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Ces risques que courent les mamans "âgées" (et comme Brigitte Nielsen à 54 ans, il y en a de plus en plus)

Publié le 02 août 2018
Brigitte Nielsen a accouché d'un cinquième enfant à l'âge de 54 ans. Cette information rappelle que la proportion de femmes accouchant après l'âge de 40 ans a doublé depuis les années 90. Quels risques supplémentaires implique un accouchement tardif pour la mère ?
Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier. 
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Brigitte Nielsen a accouché d'un cinquième enfant à l'âge de 54 ans. Cette information rappelle que la proportion de femmes accouchant après l'âge de 40 ans a doublé depuis les années 90. Quels risques supplémentaires implique un accouchement tardif pour la mère ?

Atlantico : L'actrice et mannequin Brigitte Nielsen a accouché d'un cinquième enfant à l'âge de 54 ans (elle vient tout juste de fêter ses 55 ans, le 15 juillet). Une information anecdotique, mais qui rappelle que la proportion de femmes accouchant après l'âge de 40 ans a doublé depuis les années 90. Concrètement quels risques supplémentaires implique un accouchement tardif pour la mère ?

 
Stéphane Gayet : Deux situations sont à distinguer : le cas d'une femme qui a déjà enfanté et celui d'une femme qui n'a pas encore eu de grossesse jusque-là. Pour une femme qui est multipare – ce qui signifie qu'elle a déjà accouché au moins une fois -, démarrer après l'âge de 40 ans une nouvelle grossesse est un cas de figure non rare aujourd'hui. Si sa dernière gestation s'est assez bien déroulée, il y a lieu d'être plutôt serein, dans la mesure toutefois où elle est indemne de pathologie chronique qui pourrait venir perturber le bon déroulement de sa grossesse (comme un diabète de type 2 qui se serait apparemment installé depuis sa dernière gestation). Car, lorsque le corps a déjà vécu une grossesse et un accouchement, il acceptera plus facilement et plus sûrement une nouvelle gestation et une autre naissance. La femme a de surcroît l'expérience de la grossesse, ce qui est un avantage important tant sur le plan médical que personnel.
 
En revanche, pour une femme nulligeste (aucune grossesse jusque-là) et a fortiori aussi nullipare (aucun accouchement), démarrer une grossesse après l'âge de 40 ans est une aventure qui est loin d'être dénuée de risques. Ces derniers concernent la grossesse et l'accouchement.
 
Physiologiquement, l'histoire naturelle de l'appareil génital féminin ressemble un peu à ceci : premières règles à 12 ans, fin de la puberté à 16 ans, – le cas échéant – une succession de grossesses entre 20 et 30 ans, puis ménopause à 50 ans. Cette chronologie schématique a l'intérêt de donner un aperçu de ce qui paraît correspondre aux aptitudes physiologiques du corps de la femme. Car c'est entre 20 et 30 ans que les grossesses se déroulent au mieux et c'est souvent entre 30 et 50 ans (l'âge mûr) que la femme parvient à un épanouissement sexuel qui prend plus ou moins fin à la ménopause. Aujourd'hui, ce schéma physiologique est bousculé du fait de l'évolution de notre mode de vie. Pour des raisons essentiellement professionnelles, la période des grossesses s'est décalée vers le haut : elle est davantage entre 25 et 35 ans, voire entre 30 et 40 ans. Au-delà de 40 ans, une grossesse ne peut pas se dérouler comme à 20 ans : le corps a pris de l'âge et il lui faudra plus d'attentions, plus de surveillance et plus de soins au sens général du terme. On parle de grossesse tardive.
 
Les statistiques nous apprennent que l’âge moyen au moment de devenir mère est passé de 26,5 ans en 1977 à 30,4 ans en 2016, d’après la dernière Enquête nationale périnatale. À ce jour, plus de 20 % des femmes ont dépassé l'âge de 35 ans quand elles accouchent et 4 % ont dépassé 40 ans.
 
Si une grossesse après l'âge de 40 ans peut bien sûr être liée à une fécondation naturelle, il est fréquent qu'elle soit la conséquence d'une aide médicale à la procréation (AMP). Celle-ci est prise en charge en France par l'assurance maladie jusqu'à 43 ans. Car, après cet âge, la probabilité d'obtenir une fécondation avec un ovocyte de la femme est bien faible. Toutefois, le don d’ovocytes permet désormais d’obtenir des grossesses au-delà de cette limite.
 
Avant d'aborder les complications à proprement parler qui risquent de venir perturber une grossesse après l'âge de 40 ans, il faut évoquer les inconvénients bénins de la grossesse. Le corps de la femme a pris de l'âge, il s'est usé et il est devenu moins tolérant et adaptable. En somme, les perturbations plus ou moins physiologiques de la grossesse - qui surviennent principalement dans la deuxième moitié de la gestation - s'accentuent : la fatigue (asthénie) avec le besoin de s'allonger souvent, les lombalgies (douleurs dans le bas du dos) pouvant se compliquer de douleurs dans les cuisses et les jambes, des besoins fréquents d'uriner et parfois des difficultés à le faire, une constipation et un essoufflement (dyspnée) qui survient lors d'efforts. La femme gravide après 40 ans doit s'attendre à devoir mener une vie ralentie.
 
Sur le plan des complications médicales proprement dites, c'est une majoration de tous les risques connus pendant la grossesse. Les infections urinaires sont plus à craindre en raison du fait qu'à cet âge la continence du sphincter vésical diminue bien souvent. Les aberrations chromosomiques (la trisomie 21 bien sûr, mais aussi les trisomies 13 et 18 et les anomalies des chromosomes sexuels : 47,XXX et 47,XXY) sont plus fréquentes ; mais d'une part, une interruption médicale de grossesse n'est jamais anodine, d'autre part, le diagnostic prénatal n'est pas toujours pris en charge. Le risque d'avortement spontané augmente. Le diabète dit gestationnel (diabète apparaissant pendant une grossesse) est plus fréquent. La survenue d'une hypertension artérielle (HTA) est également plus fréquente et ceci est encore plus net si la femme est nullipare (femme qui n'a encore jamais accouché). Les hémorragies pendant la grossesse (métrorragies : hémorragies venant de l'utérus et s'extériorisant par le vagin, à la manière des règles) surviennent plus souvent. Le risque de placenta dit prævia (anomalie de position du placenta, qui est placé trop près du col utérin, et provoque des hémorragies qui peuvent être importantes) est plus élevé. Il existe une augmentation de la mortalité dite périnatale (soit pendant le dernier trimestre de grossesse, soit pendant la première semaine de vie) et d'une façon générale de la mortalité in utero. Quant à la mortalité maternelle - qui est actuellement extrêmement faible en France -, elle s'élève elle aussi en cas de grossesse après 40 ans. Il ressort de tous ces risques majorés que les femmes enceintes qui sont âgées de plus de 40 ans doivent faire l'objet d'une surveillance intense, et cela particulièrement en deuxième partie de leur grossesse.
 
En ce qui concerne l'accouchement, la prématurité survient plus souvent. Les césariennes sont plus fréquentes et c'est encore plus net chez les femmes primipares (c'est-à-dire qui accouchent pour la première fois). Il peut s'agir de césariennes de principe (avant le début du travail d'accouchement) ainsi que de césariennes pratiquées en urgence (pour différentes indications, dont la survenue d'une souffrance du fœtus). Lors d'un accouchement par voie basse, le recours à des instruments obstétricaux généralement métalliques (les "fers") - pour faciliter l'extraction du fœtus - est plus fréquent.
 
Enfin, il faut encore parler du risque augmenté de cancer du sein après maternité tardive. 
 

 

Quelles complications peuvent survenir pour l'enfant ?

 
Nous avons vu que le risque d'aberration chromosomique (avec comme conséquence possible un retard mental ou une malformation) et celui de prématurité étaient augmentés. Il existe également un risque plus élevé, soit de petit poids de naissance, soit au contraire de gros poids de naissance (plus de quatre kilos). Les petits poids de naissance peuvent être dus à une hypertension artérielle (HTA) survenue pendant la grossesse, alors que les gros poids de naissance sont en général liés à un diabète.
 
Le développement de l'enfant pourra également être gêné par l'âge de sa mère et le cas échéant par celui de son père. Il existe un impact psychologique certain de l'âge du père : il a fait l'objet de nombreux travaux. Certaines conséquences paraissent défavorables (baisse de dynamisme, état d'esprit décalé, forme physique diminuée, image sociale, espérance de vie), alors que d'autres semblent au contraire bénéfiques (expérience, relations et moyens financiers). L'impact de l'âge de la mère qui a dépassé 40 ans est en revanche peu étudié, déjà parce que moins fréquent. On peut s'attendre évidemment à ce qu'il existe effectivement, mais probablement d'une façon différente.
 
Il faut aussi évoquer un aspect moins connu, car plus difficile à étudier. Mais il ne concerne que l'âge du père. La spermatogénèse (production de spermatozoïdes) s'effectue toute la vie après la puberté, ce qui est différent de la production d'ovocytes chez la femme. Il en résulte que les spermatozoïdes d'un homme âgé sont eux aussi en quelque sorte âgés, car issus de précurseurs âgés. Et cela pourrait favoriser certaines anomalies chez l'embryon (trois premiers mois) et chez le fœtus (six derniers mois). C'est un phénomène considéré comme probable, mais encore peu étudié. Les spermatozoïdes d'un homme âgé seraient plus fragiles, plus souvent porteurs d'erreurs, ce qui pourrait avoir des conséquences sur l'enfant à naître.
 

Dans une société qui fait que l'âge du premier enfant est toujours repoussé, quels conseils peut-on donner aux femmes dans cette situation ?

 
Le désir de maternité chez une femme est quelque chose d'extrêmement fort, du moins chez la très grande majorité des personnes. Il fait partie intégrante de la nature féminine. Or, les années passent bien vite et, surtout avec les études supérieures qui se prolongent souvent jusqu'à 25 ans voire plus, beaucoup de femmes se retrouvent facilement bien au-delà de 30 ans avec un désir de grossesse plus que légitime. Cette volonté d'enfanter est naturellement ressentie dans une union stable qui se dessine de plus en plus tard, succédant à des unions moins solides et durables.
 
Lorsqu'une femme et en général un couple se trouve dans la situation où la future mère a dépassé 40 ans et que le couple a un désir ardent d'enfant, il semble important de ne pas se laisser enfermer dans un rationalisme trop strict. Il faut connaître les risques et en avoir bien conscience, mais il faut aussi savoir les prendre pour ne pas regretter plus tard de n'avoir pas essayé. Un enfant apporte tellement que le jeu en vaut la chandelle. Actuellement, en France, la médecine gynéco obstétricale a un haut niveau de performance. À la condition de trouver un centre et des professionnels qui correspondent au mieux à nos attentes, la qualité et la sécurité de la prise en charge d'une grossesse tardive sont à ce jour de nature à nous rassurer. Si le désir d'enfant est effectivement très fort, il faut s'obstiner et se battre, dans la limite du raisonnable bien sûr.
 
Concernant la fécondation, c'est essentiellement la fertilité de la femme qui est en baisse après 35 ans. Celle de l'homme baisse quant à elle surtout après 55 ans. C'est dire que le recours à une aide médicale à la procréation (AMP) sera souvent nécessaire, si la femme a dépassé 40 ans. Il est utile de se renseigner sur les performances des centres d'AMP (ou PMA : procréation médicalement assistée) avant de faire appel à l'un d'eux. Et il faut aussi savoir que certains pays étrangers ont développé une excellence dans ce domaine.
 
La femme qui a dépassé l'âge de 40 ans et qui souhaite ardemment enfanter doit soigner son corps de façon à ce qu'il soit dans la meilleure forme possible. Cela consiste en une hygiène de vie sans faille : un sommeil suffisant, pas de tabagisme ni de drogue, le moins d'alcool possible, une nourriture diversifiée et privilégiant les légumes et les fruits, l'obtention d'un indice de masse corporelle (IMC) entre 18 et 25 et une activité physique soutenue. À propos de cette dernière, elle permet de renforcer la musculature abdominale, pelvienne et rachidienne (les muscles qui sont le long de la colonne vertébrale), ce qui est déterminant pour le bon déroulement de la grossesse, mais aussi de l'accouchement.
 
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