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© ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP
Territoires perdus de la République

Violences gratuites, racisme, antisémitisme… voyage aux origines du recul de l’ordre républicain qui ronge notre société

Publié le 24 septembre 2018
La société va mal : individu tué pour une place de Parking à Tours, inscriptions antisémites sur une porte d'habitation à Paris, agression homophobe dans le XXe arrondissement de la capitale, pressions faites aux femmes concernant leurs comportements.
Barbara Lefebvre, enseignante et essayiste. Auteur de C’est ça la France (Albin Michel). Elle a publié en 2018 Génération « j’ai le droit » (Albin Michel), était co-auteur en 2002 de l’ouvrage Les territoires perdus de la République (Pluriel)
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Guylain Chevrier est docteur en histoire, enseignant , formateur et consultant.Il est membre du groupe de réflexion sur la laïcité auprès du Haut conseil à l’intégration.Dernier ouvrage : LAÏCITÉ, ÉMANCIPATION ET TRAVAIL SOCIAL L’Harmattan, Sous la...
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La société va mal : individu tué pour une place de Parking à Tours, inscriptions antisémites sur une porte d'habitation à Paris, agression homophobe dans le XXe arrondissement de la capitale, pressions faites aux femmes concernant leurs comportements.

Atlantico : Tué pour une place de Parking à Tours, inscriptions antisémites sur une porte d'habitation à Paris, agression homophobe dans le XXe arrondissement de la capitale, pressions faites aux femmes concernant leurs comportements, quel est l'état des lieux de notre société au regard de tels actes ? 

Barbara Lefebvre : Ces faits, jadis rangés dans la catégorie « divers », font aujourd’hui la une des médias, même si cette médiatisation ne dure que quelques heures et reste sans suite, abandonnant le téléspectateur à son effroi. Cette exposition peut tourner à la saturation notamment sur les chaînes info ou les buzz des réseaux sociaux et contribue à accroitre l’anxiété au sein de l’opinion qui a le sentiment de vivre dans une société terriblement violente. Mais il faut rappeler que la violence est un élément intrinsèque à toutes sociétés humaines et il serait bien naïf de croire qu’on puisse l’éradiquer. Le discours progressiste de la modernité occidentale porte ce fol espoir depuis près de deux siècles. La récusation depuis un demi-siècle de tout autre discours que celui de la modernité triomphante, de toute autre morale à portée universelle que celle des droits de l’homme a contribué à faire du progressisme individualiste sur fond d’économisme la base de toute pensée politique et de toute réflexion sur la société. S’interroger sur la nature de la violence et ses implications théoriques c’est un des fondements de la philosophie depuis les Grecs.  Rousseau par exemple n’est pas le gourou du développement personnel moderne qu’on retrouve aujourd’hui dans certaines présentations de sa pensée ; il était loin d’être un pacifiste ! Tout cela pour dire, que notre société ne supporte plus la violence ; c’est le discours consensuel des intellectuels, des politiques, des médias. Mais elle a crée les conditions de sa permanence – sous des formes plus ou moins renouvelées - qu’il s’agisse des violences symboliques ou physiques. La violence demeure le principal moyen pour soumettre autrui, un outil d’entrave à sa liberté voire à son droit de vivre. Ce qui compte dans une société ce sont les instances de régulation de la violence individuelle et/ou collective, davantage que le développement de machines idéologiques à éradiquer la violence. Elle reste une composante de l’âme humaine, elle a son utilité. Quand un ennemi vous déclare la guerre, si vous campez sur vos positions non violentes, il sera victorieux et vous mourrez. On peut rêver d’un monde où les hommes se battraient à coups de peluches mais le réel est bien différent. 

 

Voilà, on est en 2018, rue Ordener à Paris et on vit un cauchemar éveillé pic.twitter.com/XqRYUVgxLg

— Marie Ottavi (@marie_ottavi) 20 septembre 2018

 

Guylain Chevrier : Effectivement, nous voyons monter le nombre de ces actes au fil de l'actualité. Il y a de plus en plus d’homicides volontaires pour des motifs qui paraissent futiles. Un jeune homme, Adrien Perez, a été ainsi poignardé à mort à la sortie d'une boîte de nuit dans la région grenobloise fin juillet. Il avait été mortellement blessé à coups de couteau en tentant de s'interposer pour défendre un ami, pris à partie par plusieurs autres jeunes qui voulaient en découdre. Samedi dernier, c’est un homme de 43 ans, père de famille, qui à Saint-Pierre-des-Corps, près de Tours (Indre-et-Loire), est décédé des coups reçus de plusieurs individus, pour une simple place de parking. Il y a aussi les agressions à caractère discriminatoires contre des homosexuels qui se multiplient, comme celle perpétrée sur le jeune Arnaud à Paris il y a quelques jours, et un peu avant celui de Nîmes, ou trois adolescents visaient spécialement les homosexuels, parce que considérés par eux comme faibles et n’osant pas porter plainte. Le harcèlement de rue, que subissent de nombreuses femmes est aussi assez marquant, comme l’exemple du quartier de la Chapelle-Pajol à Paris en a témoigné. Les femmes de ce quartier se plaignaient de ne pas pouvoir se déplacer sans essuyer des remarques et des insultes de la part de nombreux hommes, avec des bars, des restaurants, le square, interdits par des groupes de vendeurs à la sauvette, dealeurs, migrants et passeurs, qui y tenaient les rues. Une situation qui a déclenché une large pétition pour stopper ce phénomène.

Un rapport vient d’être révélé sur l’augmentation des violences dans les transports urbains, qui concernent à la fois les agents mais aussi les voyageurs, avec de multiples atteintes physiques (RATP : les violences en forte augmentation en 2017, Le Point.fr, 21/09/2018). Il montre une augmentation de 24 % des violences à l'égard des agents et de 20% pour les passagers en 2017. Une augmentation de 55% rien que pour les vols avec violence. La tension monte dans ce secteur avec des agents de plus en plus soumis à des menaces et des insultes, incivilités. On l’a vu il y a quelques jours avec un chauffeur de bus giflant un adolescent qui l’avait insulté, alors qu’il lui faisait une remarque, parce que ce dernier l’avait fait piler en se mettant en danger. C’est le chauffeur qui a été invité à faire des excuses à l’adolescent. Le chauffeur qui dit avoir agi sous le coup de l’émotion et regrette son geste, a reçu près de 50.000 signatures de soutien en quelques heures. Ce qui montre une société qui tente de réagir à cet irrespect de plus en plus présent, qui reflète un sentiment de toute-puissance et d’impunité chez les agresseurs, qui va avec ces violences qui montent.
 
Le nombre d’informations préoccupantes d’enfants en danger ou en risque de l’être a explosé ces dernières années, avec de nombreux cas de violences entre élèves, et des parents en incapacité de jouer leur rôle face à ces situations. Il y a aujourd’hui une véritable « culture de la violence » qui va avec l’absence de limites, une coupure avec les valeurs et principes, normes juridiques, culture commune qui fondent notre lien social.
 

Les territoires perdus de la République sont-ils de plus en plus nombreux ? 

Barbara Lefebvre : Oui et précisément parce qu’on n’a pas voulu regarder en face le réel et sa violence, dès la fin des années 1980. La violence de cette jeunesse exigeait une répression sans faille, dans les familles, à l’école, dans le quartier. On a préféré inventer l’idéologie antiraciste en croyant naïvement que cette moraline allait calmer tout le monde. Qui fait l’ange fait la bête disait Pascal. Dès le début des années 1990, on entendait les acteurs de terrain dire que chaque génération était plus violente que la précédente, qu’elle était de plus en plus précoce. On a observé ce cycle d’ensauvagement sans réagir, paralysés par nos illusions progressistes. Les Français ont été saturés de beaux discours et leur cortège d’explications valant excuses : c’est la faute au chômage, à l’élitisme scolaire, à la laideur des logements, à la discrimination raciale, au trafic de drogue, etc. On a dépensé des milliards pour rénover des quartiers sans s’attaquer à ceux qui faisaient régner la terreur dans les quartiers. Il aurait fallu déloger des familles entières, faire les saisies sur salaires et aides sociales des parents de mineurs délinquants, expulser les délinquants récidivistes étrangers, déployer une présence policière pour imposer l’ordre. Si à la fin des années 1980-début 1990 on avait montré de la force et de la résolution quand ces phénomènes étaient à leurs prémices, les choses auraient-elles autant dégénéré ? La loi française n’aurait-elle pas primée sur la loi du quartier dans l’esprit des gens et de façon concrète ? Aujourd’hui ces territoires sont sous la coupe des islamistes ou des trafiquants qui se partagent le pouvoir sans toujours se fréquenter, dans un inquiétant statu quo. Pendant ce temps, des gens sans histoire vivent là et subissent la violence de ces seigneurs locaux. 

Guylain Chevrier : Il est indéniable que ces territoires se sont multipliés, car les lignes de force qui sont à l'œuvre ici n’ont pas faibli. C’est Patrick Kanner, ministre de la ville en 2016 qui parlait au lendemain des attentats de Bruxelles, pour ces territoires, d’une tête de pont d’une centaine de « Molenbeek français », du nom du quartier communautarisé de la capitale belge d’où la violence est venue. On a du mal à comprendre que, dans ce contexte, où mille précautions sont à prendre, même des centres sociaux contribuent à cette confusion en en oubliant leur mission universelle laïque et leur neutralité, comme à Bergerac (Dordogne), où le maire les a laissés être utilisés le soir largement par les familles pratiquant le ramadan, jusqu’à 1 heure du matin, sous prétexte de « s’adapter aux habitudes des gens ». Ce qui a amené la CAF à suspendre ses financements. Comment ne pas voir que l’on encourage ainsi une logique communautaire qui pèse sur la liberté de choix des autres personnes de même origine dans ces quartiers, sur la façon de vivre leur religion ou de na pas la pratiquer, au risque du communautarisme, de nouvelles mises à part et de l’enfermement religieux, de fracture avec les autres habitants ? 

Le départ de milliers de familles juives de certains quartiers de banlieues et mêmes de départements, par crainte des actes antisémites qui se multiplient et qui, selon les dernières enquêtes officielles sont de plus en plus violents, reflète assez bien ce qui s’opère comme fermeture territoriale identitaire aujourd’hui. 
 
On sait que la radicalisation galope, et que l’école est au cœur des enjeux de lutte contre ce phénomène par l’éducation. On voit néanmoins dans les ESPE, les écoles de formation des enseignants, des étudiantes voilées y revendiquer leur différence, au lieu d’une stricte neutralité qu’elles sont appelées à respecter comme agent de la fonction publique, et de se préparer à jouer leur rôle pour porter ces principes républicains vitaux qui s’appliquent à l’école. Comment ces futures enseignantes vont-elles dans cet état d’esprit s’impliquer dans la promotion des valeurs de la République qui est au cœur de la lutte contre la radicalisation par l’éducation, spécialement dans les quartiers difficiles où elles vont exercer ? Voilà aussi un territoire perdu de la République que l’on n’aurait pas osé soupçonner il y a quelques années.
 
Bien des problèmes sociaux se lient à la problématique de l’hétérogénéité culturelle et à l’intégration, qui domine certains quartiers, et entame notre cohésion sociale. De la polygamie à la recrudescence du mariage forcé comme anti-modèle d’intégration, où la tradition religieuse remplace la loi, à de nombreuses femmes seules avec des enfants abandonnées par les pères, souvent issues de l’immigration, non-diplômées, qui connaissent le chômage ou les petits boulots, qui n’arrivent pas à faire face en termes d’éducation. Il en résulte que pour bien des mineurs elle se fait en bas des cages d’escalier. Un ensemble d’ingrédients qui peuvent conduire facilement au hors la loi. Une réalité qui se rajoute à la ghettoïsation sociale lorsqu’elle n’y contribue pas. On ne peut que constater que c’est dans ce type de contexte que se développe le plus les phénomènes de bandes, l’usage et la vente de stupéfiants de plus en plus banalisés, l’argent facile qui y est associé, sans compter encore avec l’organisation de réseaux de prostitution de mineures avec de très jeunes filles qui s’y trouvent recrutées où la violence est souvent au rendez-vous, comme des affaires récentes devant les tribunaux l’ont montré. Les étrangers représentent environ 20% des écroués, c’est-à-dire plus de deux fois ce qu’ils représentent dans la population générale. Un chiffre qui a été en augmentation ces dernières années.
 
Il est devenu pratiquement impossible pour la police de faire dans certains quartiers un contrôle sur une femme en voile intégral pour faire respecter la loi qui l’interdit dans l’espace public, sans que cela ne déclenche une émeute. On entend dans les propos de ceux qui prennent le parti des émeutiers dire que, si c’est le choix de cette personne on n’a rien à lui interdire, dénaturant le sens de la loi qui serait à prendre ou à laisser. Qu’elle éducation a-t-elle pu être donnée pour la considérer ainsi, sans le respect de laquelle c’est le retour du désordre, de la loi de la jungle, et de la guerre de tous contre tous. Une conception de la loi à l’image d’un certain rejet de la France, que l’on constate dans les mêmes territoires. On se rappelle de ces jeunes collégiens de différentes banlieues, interviewés en classe dans un reportage intitulé « Les Français c’est les autres » (France 2, 2 février 2016), lever la main en classe lorsqu’on leur demande s’ils sont Français, et quasiment plus lorsqu’on leur demande s’ils se sentent français. Pourtant, ils bénéficient des bienfaits d’une société qui, à bien des égards, leur apporte cent fois plus que ce qu’auraient pu leur donner leurs pays d’origine. Quelque chose a été raté ici, avec un malentendu où la construction de la citoyenneté y perd aussi son sens. 
 

Comment comprendre les racines du mal ? S'agit-il du résultat d'une situation qui a été laissée trop longtemps sans réponse ? 

Barbara Lefebvre : On est restés sans voix pendant plus de vingt ans face aux violences contre les biens et les personnes qui se multipliaient dans ces quartiers : agressions contre les médecins, les travailleurs sociaux, les pompiers, les enseignants, les commerçants, destruction de biens publics, caillassage de bus, feux de voiture, rodéos sauvages. Les émeutes de 2005 ont montré la réalité de ces violences, leur caractère homogène nourri d’une haine profonde de la France sur fond encore vague d’identitarisme islamique et ethnoracial. Et le discours porté par les médias et les politiques a encore été de culpabiliser la société dans son ensemble. La grille de lecture binaire de la société « dominants-dominés » insupporte l’immense majorité des Français contre une poignée d’autres Français qui se victimisent à longueur de journée. Cela crée la fracture, à mon sens, la plus profonde et dangereusement explosive entre deux France. Au-delà de la pertinence de la partition sociale et économique décrite par Christophe Guilly entre élites et France périphérique, il existe aussi une fracture morale et civilisationnelle. Une France récuse l’accusation d’être le bourreau de la seconde qui s’enferme dans un déterminisme identitaire agressif qui empêche toute assimilation aux codes culturels et sociaux de la majorité. Cela ne peut que dériver vers la violence et aller en s’aggravant. 

Guylain Chevrier : Nous sommes dans une société de plus en plus permissive, ou on a sacralisé le principe de tolérance, avec en toile de fond un modèle hyper-individualiste, ou le désir est tout et ne doit pas rencontrer de limites, avec cet idéal-type de la réussite fondé sur le tout avoir, que le football symbolise.

On a assisté ces dernières années au remplacement d’une éducation fondée sur des principes communs et le respect de l’autorité, par une éducation des enfants de plus en plus libertaire, individualiste, en reflet du fameux slogan de mai 1968, « il est interdit d’interdire ». Une évolution en forme de soupape à une société de moins en moins fiable, de moins en moins protectrice, donnant la primauté à l‘individualisme, aux différences, et un Etat de plus en plus désengagé de ses missions. Ce qui n’a pas manqué de faire des dégâts. 
 
Le maire EELV de Grenoble, Eric Piolle, a réagi à l’assassinat du jeune Adrien Perez, alors qu’un nouvel acte de violence frappait sa ville le soir même, un homme venait de mourir de plusieurs balles, pour lancer un cri d’alarme en raison du développement de la délinquance sur son territoire, en en appelant à l’Etat. Mais comment peut-il conjuguer sa militance notoire en faveur de la légalisation du cannabis, le refus de la vidéo-surveillance à des points stratégiques, avec la situation de sa ville où le trafic de drogue est un facteur central de ces violences ? Où est donc le rôle de représentant de l’Etat en la matière ? Particulièrement concernant la prévention des conduites à risque, au centre desquelles se trouve la consommation de produits stupéfiants chez des jeunes de plus en plus jeunes ? L’usage de cannabis est un des facteurs de l’échec scolaire, premier cran d’un engrenage qui peut mener à la délinquance. Et pourquoi le discours public sur ce sujet est-il si permissif, le cannabis étant de plus en plus banalisé alors que l’on connait les effets sociaux dévastateurs de sa consommation, sans compter avec les problèmes de santé publique que cela peut poser ? Quelle confusion et quelle complaisance !
 
L’école est touchée de plein fouet par cette situation, au cœur de la promotion sociale. L’enseignant n’y est plus respecté, parce qu'on ne sait plus ce qu'il y représente. On a cédé aux injonctions des affirmations identitaires, en y répondant par un enseignement du fait religieux à l’école qui a pris une place croissante, pour intégrer les élèves par leurs différences au lieu de promouvoir un cadre commun en donnant un caractère sacré à ce que nous partageons pour faire société. Les enfants connaissent mieux ce qu’ont dit Jésus ou Mahomet, qu’on enseigne depuis la primaire, que ce que contient notre Constitution comme principes fondamentaux. Sans compter encore avec les ELCO, ces classes d’enseignement des langues et cultures d’origine inscrites dans le cadre de l’Education nationale dont les enseignants sont choisis par les ambassades des pays d’origine des enfants qui les fréquentent, qui ont été plusieurs fois dénoncées pour leur prosélytisme. Des classes à la fermeture desquelles s’était engagée Najat Vallaud-Belkacem lorsqu’elle était ministre, ce qui n’a pas été fait. 
 
Faut-il rappeler que, la première déclaration de Jean-Louis Bianco une fois président de l’Observatoire national de la laïcité, en remplacement d’un Haut conseil à l’intégration gênant par ses rapports interpellant les responsables de l’Etat sur la gravité de la situation, a été de dire qu’il n’y avait pas de problème avec la laïcité en France. 
 
Il est évident que dans bien des domaines, on n’a pas pris la mesure des changements de notre société, entre chômage de masse chronique, évolution multiculturelle et difficulté d’intégration, frein à la promotion sociale.
 

Quels ont été les mécanismes sociaux et politiques qui peuvent être à l'origine de faits qui auraient été jugés intolérables il y a encore quelques années ?

Barbara Lefebvre : La question éducative demeure centrale au fond. On voit bien dans ces quartiers difficiles qu’il n’y a pas de fatalité. Des familles résistent à toutes les dérives, leurs enfants réussissent leur scolarité et leur vie professionnelle, et s’empressent de quitter ces quartiers, ce qui est absolument normal. Qui voudrait rester dans le panier de crabes ! Mais ce n’est pas du tout un phénomène réductible à ces quartiers dits populaires. C’est une question sociétale : la destruction minutieuse de la famille après 1945, cette petite patrie lieu de sécurisation et d’éducation primordiale, la destitution de la figure paternelle réduite à un rôle de maman-bis, la maman qui doit aussi être une femme libre devant tout sacrifier à son bonheur individuel – l’éducation des enfants pouvant être sous-traitée à des nounous ou des objets électroniques. La récusation de l’autorité parentale, de leur responsabilité éducative, au profit d’institutions comme l’école me paraît avoir été un des ferments du désordre dans lequel sont plongés nos jeunes, de plus en plus anxieux, avec des addictions précoces aux drogues ou à l’alcool. L’école devrait se concentrer sur l’instruction et la transmission d’un héritage national commun, la grande patrie... Toutes les générations sont touchées par cette destruction du socle civilisationnel qu’est la famille. Et dans des familles porteuses de représentations culturelles différentes, le télescopage avec la famille occidentale moderne démocratiques faites d’égaux puisque les enfants et les adultes sont censés co-gouverner, est très violente et déstructurant. Cela ajoute de la violence à la violence.

Guylain Chevrier : On a relâché le seuil de tolérance à la mesure d’une crise profonde de société et d’absence de projet politique, du laisser-faire multiculturelle, d’une perte de confiance des citoyens dans leurs représentants, alors que l’économie semble subsumer le politique, et l’Union européenne décider à la place des Français, laissant s’effacer dans la brume du temps de l’histoire derrière nous toute idée d’un Etat fort, d’une unité de la nation qui en soit le reflet. 

Toute cette violence est banalisée par un climat social où l’Etat se désengage, comme de sa mission de justice, qui est laissée à désirer, quand il faudrait envoyer des messages d’exigences et de responsabilité à la société. Dans ce contexte de tolérance jusqu’à une certaine forme de lâcher-prise, on a de plus en plus remplacé les peines d’emprisonnement par des alternatives à l’incarcération. Mais leur effet dissuasif reste à démontrer, en dehors de laisser penser à certains auteurs de délits qu’ils sont dans l’impunité, et leurs victimes, que justice ne leur est pas rendue. Elles peuvent avoir leur utilité mais les généraliser leur fait perdre tout leur sens. Les peines de moins d’un an ne sont en général plus exécutées, et celles de moins de deux ans de moins en moins. Concernant les délits graves, il n’y a que 6% de récidive, car les peines prononcées sont respectées, mais pour les délits de vol et de violence, dont les auteurs sont largement constitués de mineurs et de jeunes adultes, auxquels s’appliquent le plus les peines alternatives, il y a plus de 70% de récidive. La meilleure des préventions n’est-elle pas le risque de sanction. N’est-ce pas une manière de dire à un individu que la société ne le laissera pas faire comme limite protectrice, mais d'une certaine façon aussi, lui dire qu’elle tient aussi à lui ? La règle de droit si elle est abstraite et générale, et est ainsi censée s’appliquer à tous, doit pour avoir du sens être obligatoire et sanctionnée, telle qu’elle se définit dans les manuels de droit.
 
Autre phénomène convergeant où on voit un recul des seuils, les réactions de violence collective presque systématiques qui se sont faits jour en ciblant la police pour son action face à une délinquance qui ignore les limites. A Nantes, suite au décès par balle d'un homme qui aurait tenté de se soustraire à un contrôle de police en fonçant sur les forces de l'ordre, des violences urbaines ont éclaté et se sont prolongées plusieurs jours, avant même de savoir ce qu’il en était de la responsabilité ou non du policier qui s’était servi de son arme. On pourrait évoquer le phénomène des « Black blocs », apparu en grand lors des manifestations contre la Loi travail, venus uniquement pour s’exprimer par la violence, avec des slogans directement hostiles à la police, qui donnent l’exemple d’un hors limite et l’image d’un Etat qui ne sait plus assurer la sécurité lors des manifestations qui constituent une réalité coutumière des conflits sociaux, de notre démocratie.  
 
La banalisation des insultes contre la police, les agressions contre les pompiers faisant leur travail lorsqu’ils interviennent dans certaines cités, les voitures brûlées et plus particulièrement les écoles, les bibliothèques, ne sont que les quelques aspects de cette fracture et de cette dérive.
Pour élargir, on voit aussi dans d’autres domaines un Etat qui a quitté son rôle d’architecte de la vie des Français, pour épouser celui d’un simple arbitre des règles du jeu. On le voit céder sur l’intérêt général à tous les groupes d’intérêt particulier, comme en a rendu compte le piteux dénouement du projet de construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Le zadisme est devenu une mode et il ne se passe pratiquement pas une semaine sans que des zadistes ne s’opposent à la réalisation d’un ouvrage d’intérêt général par des manifestations où la violence est présentée comme légitime.
 
Le vote extrême qui reflète la montée de la colère dans notre société, au regard de ces différents phénomènes, avec un FN qui, malgré ses déboires judiciaires, continue d’avoir le vent en poupe, constitue un autre révélateur de cette violence et un autre danger potentiel d’affrontement.
 
C’est tout un climat de pessimisme et de renoncement, de complaisance, tenant à une situation d’absence de perspective, de discrédit et de désenchantement, de lâcheté politique et de manque de vision, qui est à la racine de la dégradation que connait notre société, en grave perte de repères. Il y a une cohérence à retrouver, qui passe par un projet de société qui remette notre République sur ses rails, avec un Etat qui ait la volonté de se faire entendre, entre valeurs clairement déclarées et priorité à l’intérêt général, qui défendent pied à pied en y mettant les moyens la cohésion sociale, susceptible d’engager une reconquête des quartiers populaires. C’est le premier pas à un projet politique propre à un nouveau contrat social entre les différentes parties de notre société, qui puisse faire retrouver aux Français l’espoir, qui rassemble, alors que la division est partout, et avec elle, la montée de la violence.
 
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