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Opération médiatique
Alexandre Benalla au 20h de TF1 : une façon de ramener ce sujet à une affaire d'homme, et non une affaire d'Etat
Publié le 28 juillet 2018
Alexandre Benalla était ce vendredi invité dans le 20h de TF1. "Je ne considère pas avoir commis d'acte répréhensible par la loi, je considère juste avoir été confronté à des gens qui sont des casseurs", a-t-il dit.
Gaël Nofri est historien et essayiste, ainsi que conseiller municipal et métropolitain de la Ville de Nice.  Son dernier ouvrage paru est "Une histoire des révolutions en France" (éditions du Cerf, juin 2018).
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Gaël Nofri est historien et essayiste, ainsi que conseiller municipal et métropolitain de la Ville de Nice.  Son dernier ouvrage paru est "Une histoire des révolutions en France" (éditions du Cerf, juin 2018).
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Alexandre Benalla était ce vendredi invité dans le 20h de TF1. "Je ne considère pas avoir commis d'acte répréhensible par la loi, je considère juste avoir été confronté à des gens qui sont des casseurs", a-t-il dit.

Atlantico : Alexandre Benalla s’est longuement expliqué sur TF1 vendredi soir, à la suite de l’affaire qui ébranle toute la classe politique en ce moment. Il a estimé que les faits qui lui sont reprochés ne sont pas répréhensibles : êtes-vous de son avis ? L’affaire Benalla est-elle imputable à Benalla lui-même, ou à Emmanuel Macron en ce qu’elle révèle une facette sombre de l’Elysée ?

Gaël Nofri : Juridiquement, Alexandre Benalla a une stratégie de défense consistant à dire qu'il a aidé des policiers victimes d'agressions causées par des casseurs violents. C'est sa défense et il appartiendra à la justice de dire ce qu'il en est. L'espèce d'enquête hystérique et cathodique que mène le pays sur les faits du 1er mai reprochés à Alexandre Benalla a quelque chose de totalement disproportionné: ce n'est pas là que doit se porter le débat politique qui doit nous intéresser. Ce sont des faits qui sont incontestablement propres à ce Monsieur, je ne vois là ni débat politique ni matière à fantasmer sur une responsabilité du Chef de l'Etat en la matière.

Si on ne positionne pas le débat là où il doit être, on en arrive au genre de masturbation intellectuelle à heures de grande écoute à laquelle on a pu assister ce soir: des coups ou des gestes vigoureux ? 6.000 ou 10.000 euros de salaire ? Proche ou collaborateur du Président ? Présent dans les déplacements du Chef de l'Etat ou organisateur d'événements à l'Elysée... si c'est pour de telles subtilités sémantiques que la vie institutionnelle française est bloquée depuis 10 jours, il y a de quoi s'inquiéter !

La vraie question que pose en réalité cette histoire est comment en est-on arrivé là ? Comment le comportement personnel, répréhensible, d'un homme a-t-il pu prendre un tel écho dans le pays et paralyser à ce point un pouvoir qui passait, chez beaucoup, comme l'un des plus solidement établis qu'ait eu la France depuis Nicolas Sarkozy au moins.

La réalité, c'est que beaucoup n'ont pas voulu voir combien ce pouvoir est, non pas faible, mais fragile. Fragile parce que les attentes qu'a fait naître l'élection du Président Macron sont à la fois de formidables moteurs d'espoir mais aussi de grandes causes de frustrations : le nouveau monde, plus jeune, voulu plus proche de la société civile et présenté comme plus moral, que l'on nous avait vendu se révèle à l'usage ne pas être la recette miracle espérée. Au contraire, il s'avère une source de fragilités, d'inexpérience, d'amateurisme et surtout de désillusions. Non d'ailleurs que l'ancien monde soit meilleur que le nouveau, mais parce qu'en réalité il y a un monde tel qu'il est et c'est lui qu'il convient de chercher à améliorer, non à nier en ventant les mérites d'un nouveau produit miracle, ou devrait-on dire, d'un produit forcément miracle parce que nouveau.

A travers cette affaire, est-ce bien après Macron que tout le monde en a, comme l’a affirmé ce soir Benalla ?

"Que tout le monde en a", l'expression semble forte. Elle a un aspect "victime immolée" qui ne rend pas compte de la faute personnelle de ce Monsieur Benalla. En revanche, à travers l'affaire, ce qui interroge évidemment c'est l'entourage présidentiel, l'ossature de ce nouveau monde promis... C'est évidemment la fonction de Monsieur Benalla au coeur du Cabinet du Président de la République qui rend son cas si épidermique. Sur ce point d'ailleurs tout le monde se retrouve : Alexandre Benalla, l'opposition qui essaie de donner corps à une "affaire Macron" et le Chef de l'Etat lui même qui a recruté Benalla. Le Président Macron ne s'en est d'ailleurs pas caché en se désignant lui même comme "le seul responsable".

Ce choix du Chef de l'Etat est d'ailleurs à souligner. Rappelons nous que le Président de la République vient de renoncer, du fait de cette affaire, à la réforme constitutionnelle qu'il ambitionnait. Cette réforme devait aboutir à une présidentialisation du régime et un encadrement important des pouvoirs du Parlement et de l'opposition. A ce titre ces déboires représentent une opportunité qu'a su saisir l'opposition et une chance pour le maintien du complexe équilibre institutionnel porté par la Ve République. Pour autant, le fait qu'Emmanuel Macron ait choisi, au même moment, de tout assumer, de façon aussi claire, devant des députés de La République En Marche prostrés et apeurés depuis le début de l'affaire, n'est pas anodin. La faiblesse et les failles d'une partie du personnel politique qui s'est inscrit dans le sillage de l'élection présidentielle de 2017 obligent et obligeront le Président de la République a repenser l'action gouvernementale et politique qu'il a vocation à impulser.

A ce titre il y aura nécessairement un avant et un après l'affaire Benalla en cela que les paradigmes qui ont fait le succès électorale du macronisme de 2017 sont morts et pour les quatre ans qui viennent il faudra bien pour le Chef de l'État construire une nouvelle dynamique. Celle-ci ne pourra s'appuyer que sur ce qui a tenu dans la crise, sur ce qu'il a mis en avant dans la crise, c'est dire lui et sa détermination à être chef... le Président Macron n'a plus d'autres choix que de s'émanciper du candidat Macron.

Cette interview sur TF1 vous semble-t-elle appropriée ? Est-ce sain qu’un homme mis en cause par la justice attire autant à lui les projecteurs, au point d’enchaîner les interviews dans les grands médias ?

Cette surexposition médiatique, alors même que la Justice enquête, peut apparaître choquante, cependant cela reste son choix de défense et il est libre de le faire. On peut toutefois parier que cela ne manquera évidemment pas de relancer les suspicions quant aux éventuels commanditaires de cette opération médiatique. Réels ou fantasmés, ces doutes alimentent de nouveau une machine à scandales, des médias d'information en continu et des réseaux sociaux déjà en surchauffe.

Mais là est peut être aussi l'intérêt de l'interview: ramener cette affaire à une affaire d'homme. Car ce n'est qu'une affaire d'homme et ceux qui veulent y voir une affaire d'État font à mon sens une erreur d'interprétation majeure. C'est parce que ce n'est justement qu'une affaire d'homme que la dimension prise par cette affaire révèle quelque chose de préoccupant.

 

 

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