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When Donald comes marching home
Faut-il s’inquiéter des roulements de tambour protectionnistes américains ?
Publié le 14 juin 2018
Indépendamment du style diplomatique quelque peu théâtral du nouveau président américain, il est important de rappeler un certain nombre d’éléments expliquant le coup d’éclat qui semble avoir remis en cause l’accord final du G7.
Patricia Commun est professeure d'études germaniques à l’université de Cergy-Pontoise où elle participe aux recherches du laboratoire Agora.
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Indépendamment du style diplomatique quelque peu théâtral du nouveau président américain, il est important de rappeler un certain nombre d’éléments expliquant le coup d’éclat qui semble avoir remis en cause l’accord final du G7.

L’échec du dernier G7 a déjà suscité quelques odes au protectionnisme teintées à la fois d’un anti-américanisme mesuré,  et d’un anti-germanisme virulent. L’ensemble s’accompagne inévitablement d’un recours au discrédit du libéralisme et de la globalisation qualifiée de « mondialisme ». Rappelons à toutes fins utiles que l’anti-libéralisme virulent de l’Allemagne des années 1930 se repaissait d’un même vocabulaire fielleux exprimant la même critique de la liberté des échanges et du multilatéralisme. Le retour à une politique de pouvoir commercial unilatérale  a alors enfermé les partenaires commerciaux de l’Allemagne dans un bilatéralisme dominateur. En conséquence de la mise en place d’une politique commerciale protectionniste et d’un  contrôle systématique des flux financiers, l’Allemagne sombra alors dans un système d’économie dirigée centralisée qui a vu dans une politique de conquête territoriale la seule alternative possible à la destruction du système d’échanges internationaux.

Quittons cependant ici la polémique pour nous mouvoir quelques instants sur le terrain économique et commercial qui explique, mieux que les grandes déclarations de principe ou les allégations politiciennes de plus ou moins bonne foi, les difficultés actuelles des puissances réunies lors du dernier G7. Indépendamment du style diplomatique quelque peu théâtral du nouveau président américain, il est important de rappeler un certain nombre d’éléments expliquant le coup d’éclat  qui semble avoir remis en cause l’accord final du G7. Et d’examiner également à cette occasion les aléas et les impérities des conséquences multiples d’une politique protectionniste dans le cas d’une taxe prohibitive sur l’acier et l’aluminium.

Donald Trump a fait du déficit commercial américain son cheval de bataille et s’attaque actuellement au « sauvetage » de l’industrie métallurgique américaine.  A cet effet, le président a signé le 9 mars dernier un décret de hausse tarifaire frappant les importations d’acier et d’aluminium à hauteur respectivement de 25 et 10%. S’il entre effectivement en application, ce décret frappera surtout potentiellement les principaux exportateurs que sont le Canada, le Brésil et la Corée du Sud.  

Voici un petit florilège des conséquences inéluctables d’une telle mesure si elle venait à être appliquée.

Outre le risque d’escalade protectionniste mondial, à la suite des inévitables   mesures de rétorsion envisagées par l’Union Européenne et la Chine touchant d’autres types de producteurs, les nouvelles taxes à l’importation, si elles étaient appliquées réellement à l’encontre de tous les pays exportateurs, risqueraient surtout faire de manière très immédiate des perdants de taille sur le continent nord-américain lui-même : les sidérurgistes allemands  certes, mais aussi l’industrie automobile allemande ET américaine ; l’industrie de modules solaires américaine qui verrait alors l’effet des subventions dispensées par l’Etat américain, anéanti par la hausse massive du coût de ses approvisionnements ; les industries du bâtiment et l’électroménager également consommatrices d’acier et d’aluminium ; les agriculteurs américains visés par les mesures de rétorsion chinoise prévues à l’encontre des produits agricoles américains exportés vers la Chine qui constitue pour les fermiers américains leur deuxième marché mondial ; les constructeurs de machines outils et d’avions également visés par la panoplie de mesures de rétorsions tarifaires préparée par les Chinois ; last but not least, les consommateurs américains  eux-mêmes qui verraient le prix de leurs voitures, de leurs appareils électroménagers et de leurs maisons considérablement augmenter.  

Le scénario prévisible des conséquences dramatiques d’une taxe sur l’acier et l’aluminium généralisée est cependant, pour l’heure du moins, peu probable. En effet, le décret présidentiel du 9 mars dernier est assorti d’une clause précisant que les différents pays exportateurs peuvent négocier séparément des accords dérogatoires, bien entendu en échange de baisses tarifaires frappant d’autres produits américains à l’importation. En conséquence, les Etats-Unis ont décidé, pour l’instant et dans la perspective de marchandages bilatéraux, d’exempter ses principaux exportateurs de ces taxes prohibitives : le Canada, le Brésil,  la Corée du Sud, l’Australie et l’Europe sont épargnées par  ces taxes à l’importation. La Chine l’est aussi, même si elle n’est qu’un exportateur mineur (seulement 2% de sa production d’acier est exportée aux Etats-Unis). Avec la Chine, c’est plutôt la renégociation d’une longue liste de produits taxés ainsi que les problèmes de vol de propriété intellectuelle qui font l’objet d’une négociation difficile, dont les Etats-Unis ne sont nullement sûrs de sortir vainqueurs.

On l’aura compris, la menace d’une taxe importante sur les importations d’acier et d’aluminium est d’abord conçue comme une monnaie d’échange dans le difficile bras de fer qui oppose les Etats-Unis,  au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et à l’occasion de négociations d’accords de libre-échange, et depuis des années, déjà sous la présidence Obama, à l’Europe et à la Chine mais aussi, au sein de l’accord de libre-échange nord-américain (ALENA), au Canada et au Mexique. En cause par exemple au sein de cet accord de libre-échange trilatéral qui avait instauré en 1994, le plus grand marché libre du monde, les délocalisations d’entreprises américaines ou allemandes sur le sol mexicain, les fameuses « maquiladoras » qui fabriquent ensuite à bas coût sur le sol mexicain des produits réexportés vers les Etats-Unis. Une pratique également suivie par les entreprises allemandes qui ont délocalisé dans les années 1990 une partie de leur production dans les pays d’Europe de l’Est. Une pratique vilipendée à l’époque comme « économie de bazar » mais qui s’est avérée globalement profitable à terme, à la fois pour le développement des pays d’Europe de l’Est, et pour l’industrie allemande en Allemagne.

L’Europe et la Chine  semblent finalement s’émouvoir moins spécifiquement de la taxe acier aluminium, que d’un mode de négociation tonitruant qui donne soudain une visibilité aux habituelles transactions feutrées au sein de l’OMC et dont les Américains se plaignent depuis des années qu’elles ne progressent plus de manière satisfaisante. L’Europe n’est pas le pauvre continent sans défense parfois présenté par quelques thuriféraires français d’un surplus de volontarisme protectionniste. Pour preuve les multiples mesures protectionnistes régulièrement prises par l’Europe sous des formes plus discrètes ou indirectes : quota frappant des importations ciblées (taxe d’importation de 10% sur les voitures américaines contre 2,5% sur les voitures européennes importées aux Etats-Unis), mesures phytosanitaires protégeant l’Europe d’importations agricoles américaines et africaines, subventions ciblées, par exemple à l’agriculture dans le cadre d’une politique agricole assurant un niveau d’intervention étatique largement supérieur à celui de la politique agricole américaine.

S’il y a bien une réalité dont l’Europe prend actuellement brutalement conscience, c’est celle d’un retour à une mise en scène politique, une dramaturgie de politique de la force, dont elle n’ignore par ailleurs pas les mécanismes  pour la pratiquer de manière constante mais feutrée dans les institutions internationales. Par ailleurs la France et l’Allemagne commencent également à comprendre doucement que les négociations commerciales bilatérales à l’échelle nationale, si elles ont pu être profitables dans le passé,  deviennent de plus en plus aujourd’hui une garantie d’échec programmé. Dans un monde multipolaire qui s’inscrit dans une tendance à la formation de blocs régionaux d’ampleur, vouloir insérer un coin supplémentaire dans les relations franco-allemandes est tout simplement suicidaire.

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