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Encore au travail ?
L’âge moyen de départ en retraite des Français augmente mais reste le plus bas des pays européens
Publié le 18 avril 2018
Les Français partent à la retraite de plus en plus tard. En moyenne, selon un rapport de la DREES, ils sont partis à environ 61 ans et 10 mois en 2016. Mais restent les premiers d'Europe à ranger le bleu de travail.
Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.
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Les Français partent à la retraite de plus en plus tard. En moyenne, selon un rapport de la DREES, ils sont partis à environ 61 ans et 10 mois en 2016. Mais restent les premiers d'Europe à ranger le bleu de travail.
Atlantico : Selon les chiffres publiés par la DREES, à la fin de l'année 2016, l'âge moyen de départ à la retraite en France atteignait 61 ans et 10 mois, soit une progression de 1 an et 4 mois depuis 2010. Quelles sont les causes de cette élévation de l'âge de la retraite ?
 

Philippe Crevel : Selon la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), l’âge de départ moyen à la retraite en France, à la fin de l’année 2016, atteignait 61 ans et 10 mois, tous actifs confondus (soit une progression de 1 an et 4 mois entre 2010 et 2016). En détail, cet âge était de 62 ans et 1 mois pour les femmes et de 61 ans et 6 mois pour les hommes en décembre 2016.

La hausse de l’âge moyen de départ à la retraite sur les dernières années est la conséquence directe de la réforme de 2010 qui a repoussé l’âge légal de départ à la retraite de 60 à 62 ans pour les générations nées à partir de 1955. L’âge de départ à taux plein (âge auquel la décote s’annule en cas de trimestres manquants) est passé de 65 à 67 ans. Ce recul est également imputable à l’allongement de la durée de cotisation qui est progressivement passé de 37,5 à 43 ans. 

Si l’âge de départ reste en-deçà de l’âge légal fixé à 62 ans, c’est en raison de la fonction publique, des régimes spéciaux et des dispositifs de carrière longue ainsi que marginalement des préretraites. L'âge moyen de départ à la retraite des agents titulaires de la fonction publique était en 2015 de :

61 ans et 1 mois pour les fonctionnaires civils de l'Etat

45 ans et 5 mois pour les fonctionnaires militaires

61 ans et 2 mois pour les fonctionnaires territoriaux

59 ans et 4 mois pour les fonctionnaires hospitaliers

Les salariés du privé partent en moyenne à 62 ans et 5 mois. Les travailleurs non-salariés cessent leur travail encore plus tardivement. 

Faut-il voir cette hausse comme un soulagement pour les finances publiques ? Comment se compare la France avec d'autres pays européens ?

Malgré ces chiffres, la France demeure le pays européen doté de l’âge légal de départ à la retraite le plus bas. À titre de comparaison, cet âge est de 65 ans en Belgique, en Italie ou encore en Allemagne (où il passera à 67 ans d’ici 2029). L’âge de la retraite devrait passer au Royaume-Uni de 67 à 68 ans pour les personnes nées après 1970. Ce report de l’âge de départ à la retraite s’appliquera sept ans plus tôt que prévu. Environ 7 millions de personnes sont concernées par cette réforme, destinée à contenir les dépenses sociales sur le long terme. Les salariés nés entre 1970 et 1978 pouvaient jusqu’à présent espérer partir à la retraite à 67 ans. L’âge de la retraite, qui est de 65 ans pour les Britanniques qui partent aujourd’hui, doit, en effet, passer à 66 ans en 2020 et 67 ans en 2028. La Suède a annoncé le relèvement de l’âge de départ à la retraite de 61 à 64 ans. « Pour assurer le maintien de pensions bonnes et sûres, la durée de la vie active doit être allongée », a motivé le groupe chargé des retraites, qui rassemble des partis du gouvernement (sociaux-démocrates et Verts) et de l’opposition (conservateurs, libéraux, Centre et chrétiens-démocrates), Ce recul interviendra de manière progressive et sera effectif en 2026. Le système suédois de retraite par points et en comptes notionnels se caractérise par une grande flexibilité, car les régimes spécifiques (âge de départ, montant moyen) sont déterminés au niveau des conventions collectives négociées entre patronat et syndicat. Jusqu’à présent, les Suédois pouvaient partir à la retraite à partir de 61 ans. Avec la réforme annoncée, ils pourront travailler jusqu’à 69 ans, contre 67 ans jusqu’à présent. En moyenne, selon les statistiques nationales, ils partent actuellement à la retraite à 64,5 ans. Le montant des pensions sont fonction de l’espérance de vie des générations et de l’évolution du PIB. Le système est naturellement équilibré sur moyenne période. Le report permettra de maintenir à un niveau correct les pensions.

La France se caractérise, même si une hausse a été constatée ces dernières années, par un très faible taux d’emploi des seniors. Il reste nettement inférieur à celui constaté chez nos principaux partenaires économiques. Il en résulte moins de cotisations et plus de prestations. 

Taux d’emploi des 60-64 ans (moyenne 2002-2015)
 

États-Unis : 51,1 %

Royaume-Uni : 44,1 %

Allemagne : 37,3 %

France : 17,8 %

Espagne : 32,2 %

Italie : 22 %

Japon : 55,7 %

Suède : 61,2 %

Canada : 45 %

Sources : OCDE

Contrairement à quelques idées reçues, un taux d’emploi élevé des plus de 60 ans ne pèse pas sur celui des jeunes. En effet, la Suède, la Nouvelle Zélande, le Japon, l’Australie, le Royaume-Uni ou le Danemark obtiennent de forts taux d’emploi tant chez les jeunes que les seniors. À l’inverse, la France, la Belgique, l’Italie, l’Espagne ou la Grèce se caractérisent par un fort taux de chômage chez les moins de 25 ans et un faible taux d’emploi chez les plus de 60 ans. Les pays ayant un poids de dépenses retraite, élevé, comme en France, en Belgique, en Grèce ou en Italie ont des taux d’emploi des jeunes faibles.

Comment anticiper l'avenir sur cette question ? Quel serait l'objectif à accomplir en la matière ?

La question de l’âge de départ à la retraite est toujours très sensible en France. Le Président Emmanuel Macron s’est engagé, durant la campagne présidentielle. à ne pas le modifier. Pour autant, les Français sont sans illusion sur le sujet.

Si les Français souhaitent partir le plus tôt possible à la retraite, ils estiment que dans les prochaines années, l’âge de départ reculera. Selon une enquête du Cercle de l’Epargne de 2016, 60 % des sondés étaient opposés au report de l’âge légal de 62 à 65 ans. En 2017, seuls 41 % des Français étaient disposés à travailler jusqu’à 65 ans. Cette appréciation n’empêche pas les Français de penser qu’ils seront contraints de travailler plus longtemps. Ils semblent avoir intégré les conséquences des réformes mises en œuvre depuis 1993. Par ailleurs, face à l’éventuelle baisse de revenus liée au passage à la retraite, baisse anxiogène comme le révèle l’enquête, ils considèrent qu’il n’y a pas d’autres solutions que de poursuivre un peu plus longtemps l’exercice de son activité professionnelle. L’entrée en vigueur au 1er janvier 2019 du système de malus pour l’AGIRC/ARRCO qui aboutira à une ponction de 10 % des pensions durant trois ans pour ceux qui ne cotisent pas quatre trimestres de plus par rapport à l’âge de la retraite à taux plein (dans la limite des 67 ans) en est l’illustration. La proportion de Français qui pensaient devoir travailler jusqu’à 65 ans s’est accrue de 5 points en deux ans. Ils sont, en 2018, 72 % à penser qu’il ne leur sera pas possible de partir avant 65 ans contre 65 % en 2015. En 2018, si majoritairement les générations d’actifs les plus âgés pensent pouvoir liquider leurs droits avant 65 ans (54 % des plus de 50 ans), seuls 16 % des 35-49 ans pensent y parvenir. Ils sont 84 % à considérer qu’ils le feront à 65 ans et plus. 41 % pensent même que leur retraite interviendra à 67 ans et plus. L’idée de travailler plus longtemps pour améliorer le montant de la pension ne donne pas lieu à consensus. Ainsi, en 2016, 51 % des sondés étaient prêts à travailler jusqu’à 65 ans « pour disposer d’une bonne retraite », quand 49 % y étaient opposés. Certes, en 2017, 62 % des sondés étaient prêts à travailler à temps partiel pour améliorer leur niveau de vie. Mais il est à noter que 51 % étaient contre le cumul emploi-retraite. Les Français réaffirment ainsi leur souhait de pouvoir partir assez tôt à la retraite.

Quoi qu’il en soit, pour avoir quelques marges de manœuvre en matière de retraite, le retour de l’âge légal à 65 ans serait souhaitable. Avec l’instauration du régime universel, de manière implicite, le Gouvernement pourrait y arriver. En effet, les futurs pensions seront calculés à partir des points accumulés durant toute la carrière professionnelle. Ceux qui partiront tôt seront pénalisés et cela d’autant plus si, en outre, le nouveau régime s’appuie sur les comptes notionnels. En vertu de ce dispositif, le montant de la pension serait calculé en fonction de l’espérance de vie de la génération concernée. Ainsi, un actif qui part à 62 ans a une espérance de vie à la retraite moyenne de 23 ans et plus élevée que celui qui part à 67 ans. Dans un système en compte notionnel, la pension de celui qui part à 62 ans sera alors plus faible que celle de celui qui part à 67 ans. Selon le Conseil d’Orientation des Retraites, la hausse observée puis projetée de l’âge effectif moyen de départ à la retraite permettrait toutes choses égales par ailleurs de couvrir entre 33 et 36 % (selon le scénario économique) du besoin de financement lié au vieillissement sur la période allant de 2003 à 2060.

 

 

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Michel Baubet
- 20/04/2018 - 06:36
Bon sens !
Est-il bien nécessaire de faire travailler des vieux déjà bien fatigués, alors qu'il y a tant de jeunes payés au chômage ?
Anouman
- 19/04/2018 - 19:29
Espérance de vie
Si on module les retraites en fonction de l'espérance de vie les femmes devront accepter une baisse puisque ayant une espérance de vie supérieure. Mais là elle ne demandent pas l'égalité...
guy bernard
- 19/04/2018 - 11:34
et l'OCDE
l'analyse de l'OCDE de septembre dernier était tout aussi éloquente.