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Identité(s)

"MeTwo", à la fois turcs et allemands: le mouvement sur la double appartenance qui bouleverse l’Allemagne

Publié le 01 août 2018
Une nouvelle tendance sur les réseaux sociaux, #MeTwo, a été lancée par le militant antiraciste Ali Can en Allemagne. De nombreux internautes turcs revendiquent leur double appartenance. Les Turcs sont-ils bien intégrés en Allemagne ?
Guylain Chevrier
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Guylain Chevrier est docteur en histoire, enseignant , formateur et consultant.Il est membre du groupe de réflexion sur la laïcité auprès du Haut conseil à l’intégration.Dernier ouvrage : LAÏCITÉ, ÉMANCIPATION ET TRAVAIL SOCIAL L’Harmattan, Sous la...
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Yvonne Bollmann
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Yvonne Bollmann est ancien maître de conférences à l'université Paris XII, auteur de La Bataille des langues en Europe et de Ce que veut l'Allemagne, publiés tous deux chez Bartillat
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Une nouvelle tendance sur les réseaux sociaux, #MeTwo, a été lancée par le militant antiraciste Ali Can en Allemagne. De nombreux internautes turcs revendiquent leur double appartenance. Les Turcs sont-ils bien intégrés en Allemagne ?

Atlantico : À travers le #MeTwo lancé par le militant antiraciste Ali Can en Allemagne et inspiré du mouvement #MeToo, de nombreux internautes turcs revendiquent leur double appartenance. Ils y dénoncent également le racisme dont ils sont victimes. Comment évaluez-vous les tensions liées à l’immigration en Allemagne ? Les Turcs sont-ils bien intégrés ?

 
Guylain Chevrier : Ce qui se passe actuellement en Allemagne à travers le football est à replacer dans un double contexte. D’une part, celui du football lui-même, phénomène de société qui amplifie tout en raison de l’importance accordé à ce sport, alors que la Mannschaft a été éliminée prématurément lors de la coupe du monde. Avec, derrière ce sport, une question de l’intégration très présente, du fait des sommes folles engagées, de l’idée que l’on peut naitre dans un quartier pauvre en étant immigré et devenir riche par ce biais, avec un fort rapport à la symbolique de l’équipe nationale, qui peut inclure des réactions de rejets et de racisme. D’autre part, si le football peut être jugé par certains comme provoquant un effet de loupe de ce que serait la société allemande, en la désignant par généralisation à partir de ce cas comme raciste, cela cache en réalité des problèmes plus profonds qui tiennent au multiculturalisme dont le système fonde l’organisation sociale de ce pays. Dans une émission d’Arte consacrée à la laïcité d’il y a quelques années, dans le volet concernant cette Allemagne où l’on finance les Eglises par l’impôt, on interrogeait un grand journaliste d’un journal people qui résumait d’une idée l’état des choses. Il expliquait qu’il était très bien que les femmes turques portent le voile, qu’elles revendiquent ainsi une culture d’origine, puisqu’elles ne seraient jamais reconnues comme des femmes allemandes. Cela en dit long sur la façon dont le concept d’intégration peut être vécu en Allemagne. La logique propre au multiculturalisme donne une connotation bien particulière à la notion d’intégration, celle de séparation en communautés identitaires distinctes au nom du respect des cultures, qui conduit à ne jamais se mélanger, avec une citoyenneté dont le sens peut devenir introuvable, à travers quoi se perd l’idée même de faire peuple. Ce sont ces contradictions sur lesquelles il faudrait porter l’attention et tenter de discerner où s’enracinent les tensions liées à l’immigration. Bien sûr, en la matière, pour chaque pays les mêmes questions sont posées, mais on peut considérer que le multiculturalisme les exacerbe, en figeant les identités.
 
Yvonne Bollmann : « Appartenance » est un mot qui évacue le politique, laissant le champ libre au foisonnement des possibles qui divisent. Il attise la concurrence entre collectivités diverses, nourrit le « narcissisme des petites différences » jusqu’à détruire toute possibilité de réussite individuelle, et peut déboucher sur un racisme susceptible d’en entraîner un autre. Ne vaudrait-il pas mieux renoncer à l’oubli des leçons de l’histoire et avoir une idée plus noble de la nation ? En allemand, il y a deux termes pour désigner l’appartenance dans ce domaine : Staatsangehörigkeit, qui désigne la nationalité-citoyenneté, Volkszugehörigkeit qui se rapporte à l’ « origine ethnique » (le dictionnaire en ligne Linguee signale que « l'ethnicité n'est pas forcément la même chose que la nationalité »). Les tensions liées à l’immigration sont ainsi préfigurées dans la langue. Mais en disant qu’il avait « deux cœurs dans la poitrine », le footballeur allemand Mesut Özil, né de parents turcs, et dont les propos ont déclenché l’action #MeTwo, s’est exprimé d'une certaine façon avec les mots de Faust, cette « légende allemande », lorsqu’il s’écrie chez Goethe : « Deux âmes, hélas ! habitent en ma poitrine ». Une forme d’intégration ?

 

Au regard de ce qu’est devenue la Turquie et notamment à travers la politique d'Erdogan, n'est-ce pas compréhensible qu’une double appartenance suscite non pas du racisme, mais des questionnements ?

 
Guylain Chevrier : On joue aussi trop sur cette double appartenance en matière de communication politique, ce qui est un piège. Si on prend le cas d’Özil, longtemps valorisé comme un modèle d’intégration par le sport, il a essuyé des critiques parfois teintées de nationalisme après l’élimination ressentie comme humiliante de l’Allemagne du Mondial. Il ne faut pas sous-estimer les ressorts politiques dans cette situation, d’autant plus sensible que l’Allemagne connaît un essor sans précédent de l’extrême droite depuis 1945. Pour autant, le joueur a quitté la Mannschaft en accusant le patron de la DFB, Reinhart Grindel, de le considérer comme Allemand uniquement « quand nous gagnons » mais comme « un immigré quand nous perdons ». Des accusations rejetées par l’intéressé, d’autant que dans bien des grandes équipes allemandes on peut voir de nombreux joueurs étrangers adulés par les Allemands. Ces derniers n’ont donc pas dû tellement apprécier, car on pourrait retourner l’argument en disant qu’il sert au joueur d’excuse, pour botter en touche. Il faut donc prendre avec précaution ce type d’argument qui consiste à rabattre opportunément divers problèmes sur le plan des discriminations, pour remplacer toute réflexion par de la victimisation. Ce qui peut effectivement créer des questionnements, voire de l’incompréhension, sinon du rejet. Nous connaissons aussi cela dans notre pays, si on se rappelle la polémique autour de Benzema. Le fait que celui-ci n’ait pas été retenu en équipe de France a déclenché une campagne contre Didier Deschamps accusé entre autres, par le joueur, d’avoir « cédé à la pression d’une partie raciste de la France ». Ceci, alors que cela était lié à une affaire judiciaire où avait été engagée la responsabilité de ce dernier, et qui avait empoisonné le foot français pendant des semaines.
 
Autre sujet d’incompréhension qui redouble le premier, la rencontre d’Özil avec le Président Erdogan. Si accuser Özil de manquer de patriotisme en raison de sa rencontre avec ce dernier est sans doute absurde, celle-ci arrivant dans un contexte de montée en puissance de ce qui ressemble de plus en plus en Turquie à un régime d’exception dirigé par un autocrate à la tête d’un parti islamiste, n’a pu laisser indifférent, alors que la communauté turque en Allemagne soutien Erdogan de façon massive. Cette double appartenance apparait alors dans un jeu plus compliqué que celui des « bons sentiments », fussent-ils ceux légitimes de la lutte contre le racisme. Une victimisation à outrance pourrait bien finir par être perçue comme une ingratitude venant de ceux qui, immigrés, sont installés en Allemagne et y bénéficie de cette fameuse double nationalité, avec les mêmes avantages que tous les autres membres de la société allemande.
 
Yvonne Bollmann : Par leur rencontre avec Erdogan, et photographiés en sa compagnie, les footballeurs Gündogan et Özil, par ailleurs non détenteurs d’un passeport turc, ont rendu « perplexe » le président de la République fédérale d'Allemagne, qui s’est demandé s’ils n’avaient pas été pris au dépourvu. Mais n’ont-ils pas été pleinement « allemands » en s’adressant ainsi au président du pays de leurs parents, tels ces membres de minorités allemandes à l’étranger qui se déclarent citoyens italiens, roumains, polonais ou hongrois, mais « de nationalité allemande » ? En recevant à son tour les deux jeunes gens à leur demande, pour clarifier la situation, Frank-Walter Steinmeier s’est empressé de rappeler que « la patrie (Heimat), ça existe aussi au pluriel », qu’ « on peut avoir plus d’une patrie et en trouver une nouvelle ». Lui-même, en octobre 2017, lors de sa visite inaugurale en tant que président dans le Schleswig-Holstein, s’était rendu à Flensburg, auprès de la FUEN (Föderalistische Union Europäischer Nationalitäten, Union Fédéraliste des Communautés Ethniques Européennes), dont il attend le concours pour ethniciser l’Union européenne. Ce processus déjà bien entamé multipliera les conflits.
 
 
 

Avec MeTwo, les Turcs allemands ont certes raison de dénoncer le racisme. Mais ne participent-ils pas quelque part à alimenter un procès en double loyauté contradictoire ?

 
Guylain Chevrier : Via le #MeTwo, en référence aux deux cœurs, « un allemand et un turc », que l’ex-joueur de la sélection nationale a revendiqué avoir « dans la poitrine », des milliers d’Allemands, immigrés de première ou deuxième génération, d’origine polonaise, turque, ou encore vietnamienne, se sont mis à témoigner sur les réseaux sociaux du racisme au quotidien. Le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas (SPD) a aussi utilisé cet hashtag pour conseiller à ceux « qui pensent que le racisme en Allemagne n’est plus un problème » de lire ces témoignages « impressionnants et douloureux ». Des personnalités publiques s’y sont associées. On parle d’une reprise de cet hashtag 60.000 fois, un chiffre qui est souligné comme important et qui peut sans doute refléter une certaine réalité, mais qui est loin d’un raz de marée au regard du phénomène médiatique créé autour de cela et d’une Allemagne qui reste un pays de plus de 81 millions d’habitants fortement marqué par l’immigration, dont trois à quatre millions de migrants Turcs, avec une vraie politique d’accueil. 
 
Un militant antiracisme de 25 ans arrivé en Allemagne en 1995, qui a lancé la campagne sur internet, présente la chose au magazine Der Spiegel comme étant « contre la discrimination contre les minorités, à partir de quoi un débat constructif sur les valeurs devrait se développer ». A l’inverse, la situation en Allemagne concernant cette double nationalité pose effectivement un problème alarmant, celui de la cohésion sociale, qui ne laisse pas indemne la référence à une double loyauté. 
 
Rappelons-nous que la double nationalité a été acquise en Allemagne seulement en 2014. On expliquait alors que cette nouvelle loi allait permettre à ces immigrés qui avaient fui leur pays pour des raisons politiques et économiques, de « s'intégrer pleinement au système, tout en gardant leurs origines et leur identité culturelle ». Relayant cette idée de double loyauté, en quelque sorte. Une réforme dite « soutenue » par une majorité d’Allemands. Lors des débats pour l’adoption de cette nouvelle loi, pour le Parti social-démocrate (SPD) et les Verts, elle « reflète la réalité de la société multiculturelle de l'Allemagne ». Mais dans les faits, qu’en est-il de cette intégration sur fond de multiculturalisme, relativement à l’adhésion à un modèle de principes et de valeurs allemand, sinon aux Droits de l’Homme ? 
 
En juin 2013, un tribunal de Hamm a jugé que toute personne mariée sous le régime de la loi islamique doit respecter les conditions du contrat de mariage établi selon la charia. Cette décision de justice historique a légalisé ainsi la pratique de la répudiation. Remettons-nous en mémoire que depuis 2009 on a établi en Allemagne que le mariage religieux pouvait avoir lieu sans passer devant le maire, et donc hors mariage civil, rompant avec une loi de 1875, ce qui n’a rien arrangé à cette situation. On a appris par voie judiciaire qu’une police de la charia sévissait dans les rues de Wuppertal, définissant par voie de tracts une « zone soumise à la charia ». Les miliciens exhortaient les passants musulmans et non-musulmans à fréquenter les mosquées et à s'abstenir de consommer de l'alcool, des cigarettes, de la drogue, de ne pas s'adonner à des jeux de hasard, de ne pas écouter de musique, ni de fréquenter les prostituées... Un tribunal allemand devant lequel comparaissaient sept islamistes pour cela, a jugé qu’ils n'avaient pas enfreint le droit allemand, mais exercé leur droit à la liberté d'expression. Ils tentaient pourtant ostensiblement d’imposer par pression sur la voie publique leur loi religieuse au-dessus de la loi commune. De nombreux observateurs soulignent que, les tribunaux allemands se réfèrent de plus en plus fréquemment à la loi islamique, soit parce que les plaignants sont musulmans, soit parce que les musulmans se retrouvent dans le box des accusés. Wolfgang Bosbach, membre de l'Union chrétienne - démocrate (CDU), a déclaré : « Certains refusent de l'admettre, mais un système de justice parallèle s'est progressivement institué en Allemagne. Ce qui montre un rejet clair de nos valeurs et de notre ordre juridique. » Bien qu'illégale, la polygamie est bien présente comme à Berlin, par exemple, où on estime qu'un tiers des musulmans du quartier de Neukölln ont plusieurs femmes. Autre exemple, en mai 2016, la cour d'appel de Bamberg a validé le mariage qui liait une jeune syrienne de 15 ans à son cousin de 21 ans, le mariage ayant été contracté en Syrie. La justice allemande a ainsi légalisé les mariages d'enfants contractés sous l'égide de la charia.
 
Alors, de quoi parle-t-on avec cet hashtag #MeTwo si on se réfère à cela, de quel modèle d’intégration, de quelle double loyauté ? Nous sommes dans une confusion dangereuse sur les enjeux réels de l’intégration en Allemagne, que la polémique autour de cette campagne moralisante ne fait qu’obscurcir. Le fond de l’affaire, c’est le caractère illusoire de cette double loyauté dont on se berce, qui revient à mettre sur le même plan le respect des lois du pays où on s’installe et dont on obtient la nationalité, et les lois d’un pays d’origine qui pose un code religieux comme seule et unique référence. La question reste de savoir réellement ce sur quoi se fonde l’idée de communauté nationale, comme forme d’appartenance à une identité commune à l’appui de laquelle peut s’établir un minimum d’accord pour vivre ensemble, par-delà les différences. 
 
Yvonne Bollmann : Özil a expliqué que sa photo au côté d’Erdogan était une façon d’exprimer son respect envers la plus haute charge de l’État dans le pays de sa famille. Refuser cette rencontre aurait été « un manque de respect envers les racines de ses ancêtres ». Seule la fonction a compté pour lui, pas la personne qui l’exerce et le régime qu’elle a instauré. Ce degré d’abstraction politique, qui semble en contradiction avec l’attachement charnel envers les figures familiales du passé, lui a permis de conclure son propre procès en posant ses conditions : « Je ne jouerai plus pour l’Allemagne des matchs internationaux, aussi longtemps que je ressentirai du racisme et du manque de respect à mon égard. » Dans le cadre de #MeTwo, de nombreux témoignages sur les discriminations subies expriment à juste titre  une détermination analogue. Le processus déjà bien entamé d’une ethnicisation généralisée à l’échelle européenne va multiplier les conflits d’ « appartenance ».
 
 

Au-delà de l'Allemagne, la question de l'intégration et de la double appartenance est un véritable enjeu pour les pays européens. Comment l’Europe peut-elle faire face à cette problématique ?

 
Guylain Chevrier : On sait que Mme Merkel elle-même a fortement critiqué le modèle multiculturel allemand, parlant d’échec, pour exprimer devant le congrès de son parti à la suite de cette déclaration, qu’il était selon elle nécessaire de revenir pour tous aux « références allemandes », c’est-à-dire au christianisme comme modèle commun de valeurs. Il est à parier que, si cela a pu être mobilisateur pour son électorat le plus à droite, ce n’est sans doute pas la bonne voie que de vouloir faire jouer une religion contre une autre, pour se rassembler. On peut penser qu’il soit meilleur de porter au-dessus de toutes les opinions et croyances un certain nombre de principes communs, comme le permet notre laïcité républicaine. Par-delà cette invitation, il faut tout de même bien voir qu’en France nous nous confrontons de plus en plus, malgré notre modèle républicain d’intégration à vocation égalitaire, à une montée du communautarisme dont l’affirmation du port du voile, accompagné d’une certaine militance religieuse, est le symbole. Ceci témoignant du fait que, le problème ne viendrait donc pas seulement de la société allemande ou des sociétés développées ayant sur leur sol une population d’origine immigrée, mais de l’idée que se font certains immigrés eux-mêmes de l’intégration. 
 
Les situations dans l’Union européenne en matière de modèle d’intégration sont très différentes. Les séparations multiculturelles y dominent, avec des dérives qui sont le propre de communautés qui pèsent par l’effet du communautarisme sur le droit commun et régissent bien des aspects de la vie quotidienne de leurs membres en les assignant à des règles qui ignorent tout de l’Etat de droit, dont les pratiquent sont dangereusement trop souvent tolérées. Mais n’est-ce pas là le simple reflet d’une mondialisation ultralibérale qui encourage la mise en retrait des Etats-nation, à la faveur d’une immigration sans frontière porteuse d’un droit à la différence qui fait voler en éclat toute idée de l’intérêt général, de modèle commun, et fait le meilleur ménage possible avec un hyper-individualisme qui perd de vue la société ? Face à cette évolution certains pays de l’UE en viennent à choisir le repli. Partout on voit monter dans ce contexte des forces politiques qui se réclament d’une logique autoritaire, avec un regain de nationalisme et un rejet de l’immigration désignée à tort comme responsable de tous les maux. Aucune solution portée par l’Union européenne et les Etats qui la composent, ne peut faire l’économie des questions qu’éludent cette campagne du hashtag #MeTwo qui présente en trompe-l’œil une double nationalité comme l’état naturel des choses, lorsqu’il s’agit de savoir choisir le pays auquel on entend appartenir et donc les lois que l’on entend respecter et défendre, en bon citoyen. Si elle signifie le droit de faire ce que l’on veut en ignorant tout simplement ce qui se trouve consigné dans la Convention européenne des droits de l’Homme, il faut reprendre les choses par le début. Faut-il donc encore vouloir affirmer contre bien des obscurantismes, face à une immigration que l’on regarde trop souvent avec angélisme, des principes fondamentaux qui définissent la liberté comme bien commun véritablement sacrés. Même notre modèle républicain en devient flou, à ne plus bien savoir à quoi il se réfère face à une Europe qui ne défend rien de cohérent, comme modèle d’intégration de valeurs, en dehors d’être une succursale de la mondialisation. Il y a un sentiment grandissant d’absence de protection collective aussi de ce côté. L’UE pourrait bien prendre en exemple notre laïcité comme point de départ à toute idée de contrat commun, d’élément du vivre ensemble, qui fait du mariage civil le seul mariage reconnu et protège les individus contre toutes les pratiques matrimoniales traditionnelles ou/et religieuses qui conduisent à la reproduction du patriarcat, des mariages d’enfants, des mariages forcés, à la polygamie, et dépossèdent les individus de leur libre choix. Ce serait sans doute un bon début, le traitement égal de tous étant sans doute un des meilleurs arguments de la lutte contre le racisme.
 
Yvonne Bollmann : Lors des élections turques du 24 juin 2018, 69% des votants à Strasbourg ont souhaité prolonger le mandat d’Erdoğan. Ainsi que rapporté sur rue89strasbourg, « les électeurs venaient de tout l’Est de la France, voire d’Allemagne et d’Autriche ». Mais la question de la « double appartenance » va bien au-delà du cas particulier de l’Allemagne, et moins dans le sens de l’intégration que dans celui d’une désintégration des États. Le phénomène commence à se manifester en France, pourtant État-nation sans minorités « ethniques » à l'intérieur et sans « minorités françaises » à l'extérieur. Le député Paul Molac, membre de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République, président du groupe d’études langues et cultures régionales, s’est ainsi défini récemment comme « citoyen européen et français, de nationalité bretonne » - une triple « appartenance » créée de toutes pièces. Pourquoi l’Europe entraverait-elle l’évolution en cours, elle qui a tout à y gagner ?
 
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