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EDITORIAL
La défaite de l’écologie à cette présidentielle dépasse le simple échec d'Eva Joly
Publié le 24 avril 2012
Comment l’écologie a été pour l’instant "mal vendue" aux Français...
Alain Renaudin dirige le cabinet "NewCorp Conseil" qu'il a créé, sur la base d'une double expérience en tant que dirigeant d’institut de sondage, l’Ifop, et d’agence de communication au sein de DDB Groupe.web : www.newcorpconseil.comSuivre ...
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Comment l’écologie a été pour l’instant "mal vendue" aux Français...

L’écologie est déjà la grande perdante de cette présidentielle, mais surtout, pour l’instant, de ce début de siècle. Et la grande gagnante pour l’instant là aussi, c’est la lutte des classes, c’est l’idée de s’opposer les uns aux autres face à des portions de croissance de plus en plus congrues qu’il faut bien se partager faute de réussir à les faire fructifier.

Autrement dit, nous n’avons par réussi en ce début de siècle qui pourtant n’attend que ça à nous mettre en mouvement collectif, à l’échelle d’une nation, de l’Europe et idéalement du monde, autour d’un nouveau projet, d’un nouveau modèle, qui pourrait, devrait, être celui d’une croissance plus vertueuse, socialement et écologiquement. Alors, faute de nouveau paradigme on se bat pour tenter de préserver l’ancien, en s’accusant les uns les autres de sa dégénérescence.

Ces appels à l’unité nationale, au rassemblement, existent pourtant, mais ils sont surtout des appels à se réunir derrière un bulletin. Des appels au rassemblement qui ne sont qu’éphémères et calculés, le temps d’un scrutin plutôt qu’un destin.

Durant cette campagne, EELV n’a pas eu le courage de ses convictions, préférant un accord pour les législatives, et peut-être un poste au gouvernement pour l’habile Cécile Duflot, plutôt que le soutien plein et entier de sa candidate. Et s’ils revendiquent avoir pourtant soutenu leur candidate, et bien le moins que l’on puisse dire c’est qu’il s’agissait d’un soutien plutôt « original » et peu efficace à l’arrivée.

Et pourtant, l’enjeu écologique a été très bien perçu et identifié par l’opinion publique qui en a pleinement conscience, mais qui peine à y trouver une dynamique et des perspectives positives, faute d’éléments tangibles, alors aujourd’hui ce n’est pas sa priorité.

Objectivement, l’écologie a pour l’instant été mal vendue. La notoriété de la « marque » est désormais connue, mais on ne l’achète pas. Ceci pour plusieurs raisons :

Le discours reste à dominante anxiogène lorsqu’il devrait être positif et aspirationnel. Mais on ne peut pas apprendre à conduire en expliquant seulement qu’on va dans le mur, sans freins et dans le brouillard. D’autre part, nous vivons dans un monde, surtout vu de France, tellement inquiétant, qu’une angoisse de plus est inaudible, non souhaitable, parlez-moi d’autre chose.

Lorsque le discours n’est pas anxiogène, il est moralisateur, donneur de leçons et culpabilisant. Nous n’avons envie d’entendre, ni des mauvaises nouvelles de plus, ni de leçons de conduite quand nous reprochons tant aux autres des comportements irresponsables, irrespectueux, individualistes et non éthiques. Alors si par malheur nous étions un peu cet autre que nous critiquons, nous préférons briser le miroir.

Le long terme c’est bien … mais c’est trop loin ! Nous souhaitons certes des projets d’ampleur, de long terme, stratégiques, mais nous attendons encore plus des mesures aux effets immédiats.

Le manque d’aspérités : même du point de vue du défouloir, l’écologie ne prend pas comme peuvent prendre la finance mondiale ou les grandes fortunes, pour ne pas dire les riches. Le problème écologique est en chacun d’entre nous, il en appelle à une forme de prise de conscience et de responsabilité individuelle. Alors condamner les grands pollueurs des océans à travers leurs plateformes pétrolières, ou des centres villes avec leur 4x4, alors là oui, c’est facile, c’est identifiable, c’est surtout soit « les puissants » soit « les autres ».

Même le candidat socialiste, relayé par EELV, n’évoquait la création d’emplois liée à l’abandon du nucléaire (pardon à la réduction de 75% à 50% qui n’est pas un abandon) qu’à travers les emplois liés au démantèlement des réacteurs ! (Une seule centrale est arrêtée, mais on démantèle 24 réacteurs sur 58). Créer de l’emploi en démolissant est exact, mais est-ce la façon la plus séduisante de parler de filière verte ? Ne serait-ce pas plus intéressant et enthousiasmant de parler plutôt de la façon dont ces 25% de source nucléaire en moins serait compensés par d’autres ressources renouvelables ? Quitte alors à aborder d’autres sujets qui fâchent auprès des élus et des associations locales par exemple, comme l’éolien terrestre, ou à évoquer dans un consensus national la montée en puissance des nouvelles énergies, comme ceci est d’ores et déjà engagé à travers les derniers appels d’offres sur l’éolien marin ou les engagements internationaux. Mais pour l’instant, faute d’énergies renouvelables, nous nous muons tous en « Mad Max ».

Politiquement ces enjeux sont difficiles à s’approprier à droite, car, au risque de simplifier, la droite est plutôt favorable à l’économie libérale, encadrée mais vertueuse, qui est elle-même perçue comme néfaste à l’environnement (exact en impact absolu, inexact en tendance)

Plus l’écologie se réconciliera avec l’économie (ces deux sphères sont de plus en plus perçues comme compatibles depuis déjà plusieurs années, à la fois par les consommateurs et les dirigeants), plus la droite sera légitime pour en parler, mais plus la gauche aura le sentiment d’en perdre le monopole, notamment le monopole dogmatique. Tant que l’écologie restera anti-libérale, pour ne pas dire pire, plus elle préservera des réserves, non pas naturelles mais électorales. L’écologie ne reste alors qu’une composante du mouvement socialiste, qui, faute de poids électoral conséquent, à tendance à tout juste la maintenir sous contrôle plutôt qu’à lui laisser prendre son envol. La gauche n’a donc aucun intérêt politique à une écologie forte, et la droite peine à trouver sa crédibilité sur ce terrain. On tourne en rond, et je ne suis pas sur que ce soit au profit de l’écologie justement.

Cette mutation écologique est pourtant en cours, à travers les entreprises, les villes, les produits, nos comportements, nos équipements plus respectueux et moins énergivores. Paradoxalement, comme toute mutation profonde elle passe inaperçu pour la génération qui la vit, un jour, j’espère, nous nous rendrons compte que nous avons grandi.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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Commentaires (6)
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TROTTA Olivier
- 25/04/2012 - 16:25
Connaissez-vous l'éco2nomie ?
Bonjour cher Mr Renaudin,
découvrez aussi l'éco2nomie, la 1ère science eco qui réconcilie l'économique, le social, l'environnemental et le climat ! invention 100% française... elle est positive à tous points de vues en créant le cercle vertueux de l'éco2nomie qui améliore le système dans son entier, à suivre ! bien cordialement Olivier Trotta, son inventeur. Moins de CO2 émis, c'est plus de pouvoir d'achat retrouvé, plus de local, de liens, de respects... et plus de co2nscience. Alors, à quand des co2urs d'éco2nomie dans les futures éco2les ? pour changer le monde en mieux... la fée électricité décarbonnée en est un des atouts majeurs. Le soleil un des piliers... de l'économie bleue, l'éco2nomie. Think blue, but the real blue...
mateo62
- 25/04/2012 - 15:04
Vous avez raison d'écrire que
Vous avez raison d'écrire que "l'Ecologie n'est ni de gauche, ni de droite", avec les utiles précisions que vous apportez derrière. Il y a 20 ans, je votais pour ce bord là, à une époque où les dirigeants écologistes se fichaient de la couleur du gouvernement, du moment que leurs arguments avançaient, que leurs préconisations étaient, au moins partiellement prises en compte. Et puis, est venu le temps où Dominique Voynet a changé de cap, inféodant le vote écolo à la gauche, virant du même coup les Lalonde et autre Waechter. Aujourd'hui, je constate avec une certaine amertume que le totem de l'EPR que EELV voulait impérativement définitivement remisé aux oubliettes, a, en une nuit, été abandonné au profit d'être seuls dans 60 circonscriptions. Au delà de la relative arnaque que sera un groupe parlementaire EELV, en regard des 6.5 millions de français, qui ne seront pas représentés à la "représentation nationale", on regrettera justement que l'écologie ne soit pas restée imperméable aux variations droite / gauche, de manière à pousser ses pions quelles que soient les écuries au pouvoir.
laurentso
- 24/04/2012 - 19:34
Heureusement, les préoccupations écologistes
dépassent les scores d'EELV aux élections. L'écologie n'est ni de Gauche ni de Droite. En revanche, elle est incompatible tant avec l'ultra-libéralisme qu'avec le productivisme hérités du "communisme réel". L'Ecologie peut tout à fait se concevoir dans une économie de marché, pour peu qu'elle fixe des normes environnementales et universelles. Et c'est à promouvoir cela que des partis ou mouvements écologiques pourraient être utiles. Et l'Ecologie peut se concevoir dans une économie plus redistributive, pour peu qu'elle ne se double pas d'un gâchis des ressources (planification excessive). Aujourd'hui, l'essentiel est de faire partager les préoccupations écologiques tant par les pays très riches, gaspilleurs de richesses, que par les pays pauvres, qui voudraient bien aussi avoir accès à certaines richesses. Seule une régulation mondiale peut y arriver, elle ne peut s'imposer sans un large consensus. A commencer par l'abolition de la recherche du profit à court terme, principal gaspilleur de ressources.