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La réduction de la pauvreté dans le monde n’a jamais été aussi facile
Publié le 16 août 2018
Les différentes nations de la planète ont fait des progrès remarquables dans l’élimination de la pauvreté. Comment expliquer cette baisse record ?
Jean-Marc Siroën est économiste. Il enseigne actuellement à l’université Paris Dauphine et est professeur au sein du département Master Sciences des Organisations. Il est spécialiste d’économie internationale. Il participe également au programme de...
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Jean-Marc Siroën est économiste. Il enseigne actuellement à l’université Paris Dauphine et est professeur au sein du département Master Sciences des Organisations. Il est spécialiste d’économie internationale. Il participe également au programme de...
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Les différentes nations de la planète ont fait des progrès remarquables dans l’élimination de la pauvreté. Comment expliquer cette baisse record ?

Atlantico : Ces dernières années, le monde a fait des progrès remarquables dans l’élimination de la pauvreté. En 1820, 94% de la population mondiale vivait dans une pauvreté extrême (moins de 1,90 dollar par jour, ajustée au pouvoir d’achat). En 1990, ce chiffre était de 34,8% et, en 2015, seulement 9,6%. Comment expliquer cette baisse record ?

 
Jean-Marc Siroën : La principale explication est la bonne performance économique des pays en développement. A partir des années 1990, la crise de l'endettement s'apaise et ces pays connaissent un taux de croissance bien plus élevé que celui des pays industriels ce qui accélère leur transition démographique, c'est-à-dire la réduction de leur taux de natalité, elle-même favorable à la réduction de la pauvreté. Cette forte croissance économique est due à la remise en cause des politiques économiques qui avaient été menées jusque-là par la plupart des pays et fondées sur des modèles autocentrés, peu ouverts sur l'extérieur, avec des entreprises, souvent publiques, mal gérées et protégées de la concurrence internationale par des barrières commerciales ou règlementaires. De leur plein gré -comme la Chine ou l'Inde- ou contraints par les organisations internationales comme le FMI ou la Banque Mondiale, ces pays ont ouvert et libéralisé leur économie en conservant néanmoins quelques garde-fous. Une bonne part de la diminution spectaculaire de la pauvreté dans le Monde peut ainsi être imputée à la Chine du fait de son poids dans la population mondiale. En libéralisant son agriculture, son industrie, son commerce extérieur et les investissements étrangers ce pays a connu pendant cette période des taux de croissance à deux chiffres qui lui ont permis de faire passer son taux de pauvreté de 67% en 1990 à environ 5% vingt ans plus tard. Au-delà de cet effet de masse, la Chine a joué un rôle moteur dans ce processus vertueux de réduction mondiale de la pauvreté car sa croissance a favorisé la hausse du prix des matières premières qu'elle importe massivement ce qui a entrainé les exportations et donc la croissance des économies d'Amérique latine ou d'Afrique. D'autres facteurs ont également joué en faveur de la réduction de la pauvreté, mais de manière plus marginale et plus controversée : plus grande efficacité de l'aide au développement, accroissement des transferts monétaires en provenance des populations émigrées ou politiques internes de lutte contre la pauvreté par des politiques de redistribution (notamment en Amérique latine).
Quelques nuances doivent néanmoins être apportées à ce constat. L'indicateur retenu -moins de 1,9 dollar par jour- définit un seuil arbitraire qui ne quantifie que la pauvreté monétaire. Il ne dit pas grand-chose sur les conditions de vie : accès à l'éducation, à la santé, au logement, à l'eau, à l'électricité, etc. La question du "bon" indicateur de pauvreté reste un sujet largement débattu par les spécialistes. Certaines organisations comme le Programme des Etats-Unis pour le Développement (PNUD) insistent davantage sur les indices de développement humain (IDH) ou sur les indicateurs de pauvreté "multidimensionnelle" qui élargissent le nombre de critères pris en compte. D'après l'Université d'Oxford (OPHI), la pauvreté multidimensionnelle toucherait encore 26,5% de la population mondiale ce qui n'est pas rien. D'autre part, l'indicateur de 1,9 dollar ne concerne que la pauvreté "absolue" et non la pauvreté "relative" qui s'apprécie par rapport au niveau de vie du pays. C'est le cas en France où le seuil de pauvreté en France est fixé à 60% du revenu médian. Néanmoins ces indicateurs peuvent être trompeurs : lorsque les revenus augmentent plus vite pour les classes moyennes ou supérieures, la pauvreté "relative" s'accroit mécaniquement même si les plus pauvres bénéficient eux-aussi d'une hausse, même moindre, de leur revenu. 
 
La réduction de la pauvreté monétaire et absolue -moins de 1,9 dollars par jour- s'est d'ailleurs accompagnée d'une augmentation des inégalités dans la plupart des pays en développement et, notamment, en Chine. Pendant longtemps, les organisations internationales ont considéré que l'accroissement des inégalités à l'intérieur des pays était sans importance dès lors que la pauvreté régressait. Elle était même considérée comme une condition nécessaire à la réduction de la pauvreté, les riches entrainant les pauvres par un effet de "ruissellement" (récemment très débattu en France, mais peut-être pas à bon escient !). Elles commencent aujourd'hui à se rendre compte que les inégalités peuvent aussi devenir contreproductives économiquement, socialement et politiquement…
 
 

Quels sont les pays les plus touchés actuellement ? Quelles ont été les évolutions ?

 
La diminution de la pauvreté a bénéficié à toutes les régions en développement et, notamment aux régions initialement les plus pauvres d'Asie et d'Afrique. Mais la diminution à été plus forte en Asie de l'Est qu'en Asie du Sud et qu'en Afrique sub-saharienne. L'Amérique latine a vu aussi régresser sa pauvreté, mais à partir d'un niveau initial beaucoup plus faible (du moins en ce qui concerne la pauvreté "monétaire"). Il n'en reste pas moins que la pauvreté n'a pas été éradiquée. C'est en Afrique sub-saharienne que la situation reste la plus préoccupante avec un taux de pauvreté monétaire qui a moins rapidement baissé qu'ailleurs et qui reste au-dessus de 40% en moyenne. Madagascar est un des rares pays à avoir vu sa situation se détériorer avec un taux qui frise les … 80% ! En Asie, certains pays comme l'Inde ou le Laos restent au-dessus de 20%.
 
L'effet de rattrapage s'estompant, la locomotive chinoise se ralentissant, les catastrophes naturelles se multipliant et les conflits se généralisant, la réduction de la pauvreté risque d'être plus difficile à combattre dans les prochaines années qu'elle ne l'a été dans le quart de siècle passé sauf si de nouvelles dynamiques, aux contours encore flous, devaient prendre le relais.

 

Parmi ceux qui vivent dans l'extrême pauvreté, plus de 40% résident dans deux pays seulement : l'Inde et le Nigéria. Le fait qu'autant de pauvreté soit concentrée dans deux pays, est-ce une bonne chose pour lutter plus efficacement contre elle ?

 
Il n'est pas certain que la taille d'un pays ait une quelconque influence sur la pauvreté. Certes l'immense Chine a réduit spectaculairement sa pauvreté, mais le Vietnam, plus petit, a connu des résultats similaires et de "minuscules" pays, comme le Costa-Rica ou Maurice (surtout si on le compare à sa voisine, Madagascar) connaissent aujourd'hui des taux de pauvreté monétaire qui frisent le zéro… Bien entendu, il reste un effet statistique : une forte diminution de la pauvreté au Nigeria ou en Inde conduirait mécaniquement à une importante diminution de la pauvreté mondiale… Il n'est pas exclu non plus qu'un "miracle" indien ou africain succède au "miracle chinois". 
 
Le Nigeria et l'Inde ont modifié leurs politiques plus tardivement que la Chine et ont donc connu des résultats moins spectaculaires. Si la croissance démographique reste un problème pour le Nigeria qui pourrait tripler sa population d'ici 2050, l'Inde achève sa transition. Ce dernier pays, qui se développe à un rythme rapide et qui possède des atouts importants, notamment la qualité de ses cadres (chercheurs, ingénieurs, …), une économie diversifiée et des avantages comparatifs dans certains secteurs de services et de haute technologie, pourrait accélérer ses résultats en matière de pauvreté si elle accompagnait mieux sa croissance de politiques sociales plus ambitieuses et si elle ne délaissait pas les régions les plus pauvres. 
 
Mais si la réduction de la pauvreté monétaire est une condition sans doute nécessaire, elle n'est certainement pas suffisante pour éradiquer durablement la "vraie" pauvreté. L'augmentation du prix des matières premières a certes permis les bonnes performances des pays producteurs, mais l'exemple du Venezuela montre qu'un retournement peut conduire à une forte régression quand la lutte contre la pauvreté se limite démagogiquement à une simple redistribution d'une la rente pétrolière ou minière, soumise aux caprices de l'économie mondiale. Si la croissance économique contribue à réduire la pauvreté "monétaire" elle crée aussi d'autres problèmes liés à des inégalités entre territoires et à une urbanisation non maitrisée (développement de favelas, insécurité, pollution, instabilité, etc.). C'est là que se situent les principaux enjeux de demain non seulement pour le Nigeria, l'Inde, mais aussi pour tous les autres pays qui ont pu connaitre des résultats spectaculaires et enfin pour les pays "riches" exposés au risque de vagues migratoires incontrôlables ou à l''instabilité de régions stratégiques.
 
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