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Son social à lui : entre piège tendu à ses opposants, cran et flou... Emmanuel Macron en dit peu sur sa politique mais long sur le macronisme

Publié le 14 juin 2018
Lors de son discours prononcé au congrès de la Mutualité, Emmanuel Macron a évoqué une vision des aides sociales en proposant un chemin de "responsabilisation", et une "solution qui n'est pas de dépenser toujours plus d'argent".
Christian Bidégaray, professeur de Droit public et de Science politique, a effectué l’essentiel de sa carrière à l’Université de Nice où il fut successivement président de la Section de Droit public puis de Science politique. Il est le fondateur de la...
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Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université...
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Christian Bidégaray
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Christian Bidégaray, professeur de Droit public et de Science politique, a effectué l’essentiel de sa carrière à l’Université de Nice où il fut successivement président de la Section de Droit public puis de Science politique. Il est le fondateur de la...
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Lors de son discours prononcé au congrès de la Mutualité, Emmanuel Macron a évoqué une vision des aides sociales en proposant un chemin de "responsabilisation", et une "solution qui n'est pas de dépenser toujours plus d'argent".

Atlantico : Lors de son discours prononcé au congrès de la Mutualité, Emmanuel Macron a pu développer une vision des aides sociales en proposant un chemin de "responsabilisation", et une "solution qui n'est pas de dépenser toujours plus d'argent". Dans quelle mesure le "macronisme" marque-t-il ici une forme de rupture dans le sens d'une "clarification" qui pourrait signer la fin du "en même temps" qui a pu coller au président au cours de cette première année de mandat ?

Christian Bidégaray : Peut-on parler de rupture ou de clarification ? Je m’interroge. Sauf erreur de ma part il avait été dit lors de la campagne électorale qu’il fallait d’abord faire redémarrer la croissance économique et que dans un second temps les fruits de cette croissance et du redémarrage de l’emploi pourraient être redistribués. Sous l’effet des mesures antérieures (CICE, pacte de sécurit emploi notamment) et des mesures prises par le quinquennat actuel (réforme du code du travail loi Pénicaud,) l’économie française a commencé à redémarrer sans que pour autant le nombre de pauvres et de demandeurs d’emploi ait décru d’une manière significative. Sensible à l’accusation d’être le pouvoir des riches, voire des très riches, l’exécutif sait qu’il doit corriger cette image droitière et intervenir sur le plan social. C’est d’ailleurs ce à quoi l’incitaient Philippe Aghion, Philippe Martin et Jean Pisani-Ferry dans le Monde du week-end dernier. Le discours au congrès de la Mutualité, semble répondre à cette incitation, mais il reste conforme à la logique exprimée lors de la campagne présidentielle et dès le début du quinquennat : être efficace. Dès lors, en même temps qu’il répond à une demande de politique sociale, le président réaffirme sa volonté d’être efficace. Or il est parfaitement conscient de l’état des finances publiques et du poids de la dette à un moment où l’alignement des planètes semble remis en cause (prix du pétrole, situation de l’euro, hausse éventuelle des taux d’intérêt).

Conscient de la nécessité de réduire la dépense publique (alors que rien de notable n’a été fait jusqu’ici en ce sens) contraint par les conditions européennes d’un déficit inférieur à 3 % du PIB, l’exécutif se doit de faire des économies substantielles. D’où à la fois l’obligation de promouvoir une politique sociale réclamée par une partie de son électorat tout en réduisant le coût. Ainsi, de la même façon qu’il a enterré le plan Borloo pour les banlieue, jugé trop coûteux au profit d’« une nouvelle méthode », le Président en appelle à « une justice sociale effective plutôt qu’à des incantations » et souhaite des solutions « plus efficaces que de l'argent mis sur la table ».

Il y a donc là davantage une continuité de pensée qu’une rupture. Au reste la suite du discours de la Mutualité le confirme qui s’inspire d’un libéralisme individualiste et non de l’esprit du programme du conseil national de la résistance : réinvestir dans la personne, légiférer sur la dépendance de manière à assurer une vie digne, réduire la dépense médicale en luttant contre la sur-médication, revoir les problèmes de la dépendance et de l’exclusion en dépensant moins mais mieux etc.

Edouard Husson : Y a-t-il vraiment rupture ? N’est-on pas dans la continuité de la ligne suivie par Emmanuel Macron depuis qu’il est entré en politique ? Il faut selon lui, d’urgence, réformer la France. L’Etat dépense trop et mal. C’est largement le constat d’un échec, celui de ses prédécesseurs, des politiques menées depuis les années 1980. En fait, Emmanuel Macron a été formé dans ce système dont il constate l’échec. Mais il explique qu’il a la solution pour remédier à ces échecs répétés. Il en appelle à la responsabilisation des acteurs. J’ai qualifié Macron de Gorbatchev à la française car il voudrait nous persuadé d’une part que le fait de désigner les problèmes est le début d’une solution ; d’autre part qu’il est le décideur énergique, travailleur, communiquant, qui a la confiance du monde pour changer un système sclérosé – mais tout cela sans changer les éléments fondamentaux, structurels de la situation – le carcan de l’Union Européenne et de l’euro. Au total, il ne me semble donc pas que cette séquence sur les « minima sociaux » représente un grand changement. Le « en même temps » est implicite : le système en place ne fonctionne pas ; en même temps, il faut une justice sociale ; et tout ceci dans un cadre européen. Emmanuel Macron reste bien libéral, centriste et européen.

Quelques heures avant le prononcé du discours, Sibeth Ndiaye, conseillère en communication d'Emmanuel Macron a pu rendre publique une vidéo au cours de laquelle le président déclare "Moi je ferais un constat qui est de dire, tout le système social, on met trop de pognon, on déresponsabilise et on est dans le curatif". "on met un pognon de dingue dans les minimas sociaux, les gens y sont quand mêmes pauvres", ce qui a pu conduire l'opposition à attaquer Emmanuel Macron plus sur la forme de la vidéo que sur le fonds du discours de la mutualité. Cette séquence peut-elle également s'inscrire dans la définition d'un macronisme, piégeant ainsi une opposition sur des questions de forme ?

Edouard Husson : D’un côté, on peut dire : le président garde un temps d’avance en communication sur ses adversaires politiques. D’un autre côté, comment ne pas être mal à l’aise devant ce qui est bien une manipulation ? Le président a bien évidemment organisé cette vidéo faussement spontanée. Il faudra d’ailleurs, la prochaine fois, lui rappeler de bien regarder en permanence l’ensemble de ses collaborateurs. Il jette à un moment un regard furtif vers le collaborateur tout à droite ; ne regarde jamais la « caméra cachée » qui est en diagonale à droite devant lui ; et s’adresse principalement au collaborateur en face de lui. La gestuelle, aussi, est trop systématique : le personnage imite son personnage. Acteur Macron, peut mieux faire ; regarder West Wing ou House of Cards La subtilité calculée, c’est qu’il joue sur plusieurs tableaux. Il s’adresse à ses collaborateurs comme à des auditeurs du lendemain, glisse une allusion à son discours du Congrès, et montre qu’il a la main en passant un savon à ses collaborateurs dont le projet de discours n’est pas clair. Evidemment , tout est fait pour que les réseaux sociaux ne retiennent qu’une expression, « le pognon ». Franchement, au moment où le président veut faire passer une loi de maîtrise des fake news, ce n’est pas une incitation à l’authenticité, la sincérité ni la vérité

Christian Bidégaray : Si l’Élysée a laissé sa chargée de communication rendre publique la déclaration du Président sur l’inefficacité des dépenses en matière de minima sociaux et leur coût, ce n’est évidemment pas par hasard. Cette question agite l’opinion et l’on sait par les sondages qu’une majorité de Français et notamment l’électorat de droite est hostile à l’assistanat et estime qu’il y a trop d’aides sociales et pas assez de contrôles effectifs. On sait que Gérald Darmanin et Bruno Le Maire, anciens LR, ont manifesté le souhait de voir réduire les aides sociales sur l’emploi déclenchant ainsi une cacophonie au sein de la majorité et du gouvernement, jusqu’à ce que Mme Buzyn assure sur RTL qu’il n’était « pas question de faire des économies sur les plus vulnérables ». En faisant diffuser la vidéo le Président s’adresse visiblement à un électorat qui estime qu’il y a trop d’aides sociales inefficaces et qui lui donnera raison. En même temps il « coupe l’herbe sous les pieds » à une bonne partie de la droite et notamment des Républicains dont la dénonciation de l’assistanat était un de ses chevaux de bataille. Certes Martine Aubry, a aussitôt stigmatisé « son mépris des pauvres ». Olivier Faure a estimé que « Macron flatte les égoïsmes et surfe sur les clichés (…) afin de promouvoir une politique libérale qui ne fera qu’accroître la détresse et la pauvreté ». Quant à Jean-Luc Mélenchon, s’adressant au Président il a tweeté « M. Macron, ce qui coûte un "pognon de dingue", c’est vous et vos cadeaux aux ultra-riches. Il y a une solution simple pour en finir avec la pauvreté. Elle s’appelle le partage des richesses ». On peut penser que ces reproches venant des tenants d’une redistribution étatique qui a aggravé la dette publique et montré son inefficacité laissera le Président de marbre.

De la même façon, les premiers commentaires relatifs au discours d'Emmanuel Macron ont attiré l'attention sur le "reste à charge 0" sur le dentaire et l'optique, alors même que la tonalité globale du discours penchait vers une approche moins dépensière des aides sociales. Ici encore, de quelle manière le macronisme peut-il se définir par un habile jeu de ping pong entre forme et fond, entre communication et fond de la politique ?

Christian Bidégaray : Ici encore on peut penser que le Président reste fidèle à ses engagements de campagne et à son style. Il sait qu’il est urgent de faire des économies mais il ne peut pas promettre du sang et des larmes. Donc il promeut des mesures sociales qui seront populaires (lunettes, prothèses dentaires et auditives) mesures qu’il avait annoncées dans sa campagne présidentielle. Il estime que l’amélioration des retraites viendra de la refonte des 42 régimes actuels (énorme chantier à venir).l Il met en même temps l’accent sur la nécessité de « sortir d’une logique de guichet pour une logique d’accompagnement » et met en avant la nécessité de produire pour redistribuer. Enfin en faisant du « travail la clé de l’émancipation » il insiste sur la nécessaire responsabilisation de individus (ce qui laisse entendre des contrôles accrus des bénéficiaires des aides (minima sociaux, RSA, allocations chômage, etc).

Ainsi par le jeu d’une communication cash (usage d’une forme familière (« le pognon de dingue ») qui frappe directement les esprits (n’en déplaise à ses opposants) il annonce le fond en préparant l’opinion aux réformes nécessaires pour réduire la facture de la dette publique, sans avoir l’air de rompre définitivement avec les conceptions françaises de la politique sociale énoncées lors du Conseil national de la résistance. Seule la croissance économique et une diminution significative du chômage lui permettront de gagner son pari.

Edouard Husson : L’impression dont on ressort, au terme de cette séquence : mise en ligne d’une réunion de travail à la mise en scène étudiée puis discours le lendemain – les coulisses puis la scène ‘ c’est que le président cultive une veine « populiste » que l’on avait vu à l’œuvre à plusieurs reprises durant la campagne puis aussi après l’élection. Ce n’est pas très sorcier : pour Macron, comme pour Sarkozy, à partir du moment où on ne fait pas sauter le cadre européiste de la perspective politique,  il reste la possibilité d’en appeler à ceux qui travaillent et prennent leurs responsabilités contre ceux qui se laissent vivre. Macron est plus subtil que Wauquiez quand il dénonçait « l’assistanat » : il suggère que le système devrait être capable de proposer des façons plus efficaces de fonctionner que d’entretenir l’échec en le subventionnant. Mais l’idée est bien de s’adresser à un « peuple libéral », réel ou imaginaire qui, lui, désignera son bouc émissaire : « les fainéants ». L’objectif est bien entendu de créer une polarisation : la réaction de Martine Aubry ne s’est pas fait attendre ; et plus généralement, Macron espère ainsi mobiliser la droite (y compris un peu de la frange libérale du FN) contre la gauche. Au cas où nous en aurions douté, malgré la nomination d’Edouard Philippe à Matignon et la première année de présidence, l’élection présidentielle de 2022 va se jouer sur la capacité d’Emmanuel Macron à apparaître comme le meilleur candidat de la droite modérée, capable d’en appeler à la fois à la gauche social-démocrate et à une frange poujadiste qui se détacherait du Front National.  

 

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cloette
- 14/06/2018 - 16:54
Ganesha
Ne pensez vous pas qu'au lieu d'une aide sociale forcément insuffisante pour vivre à l'aise, il vaut mieux un travail bien rémunéré ? Si de plus le travail est intéressant, ( et tout travail est digne d'intérêt, )a dignité et l'estime de soi vont mieux chez la personne .
Allegro
- 14/06/2018 - 11:03
macron
n'est pas libéral mais énarque étatiste, ni centriste, mais de la deuxième gauche qui cherche une alliance avec le centre. Il est européen... En critiquant vertement les élus d'autres pays qui ne pensent pas comme lui ???
Allegro
- 14/06/2018 - 11:03
macron
n'est pas libéral mais énarque étatiste, ni centriste, mais de la deuxième gauche qui cherche une alliance avec le centre. Il est européen... En critiquant vertement les élus d'autres pays qui ne pensent pas comme lui ???