-être l’une des raisons qui font que nous avons tant de mal à envisager une vie personnelle plus longue et en bonne santé. Elle ne va pas sans poser de vraies questions aux plans philosophiques, sociétaux ou internationaux. Mais nous y sommes. Ces questions sont dérangeantes pour beaucoup, qui préfèrent alors, dire que c’est impossible et s’enferme dans le fatalisme. Le fatalisme étant assez confortable, car il implique que nous n’ayons pas d’efforts à faire pour changer les choses.

Mais la révolution est là et nous pouvons agir. Cela ne dépend que de nous. Prenons les bonnes décisions pour notre santé, afin de la conserver… longtemps, très longtemps.

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