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Approches contradictoires

Nord Stream 2 : ce projet de Gazoduc qui étale au grand jour les tensions entre Européens vis-à-vis de la Russie

Publié le 17 avril 2018
Le Nord Stream 2, ce gazoduc de 1 250 km qui reliera la Russie à l’Allemagne via la mer Baltique, revêt un caractère très politique. Il fait apparaitre en creux des approches contradictoires parmi les Européens.
Florent Parmentier est enseignant à Sciences Po et chercheur associé au Centre de géopolitique de HEC. Il a récemment publié La Moldavie à la croisée des mondes (avec Josette Durrieu) ainsi que Les chemins de l’Etat de droit, la voie étroite des pays...
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Florent Parmentier
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Florent Parmentier est enseignant à Sciences Po et chercheur associé au Centre de géopolitique de HEC. Il a récemment publié La Moldavie à la croisée des mondes (avec Josette Durrieu) ainsi que Les chemins de l’Etat de droit, la voie étroite des pays...
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Le Nord Stream 2, ce gazoduc de 1 250 km qui reliera la Russie à l’Allemagne via la mer Baltique, revêt un caractère très politique. Il fait apparaitre en creux des approches contradictoires parmi les Européens.

Atlantico : Le projet Nord Stream 2, gazoduc qui permettrait de relier Russie et Allemagne par la Baltique, et dont l'objectif était de pouvoir s'affranchir du territoire ukrainien, semble révéler des approches parfois contradictoires dans les relations entre Russie, Ukraine, Pologne, Allemagne, et même Paris ou Washington. Quels sont les intérêts des uns et des autres dans ce projet ? Quels en sont les enjeux diplomatiques ?

Florent Parmentier : Le projet Nord Stream 2 consiste en un gazoduc dont le but est d’acheminer du gaz russe vers les marchés européens, les plus solvables pour Gazprom, en passant par la mer Baltique. Il fait suite au projet Nord Stream 1 (dont il doit doubler la capacité), inauguré en 2011 et en service depuis 2012.

Il existe, en effet, des approches contradictoires parmi les Européens, reposant à la fois sur des intérêts économiques différents et des conceptions diverses de ce qu’est la sécurité énergétique. Les Russes considèrent que les précédentes crises gazières (2006, 2009) sont de la responsabilité de l’Ukraine, qui a bénéficié pendant plusieurs années de contrats avantageux de la part de la Russie, tout en siphonnant du gaz à destination des pays européens. A contrario, l’Ukraine dénonce le caractère politique de la construction d’un nouveau gazoduc contournant son territoire, lui faisant perdre environ 3 milliards de dollars (le montant des frais de transit du gaz russe en Ukraine pour 2017). La Pologne a également une position paradoxale : d’une part, elle déplore la dépendance énergétique par rapport à la Russie, et d’autre part elle souhaite que ce même gaz passe sur son territoire afin de bénéficier des frais de transit. Les Etats-Unis souhaitent faire échouer ce projet, le porte-parole du gouvernement américain ayant déclaré que les entreprises étrangères impliquées dans le projet pourraient faire l’objet de sanctions. La France et l’Allemagne soutiennent quant à elle le projet, leurs entreprises y participant. C’est dans ce contexte qu’Angela Merkel vient de reconnaître le caractère politique de ce gazoduc, alors qu’elle insistait jusqu’à présent sur sa dimension commerciale.

Angela Merkel a pu, la semaine passée, évoquer son intention de protéger les intérêts ukrainiens concernant le Nord Stream 2. Comment comprendre cette position de Berlin ? Faut-il y voir un moyen de ne pas se montrer conciliant avec la Russie dans un contexte géopolitique pour le moins tendu, ou d'autres éléments pourraient permettre d'expliquer ce qui est présenté comme une nouvelle posture ?

Avec la Energiewende (transition énergétique allemande), l’Allemagne a fait le choix de décarboner son modèle économique, abandonnant également le nucléaire en 2011 au profit d’énergies renouvelables. L’essor des énergies renouvelables, de nature intermittente (notamment pour l’énergie éolienne), a pour conséquence d’augmenter mécaniquement la consommation de gaz ou de charbon, le premier étant nettement moins polluant. Il n’est donc pas surprenant de compter l’Allemagne comme premier importateur de gaz russe en Europe.

Les industriels allemands ont plaidé pour une relation proche avec la Russie en matière d’importation gazière ; comme le disait le baron Richard von Weitzsacker, premier Président de l’Allemagne réunifié, au début des années 1990, « l’histoire nous lie avec tous nos voisins, mais avec aucun pays notre passé n’a de liens aussi forts qu’avec ceux de la Russie ». Ceci est aussi vrai sur la question gazière, qui implique une interdépendance entre producteurs et consommateurs. Le gaz, qui suppose une forte coopération régionale du fait d’infrastructures s’amortissant sur le long terme, est de ce point de vue souvent perçue comme une « énergie de paix », notamment par rapport au pétrole, dont l’extraction peut fort bien s’accommoder de situations politiques instables.

Dans ce contexte, la volonté d’Angela Merkel d’encourager le maintien d’une partie du transit par l’Ukraine est effectivement un élément plutôt nouveau. Toutefois, il conviendra dans cette perspective de réhabiliter les infrastructures de transport en Ukraine, ce qui représentera un investissement conséquent, que les Européens ne sont vraisemblablement pas prêts à faire. C’est la raison pour laquelle la véracité de ce changement, moins favorable à Moscou et aux acteurs industriels allemands, doit être évaluée dans la durée.

La réalisation du gazoduc aura-t-il pour effet d'accroître la capacité d'influence de Moscou sur ses anciens satellites ? N'est-ce pas une cause de la fracture pouvant exister aujourd'hui au sein de l'Union ?

Paradoxalement, Nord Stream évite soigneusement les anciens satellites (qui ne rechignent pas à importer du gaz naturel liquéfié d’autres pays producteurs) et se concentre directement sur les grands consommateurs finaux, faisant de l’Allemagne un hub régional. Cela ne constituerait pas un problème si tous les marchés européens étaient parfaitement interconnectés, évitant tout risque de conflit gazier : en effet, toute rupture d’approvisionnement envers un seul Etat ciblé serait rendue impossible, puisqu’il ne resterait qu’un seul producteur et un seul acheteur.

Le projet Nord Stream pourrait, le cas échéant, être remplacé par un projet de réhabilitation du réseau de transport ukrainien (ainsi qu’un renforcement des capacités de stockage) ; il faudrait pour cela initier un rapprochement économique russo-ukrainien, trouver des investisseurs européens et négocier directement avec Gazprom pour se faire livrer du gaz à la frontière russo-ukrainienne. Une telle opération rend moins nécessaire la réalisation de Nord Stream 2, et serait une contribution utile à l’apaisement du conflit. Pour le moment, les Européens n’ont pas privilégiés une telle option, se concentrant sur Nord Stream 2.

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tananarive
- 19/04/2018 - 08:34
La Russie.
Est un pays totalitaire et ennemie de l'Europe, dépendre uniquement d'elle pour les livraisons de gaz est une folie. Que la crise Ukrainienne ne soit pas oubliée ainsi que l'invasion de la Crimée malgré l’accord garantissant ses frontières signé par la Russie.
wwmat
- 17/04/2018 - 14:06
on comprend

Mieux la position des USA qui espère que la Russie continuera a ce faire escroquer par l'Ukraine.... Il m'est d’avis qu'ils vont avoir froid en Ukraine pendant l'hiver et.... les ukrainiens pourront dire merci à l'oncle Sam qui a déstabilisé le pays.....